Réconciliation nationale : voilà le mot d’ordre pour l’avenir des chrétiens en Irak. Le patriarche chaldéen, Louis Raphaël Sako, l’a souligné après la défaite militaire de Daech en octobre et l’a répété mardi soir lors d’une conférence de presse à l’Institut du monde arabe à Paris. A l’occasion de l’exposition «Chrétiens d’orient : 2000 ans d’histoire», Sako a plaidé pour une réforme de la Constitution de son pays, qui date de 2005, pour assurer «l’égalité de tous les citoyens».

La charte prévoit la liberté de religion, même si le culte officiel reste l’islam et qu’aucun projet de loi ne peut enfreindre ses principes. Pour un retour à la paix, un projet qui privilégie la citoyenneté s’avère donc nécessaire, selon Mgr Sako. «Je suis citoyen irakien, peu importe si je suis chrétien, chiite, sunnite, kurde… La religion ne doit pas me séparer. La religion est un choix personnel : je crois ou je ne crois pas, je suis libre, et il ne faut pas l’imposer. […] De nos jours, on ne peut pas prendre la religion à la lettre», a-t-il déclaré.

Seule l’éducation à la liberté d’expression pourrait amener à un changement de mentalité des Irakiens. «On a participé aux manifestations contre la loi d’islamisation», a poursuivi le patriarche, soulignant le besoin d’une coexistence pacifique des différentes religions. «Les chrétiens doivent avoir le courage de retourner en Irak», a-t-il enchaîné. Et pour cela, il faudra de la «sécurité» et de la «stabilité».

«Aider l’Irak à se remettre debout»

«Ce dont nous avons besoin, c’est d’une assistance internationale pour aider l’Irak à se remettre debout, d’une manière saine et non pas sectaire», a-t-il martelé après que le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a perdu presque tous les territoires irakiens qu’il contrôlait depuis 2014.

Enfin, le patriarche a affirmé que la situation des chrétiens en Irak semble s’améliorer. L’Eglise cherche à aider la reconstruction des maisons détruites et les médias locaux sont des plus en plus sensibles aux traditions chrétiennes. Dans ce contexte, «ce n’était pas le bon moment pour le référendum d’indépendance en Kurdistan». Organisé fin septembre et combattu par Bagdad, où Mgr Sako réside, ce scrutin a ouvert, selon lui, une période de troubles dans le nord de l’Irak qui compte de nombreux villages chrétiens.

Alessio Fode