Liban : À travers les législatives, les composantes chrétiennes veulent exorciser définitivement le spectre de la marginalisation / OLJ

À travers les législatives, les composantes chrétiennes veulent exorciser définitivement le spectre de la marginalisation

Philippe Abi-Akl | OLJ

19/01/2017

 

Le laps de temps qui reste avant la fin du mandat de la Chambre actuelle pourrait être insuffisant pour un accord sur une nouvelle loi électorale, qu’elle soit composite ou fondée sur la proportionnelle. Cela impose de facto la tenue des élections législatives au scrutin majoritaire, estime un parlementaire. Pour ce qui est du découpage administratif, il serait question soit de reprendre celui de la loi dite de 1960, soit la circonscription uninominale, soit encore le caza ou le mohafazat, tant que les différentes parties continuent de s’opposer à une nouvelle prorogation du mandat des parlementaires ou un report du scrutin. D’autant que le président de la République, Michel Aoun, n’entend tolérer aucune de ces deux options. N’a-t-il pas mené une campagne féroce par le passé contre la rallonge du mandat parlementaire, présentant un recours en invalidation devant le Conseil constitutionnel contre cette mesure ?

Il n’existe toujours pas d’accord sur une formule unifiée de loi électorale, souligne un membre du bureau de la Chambre. Les positions sont encore divergentes. Le chef du Rassemblement démocratique, le député Walid Joumblatt, a haussé le ton récemment contre les formules de loi proposées adoptant la proportionnelle, exprimant son attachement au scrutin majoritaire et à la formule englobant Aley et le Chouf au sein d’une seule circonscription électorale. Selon le président de la Chambre, Nabih Berry, certaines forces politiques exploitent la position de M. Joumblatt dans la mesure où elle leur convient parfaitement, ce qui complique les chances de parvenir à un accord – en dépit des prises de position de certaines formations, notamment le Courant patriotique libre (CPL), dont le chef, Gebran Bassil, a fait agiter le spectre de la rue pour rejeter la tenue des législatives sur base de la loi de 1960. Le CPL n’a pu faire avaliser le projet Ferzli, dit proposition de loi « orthodoxe ». Il a ensuite prôné la proportionnelle intégrale dans le cadre d’une circonscription unique, puis en défendant le principe des primaires au niveau du caza, entre autres. Mais il refuse le retour à la loi de 1960 – qu’il avait pourtant qualifiée de victoire pour les chrétiens au retour de l’accord de Doha–, en soutenant que cette loi ne garantit pas une saine représentation de la rue chrétienne.

Pour les formations du 8 Mars, la victoire semble une quasi-certitude lors du prochain scrutin, par-delà les considérations de la loi électorale. Une source de la coalition proche de l’axe syro-iranien dresse ainsi le tableau actuel sur la scène politique locale : le courant du Futur se trouve en proie à un séisme politique en milieu sunnite, dont les stigmates sont la polémique qui fait rage entre le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, et l’ancien ministre de la Justice Achraf Rifi. Sans oublier, ajoute cette source du 8 Mars, que l’absence prolongée de Saad Hariri du Liban, ainsi que ses problèmes financiers l’ont considérablement affaibli sur le plan populaire.

En milieu chrétien, malgré le premier anniversaire de l’accord de Meerab entre le CPL et les Forces libanaises, il reste très peu de temps avant la consultation électorale pour que les deux formations puissent parachever leur rapprochement au point de réduire leurs points de différence. Le secrétariat général du 14 Mars a mis fin à ses réunions périodiques et les indépendants se trouvent plus que jamais en rangs épars, quand bien même des tentatives seraient menées par le courant du Futur pour commémorer cette année le 14 février afin de revivifier quelque peu un 14 Mars moribond. Partant, cette dislocation de la coalition du 14 Mars ouvre grande la voie à une victoire du 8 Mars, note la source précitée, selon laquelle la situation actuelle permet à chaque formation politique de recouvrer son envergure initiale, après un surdimensionnement artificiel qui n’a que trop duré et avec lequel il faut en finir. Avec la présence du général Michel Aoun à Baabda, les élections devraient avoir lieu dans leurs délais sur base d’une nouvelle loi électorale, qui sera un grand exploit pour le nouveau régime, dit-elle.

Pour les FL, il est possible de parvenir à une formule de loi électorale qui puisse dissiper les angoisses de Walid Joumblatt. D’ailleurs, Gebran Bassil lui-même a refusé qu’une communauté puisse être marginalisée, comme l’a été la communauté chrétienne après la fin de la guerre civile, soulignant la nécessité de coopérer avec toutes les parties pour dissiper leurs angoisses et garantir la saine représentation de tous. Meerab estime pour sa part que les craintes de M. Joumblatt sont déplacées et que les législatives ont lieu sur base d’alliances politiques une fois que toutes les parties se sont assurées que la formule de la loi est équitable et garantit la saine représentation de chacune d’elles. Contrairement aux idées reçues, les FL sont attachées à la tenue des élections dans leurs délais, mais sur base d’une nouvelle loi, soulignent des sources proches de Meerab, qui font état de la possibilité de parvenir à un accord durant le peu de temps qui reste avant la fin du mandat de la Chambre. Les sources FL soulignent qu’elles mèneront la bataille avec le CPL dans toutes les régions, ainsi qu’avec le courant du Futur et le Parti socialiste progressiste. L’absence de la composante chiite dans ces alliances serait due au fait qu’il n’existe pas de circonscription où la bataille pourrait être commune, quand bien même l’électorat chiite reste influent dans le Mont-Liban, à Jbeil, au Kesrouan et dans le Metn et Baabda. Le document d’entente entre le CPL et le Hezbollah n’oblige pas ce dernier à élire les alliés de son allié. Partant, les voix chiites dans ces régions ne soutiendront pas les candidats FL, sauf si l’ouverture entre le Hezbollah et les FL progresse dans les semaines à venir sur le plan politique.

Selon des sources proches de Meerab, Samir Geagea affirme que son dialogue avec le Hezbollah n’est pas cosmétique, mais vise à instaurer un véritable dialogue politique fondé sur les principes et les constantes défendus par les FL, qui sont aussi celles de la révolution du Cèdre et du document de Meerab qui a servi de base à l’adoption de la candidature de Michel Aoun. Lorsqu’il débutera, ce dialogue avec le Hezbollah partira de principes et de fondements clairs, tels que l’édification de l’État et des institutions, le respect de la Constitution et des lois et l’action dans le cadre institutionnel, notamment pour ce qui est du monopole de la violence légitime, soulignent ces sources FL. Un changement s’est produit sur le terrain, estiment-elles, et devrait se traduire concrètement lors des prochaines législatives, quelle que soit la loi électorale. La réconciliation entre CPL et FL a laissé des répercussions notables dans la rue chrétienne avec l’accession à la présidence de la République du chef du plus grand bloc chrétien. Les législatives aussi devraient permettre l’émergence d’une nouvelle situation chrétienne sur base de l’accord de Meerab, qui soutient la présidence et consolide ses orientations, en vue notamment de consolider la présence chrétienne au sein de la vie politique et de mettre fin à l’état de marginalisation des composantes chrétiennes, notent encore ces sources. Il est également question de concertations accrues pour élargir le cadre de l’alliance FL-CPL à d’autres composantes de manière à consolider la présence chrétienne, pour qu’aucune formation chrétienne ne se sente marginalisée ou isolée, dans la mesure où l’accord de Meerab ne vise nullement à monopoliser la scène chrétienne à l’échelle nationale, concluent les sources FL.