Liban : les écoles chrétiennes antidote à la guerre

Le Liban, où cohabitent 17 communautés religieuses manipulables à souhait, risque de devenir, une fois de plus, le théâtre de « la guerre des autres » et des intérêts des puissances étrangères. Sur ce petit territoire grand comme la Gironde française (10 400 km2), L’Iran chiite, soutenu par la Russie est prêt, cette fois, à en découdre avec l’Arabie saoudite sunnite, instrumentalisée par les États-Unis du président Trump.

Rien de nouveau ! Depuis avril 2005, et le départ des troupes syriennes du Liban, après 29 ans d’occupation, les experts du Proche-Orient nous prédisent régulièrement le déclenchement d’une nouvelle guerre… On l’attend. En vain ! Car ici, personne ou presque, toutes religions et clans confondus, n’a envie de revivre le  drame d’une guerre de milices, qui, entre 1975 et 1990, ravagea le pays. Les jeunes générations ont retenu la leçon.

Pour les uns, le conflit annoncé n’est pourtant qu’une question de temps; pour les autres, cette paix fragile est un véritable  miracle.

Un miracle qui s‘explique en partie par l’action des écoles chrétiennes libanaises, qui dispensent, souvent loin de grande villes, un enseignement mettant l’accent, depuis le début des années 2000, sur la convivialité. Ici et là, du nord au sud du pays, les mentalités se transforment. Autrefois partisans et repliés sur eux-mêmes, ces établissements, dirigés aujourd’hui par de jeunes religieux s’ouvrent, devenant, au grand dam des traditionalistes, de vrais creuset de citoyenneté.

À 40 kilomètres au nord de Beyrouth, sur les hauteurs de Jbeil, dans le petit village de Beit-Habbak, l’école dirigée par les sœurs missionnaires du Très Saint Sacrement en est l’exemple.  Sœur Mona-Marie Bejjani, la directrice du lieu s’est donnée pour mission de transmettre la paix : son charisme et son obsession. Déléguée de sa Congrégation pour le dialogue islamo chrétien, la religieuse, âgée de 42 ans, s’attache à faire découvrir à ses élèves, la richesse de la diversité religieuse, et montrer que les voies menant à  Dieu, sont multiples. « J’aime, dit-elle,  entendre les autres parler de leur religion, pour découvrir l’humanité, qui existe en chacune d’elle.” À Beit-Habbak sont ainsi programmés des conférences sur le respect mutuel, des débats sur la convivialité islamo-chrétienne, et des camps de la paix, où durant trois jours, des jeunes chrétiens et musulmans cheminent ensemble.

Au sud de Beyrouth, non loin de Damour, Sœur Mariam an-Nour, directrice du lycée du Carmel de Machraf rappelle que les « chrétiens d’Orient jouent un rôle essentiel à un moment de l’histoire, où la rencontre Orient-Occident est marquée par de nouvelles formes d’affrontements Solidaires de nos frères musulmans, nous partageons les mêmes souffrances. Au-delà de nos différences, elles nous rassemblent depuis des siècles.»

Si la « guerre des autres » n’éclate pas au Liban elle le doit à ces écoles religieuses de campagne, souvent dirigées par des congrégations de femmes : Sœurs de saint-Cœur, du Rosaire, de la Sainte-Famille …

Pour le jeune Père maronite Raymond Bassil, 42 ans, professeur de théologie dogmatique à l’Université de Kaslik, à Jounieh, « Ces écoles sont un creuset de vie commune, où les élèves, musulmans et chrétiens, reçoivent une même éducation, et apprennent à se côtoyer.» L’une des clés du miracle libanais.

Luc Balbont