François, « évêque vêtu de blanc », pèlerin de paix à Fatima – La Croix

François, « évêque vêtu de blanc », pèlerin de paix à Fatima

Le pape François a entamé, vendredi 12 mai, un pèlerinage de deux jours à Fatima (Portugal). Lors de la bénédiction des cierges, il a mis en garde contre les mauvaises interprétations du message de Fatima faisant de la Vierge « une Marie affublée d’une sensibilité subjective qu’on voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir ».

 

400 000 pèlerins étaient rassemblés, vendredi soir 12 mai sur l’esplanade du sanctuaire de Fatima (Portugal), pour la bénédiction des cierges présidée par le pape François. Dans sa prière à Marie, prononcée devant la statue de la Vierge, François s’est présenté comme « évêque vêtu de blanc », comme dans la vision des petits bergers. / PATRICIA DE MELO MOREIRA/AFP

Il faut voir l’accueil que les Portugais ont réservé au pape François, vendredi soir 12 mai à Fatima, pour comprendre ce qu’est la ferveur. Des milliers de personnes enthousiastes massées tout au long de la route menant de l’héliport au sanctuaire, certains courant tout le long du chemin.

Une foule de plus en plus compacte au fur et à mesure que le pape approche du sanctuaire où, il y a tout juste 100 ans ce samedi 13 mai, la Vierge est apparue à trois jeunes bergers. Puis l’immense ovation au moment où la papamobile pénètre sur l’esplanade des sanctuaires pouvant contenir 400 000 personnes.

« Je demande la concorde entre tous les peuples »

C’est ici, au dans le cœur battant du catholicisme portugais, que François est venu accomplir son pèlerinage. « Un voyage de prière, de rencontre avec le Seigneur et avec la Sainte Mère de Dieu », a-t-il confié aux journalistes dans l’avion.

François est en effet venu en pèlerinage. « Pèlerin de la Paix qu’en ce lieu tu annonces, je loue le Christ, notre paix, et pour le monde je demande la concorde entre tous les peuples », a-t-il prié devant la petite des chapelles des apparitions, rappelant ainsi que c’est en pleine Première Guerre mondiale que la Vierge était apparue.

Dans cette belle prière à Marie, prononcée après de longues minutes de méditation devant la statue de la Vierge pendant laquelle la foule qui l’acclamait s’est soudain faite silencieuse, François s’est présenté comme « évêque vêtu de blanc », comme dans la vision des petits bergers.

Il a dénoncé ensuite « toutes les guerres qui détruisent le monde dans lequel nous vivons », priant pour que les fidèles soient « pèlerins sur tous les chemins ». « Nous abattrons tous les murs et nous vaincrons toutes les frontières, en allant vers toutes les périphéries, en y révélant la justice et la paix de Dieu », a-t-il exhorté.

C’est bien sous cet angle que François envisage le message de Fatima, comme il l’a expliqué ensuite lors de la traditionnelle bénédiction des cierges, invitant à ne pas se tromper de Marie.

Condamnation contre les trahisons du message de Fatima

La Marie que les catholiques vénèrent est-elle « une maîtresse de vie spirituelle, la première qui a suivi le Christ sur la “voie étroite” de la croix, nous donnant l’exemple, ou au contraire une Dame “inaccessible” et donc inimitable ? », s’est-il interrogé devant une marée de cierges allumés dans la nuit du sanctuaire de Fatima.

Est-elle « la “bienheureuse pour avoir cru” toujours et en toutes circonstances aux paroles divines, ou au contraire une “image pieuse” à laquelle on a recours pour recevoir des faveurs à bas coût ? », a-t-il continué.

Pour le pape, il ne fait aucun doute que, par la prière du rosaire, il faut se tourner vers Marie, mais, a-t-il insisté, « la Vierge Marie de l’Évangile, vénérée par l’Église priante » et non vers « une Marie affublée d’une sensibilité subjective qu’on voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir : une Marie meilleure que le Christ, vu comme un juge impitoyable ».

Une condamnation sévère de toutes les trahisons du message de Fatima qui ont fleuri à partir d’interprétations partiales ou idéologiques du « secret » de Fatima.

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Célébrant, après la récitation du rosaire présidée par le pape, la messe de la veille, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, s’est même fait plus précis, répondant à ceux qui – malgré les gestes successifs de Pie XII puis, à plusieurs reprises, par Jean-Paul II – estiment que la demande de Marie d’une consécration du monde à son Cœur immaculé serait restée sans réponse.

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« Le peuple, les évêques, le pape ne sont pas restés sourds aux demandes de la Mère de Dieu et des hommes : le monde entier lui a été consacré, a-t-il insisté. Partout se forment des groupes et des communautés de croyants qui se réveillent de l’apathie d’hier et s’efforcent, maintenant, de montrer au monde le vrai visage du christianisme. »

Plaçant l’appel à la miséricorde du pape François dans la ligne du concile Vatican II, « réuni pour renouveler le visage de l’Église, en se présentant, en substance, comme le concile de l’amour », il a, à la suite du pape, appelé à « la persévérance dans la consécration au Cœur Immaculé de Marie, vécue chaque jour par la récitation du rosaire ».

Nicolas Senèze, à Fatima (Portugal)