Recension

Titre

Initiation à l’Islam

Auteur

Jacques Huntzinger

Type

livre

Editeur

Paris : Cerf, 2017

Collection

Religions

Nombre de pages

358 p

Prix

24 €

Date de publication

11 octobre 2017

Initiation à l’Islam

L’ambassadeur Jacques Huntzinger[1], directeur de recherche au Collège des Bernardins, nous livre un nouvel ouvrage sous le titre Initiation à l’islam. Partant de la personnalité du prophète Mahomet, dont la biographie incertaine ne peut être appréhendée que par un certain nombre de versets coraniques, l’auteur examine le Coran puis consacre trois chapitres  au sunnisme classique, à celui des temps modernes et contemporains puis deux au chiisme  et au soufisme.

Pour l’auteur : « l’histoire de l’action politique de Mahomet à La Mecque et Médine est la matrice de tout l’islam classique et un référent essentiel de l’islam contemporain » (p.43).

La version « canonique » du Coran ou « Mushaf » aurait été établie unilatéralement par Othman, 3e calife entre 644 et 656 (p.53). Naissent alors le sunnisme édifié contre les « apostats », Alides, Kharijites, Ismaéliens, Soufis et l’orthodoxie sunnite dans ses trois aspects, politique (califat), religieux (Sunna), juridique (Charia).

Après le bannissement des Mutazilites, école philosophique explicitant le message coranique par des lois humaines (reconnaissance du libre-arbitre), règnera le hanbalisme qui  utilisera la Charia comme oppression sociale (p.174). Ibn Taïmiyya (1263) « va créer les fondements de l’islam radical et ses trois grands courants, le salafisme, l’islamisme politique et le djihadisme » (p. 170).

Au XVIIIe siècle, surgit en Arabie un imam hanbalite prônant la lecture littéraliste rudimentaire du Coran. Au XXe siècle, l’Indien Al Mawdoudi, l’Egyptien Sayid Al Qutb, le Palestinien Abdallah Azzam, les Talibans afghans, justifieront par l’idéologisation du religieux le djihadisme mondialiste des milices takfiries et l’étatisation du religieux dans les pays arabes. Pourtant, au XIXe siècle, des réformateurs, caucaso-tunisien comme Kheireddine, iranien comme Jamaleddine Al Afghani, égyptien comme le Cheikh Mohamed Abdo, reprendront des concepts néo-mutazilites.

Mustafa Kemal imposera la laïcité du droit (p. 224).

Le mouvement chiite souffrira de l’hégémonie sunnite des Mecquois et du Calife autoproclamé Moawiya. Ne reconnaissant comme légataires de l’État islamique que les descendants d’Ali, lorsque le dernier, enfant de cinq ans, disparaîtra en 880, les Chiites le considéreront occulté jusqu’à la Résurrection ; tout gouvernement civil sera de ce fait illégitime et cette doctrine a fait institutionnaliser un clergé autonome  formé au cours de longues études théologiques (p.327).

En 1979, l’Ayatollah Khomeïni imposant en Iran sa doctrine de la « Supériorité du Clerc sur le Politique » (wilaya el faqih),  fonde la République islamique mais « dévie l’islamisme politique chiite vers une théocratie » (p.340). Ce Régime, devenu policier avec son successeur Khameneï, est contesté par plusieurs Ayatollahs, Sistani,  Al Hakim.

Le soufisme, conçu par Junayd et son disciple Al Hallaj (p.349), continue à jouer un grand rôle dans le monde musulman ; les grandes confréries internationales (Qadiriya, Tijaniya, Naqchbandiya), tissent des liens religieux, culturels, économiques entre tous les musulmans. Ressenti comme «ressourcement spirituel», il  oppose une résistance importante au radicalisme islamique. Les Soufis sont les premières victimes d’Al Qaïda, des Frères Musulmans et des salafistes extrémistes.

Une deuxième édition de cet ouvrage amplement documenté devra cependant procéder à la correction des transcriptions des termes religieux ou onomastiques arabes les plus courants.

Ainsi imanat (p.313, 314, 321, 324,331 : 3 fois, 343) pour imamat, imanologie (p.318) pour imamologie; istihan (p.155) pour istihsan; Kahrijites (p.114), karijite (p.196) pour Kharijites ; kittab (p.158) pour kitab ; kurra (p.97,101) pour qurra (p.306) ; Qanum (p.224)  pour Qanun (= le Canon en grec !) ; tadjid (p.253) pour tajdid ; tawlid (p.61, 153) pour tawhid ; wala (p.73) ou walaya (p.338,341,342) pour wilaya.

De même pour des noms propres bien connus : Ibn Tamiyya (p. 257 etc…) pour Ibn Taïmiyya ; Khalid al Walid (p.89) pour Khalid Ibn Walid ;  Wasli Ibn Ata (p.127) pour Wasil Ibn Ata.

Cette relative indifférence à la transcription de termes d’un lexique utilisé par tous les islamologues et compris de leurs lecteurs doit être corrigée.

Christian Lochon

[1] Professeur des facultés de droit, haut fonctionnaire aux Nations unies, ancien ambassadeur de France.