Les produits des colonies israéliennes font débat

2016.01.20 La Croix – Économie

Les produits des colonies israéliennes font débat

Antoine d’Abbundo

La condamnation par le premier ministre des appels au boycott des produits israéliens fait réagir les organisations propalestiniennes. En débat, la légalité des relations économiques entre l’Europe et les colonies des Territoires occupés.

Si les appels au boycott des produits israéliens fabriqués dans les colonies de Cisjordanie occupée font régulièrement débat, les propos tenus lundi soir par Manuel Valls devant Les Amis du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) ne risquent pas d’éteindre la polémique.

Le chef du gouvernement n’a pas mâché ses mots. « On voit très bien comment on est passé de la critique d’Israël à l’antisionisme et de l’antisionisme à l’antisémitisme. Il y a là quelque chose qui participe d’un climat nauséabond » , a souligné Manuel Valls, promettant de « prendre des dispositifs » , alors que la France est l’un des seuls pays où des militants pro-boycott peuvent être poursuivis devant la justice.

En ligne de mire, le mouvement « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS), né en Territoire palestinien en 2005, qui a depuis développé un réseau international, notamment en France.

« Fin de l’occupation, pleine citoyenneté pour les Palestiniens d’Israël, droit au retour pour les exilés sont nos trois revendications. Pour les faire valoir, nous nous inspirons de la lutte anti-apartheid menée en Afrique du Sud et réclamons la mise au ban, dans tous les domaines – économique, culturel, sportif… –, de l’État d’Israël », explique Imen Habib, coordinatrice de BDS.

En France, plusieurs autres organisations ont lancé des campagnes pour dénoncer la situation dans les Territoires palestiniens occupés. C’est le cas de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, qui regroupe une quarantaine d’associations, et du collectif « Made in Illegality ». Elles réclament avec insistance la fin des relations économiques avec les colonies israéliennes installées en Cisjordanie.

Une revendication relayée dans le monde par l’association Human Rights Watch qui critique, dans un rapport publié hier, « l’économie liée à la colonisation qui dépossède et discrimine les Palestiniens », et demande aux entreprises étrangères « de cesser de travailler dans ou avec les colonies ».

« Depuis 1967, Israël occupe illégalement la Cisjordanie où sont installés plus de 550 000 colons et où une importante vie économique contribue à l’expansion de cette colonisation qui spolie les Palestiniens », souligne Robert Kissous, de l’Association France Palestine Solidarité.

De nombreuses entreprises industrielles ou agricoles sont incitées à s’installer dans les Territoires palestiniens, où elles trouvent une main-d’œuvre bon marché et bénéficient de dispositifs attractifs octroyés par l’État israélien (subventions, avantages fiscaux, fonds pour la R&D…). La vallée du Jourdain, souvent appelée le « grenier de la Palestine », est ainsi devenue une zone quasiment inaccessible aux Palestiniens sauf aux quelques milliers d’ouvriers employés dans les exploitations qui exportent fruits et légumes à travers le monde, notamment en Europe.

Les Européens importent ainsi chaque année pour près de 200 millions d’euros de biens agricoles ou de produits manufacturés des Territoires occupés. « En toute illégalité », souligne Emmanuelle Bennani, du CCFD-Terre Solidaire.

Les organisations impliquées dénoncent le « manque de cohérence » des dirigeants européens qui, d’un côté, considèrent que le maintien des colonies constitue une violation du droit international alors que, de l’autre, ils ne font rien pour mettre fin à un commerce qui favorise et encourage « la puissance occupante ».

« Les propos scandaleux de Manuel Valls sont une nouvelle preuve de la position hypocrite des politiques sur cette question », estime Imen Habib, qui réfute la confusion entretenue par certains entre « l’antisémitisme et le racisme » et le « combat de citoyens pour la justice et la paix. »


Les données clés des Territoires occupés

À l’issue des accords d’Oslo, en 1993, la Cisjordanie a été découpée en trois zones A, B et C censées être provisoires. L’Autorité palestinienne exerce un contrôle (limité en matière sécuritaire) sur les zones A et B. La zone C est sous l’autorité, civile et militaire, du gouvernement israélien. Cette zone couvre 60 % de la Cisjordanie et concentre l’essentiel des ressources agricoles et hydriques de la région.

Près de 550 000 colons sont installés en Cisjordanie (dont 250 000 à Jérusalem Est) dans 250 colonies. Une population qui a plus que doublé depuis la conclusion des accords d’Oslo. Ces colonies sont considérées comme illégales par la communauté internationale qui estime qu’elles font gravement obstacle à l’instauration d’un paix générale, juste et durable au Moyen-Orient.