Le curé de Taybeh, en Palestine, mise sur l’éducation

Le curé de Taybeh, en Palestine, mise sur l’éducation

Pierre Wolf-Mandroux, le 02/02/2016 à 9h53

Lorsqu’il se lève de sa chaise, le P. Johnny Abu Khalil grimace un instant, rattrapé par des courbatures. Il paye les kilomètres qu’il parcourt chaque jour en voiture depuis le début de son « tour de France » d’une semaine destiné à sensibiliser à la situation des chrétiens de Terre sainte. Mais ce vigoureux prêtre de 45 ans oublie vite sa fatigue lorsqu’il évoque la situation du dernier village entièrement chrétien de Terre sainte, Taybeh (en Cisjordanie), dont il est le curé.

La montée de l’extrémisme chez certains juifs orthodoxes le préoccupe. « Des croix sont cassées, des monastères profanés… Il existe chez certains une haine des chrétiens que je ne sentais pas il y a dix ans. Je n’ose plus porter ma croix à Jérusalem », regrette-il dans un français impeccable. Johnny Abu Khalil soupçonne l’État hébreu de déplacer des problèmes politiques sur le terrain du religieux. Israël chercherait, selon lui, à attiser le sentiment intégriste chez les chrétiens et les musulmans de Palestine pour justifier sa politique sécuritaire. « Et pourtant, les Palestiniens musulmans et chrétiens vivent en paix chez nous », soupire-t-il.

Pour des familles pauvres et confrontées à un fort chômage

Le prêtre sait de quoi il parle. Il défend au cours de ses conférences le travail de la quarantaine d’écoles chrétiennes qui dépendent du Patriarcat latin, en Palestine. « Dans nos écoles, chrétiens et musulmans vivent ensemble, souligne-t-il. Il n’y a pas de problèmes entre eux une fois adultes, parce qu’ils se connaissent depuis l’enfance. »

Lors de ses interventions, le curé invite les Français qui souhaitent aider ces écoles à se rapprocher de l’association Une fleur pour la Palestine. C’est à l’initiative de son président Alain Duphil, diacre du diocèse de Toulouse, que Johnny Abu Khalil a pu se rendre en France. L’association offre depuis 2002 des bourses à des élèves des écoles chrétiennes de Cisjordanie et de Gaza. Ces aides sont indispensables à des familles dont la plupart vivent sous le seuil de pauvreté et sont confrontées à un fort chômage.

De l’atelier de haute couture à la prêtrise

Beaucoup sont tentées par l’émigration, ce que le P. Abu Khalil déplore. Lui-même est natif de Jérusalem, contrairement à ce que son prénom pourrait laisser penser. Quant à son français irréprochable, il lui vient de ses trois années d’études en France, à l’École supérieure des arts et techniques de la… mode.

Depuis son plus jeune âge, Johnny a senti poindre une vocation de prêtre, mais son père, qui travaillait dans le textile, lui a demandé de faire d’abord des études. Celles-ci achevées, le jeune homme est allé jusqu’à monter à Jérusalem un atelier de haute couture sur mesure, qu’il a finalement quitté pour être ordonné prêtre en 2008.

« J’ai gagné de l’argent mais je n’étais pas content. L’appel de Dieu était plus fort », résume-t-il. Avec la sollicitude d’un père, il se consacre désormais tout entier à ses paroissiens et leurs enfants. « Nos écoles ont pour but de planter l’espoir dans le cœur de nos élèves. Nous sommes les fils de la Résurrection à Jérusalem, des pierres vivantes et non pas seulement des reliques du passé », affirme-t-il, persuadé que les chrétiens de Palestine ont bel et bien un avenir.

Pierre Wolf-Mandroux