La France reconnaît Sant’Egidio comme « une institution internationalement active » – La Croix

La France reconnaît Sant’Egidio comme « une institution internationalement active »

La communauté catholique, qui ne fonctionne pas comme une ONG classique, a signé, mardi 18 avril, un protocole d’accord avec le ministère des affaires étrangères, lui conférant un statut officiel dans la résolution de conflits et l’aide humanitaire.

La communauté Sant’Egidio a signé, mardi 18 avril, un « protocole d’accord » en présence du ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. / Sant’Egidio

C’est une manière de couronner 15 ans d’engagement commun pour la paix. La communauté Sant’Egidio a signé, mardi 18 avril, un « protocole d’accord » en présence du ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. L’organisation reconnue par le Saint-Siège depuis 1984 passe du statut d’« interlocuteur » du Quai d’Orsay à celui d’« institution internationalement active », notamment en faveur de la paix dans le monde.

Enfin un statut

« C’est important pour nous d’être clairement identifiés avec nos spécificités, même si nous tenons à rester une structure très souple qui ne veut pas trop s’institutionnaliser », se félicite Valérie Régnier, présidente de Sant’Egidio France. La communauté, fondée à Rome en 1968, intervient dans 74 pays à travers un réseau de 55 000 bénévoles dont 1 000 présents dans l’Hexagone. Mais elle n’a jamais voulu s’affilier à une ONG classique sous l’égide de l’ONU. « Notre action est toujours gratuite, c’est-à-dire non rémunérée, et elle n’a pas de limite dans le temps, contrairement aux mandats donnés à d’autres organisations. Nous concevons la prière comme une action, au même titre que les autres choses que nous mettons en place. Et nous nous donnons pour priorité de redonner du sens aux liens, avec une réflexion sur ce qui rassemble », fait valoir Valérie Régnier.

Le document, signé mardi 18 avril, officialise la relation étroite entre l’État français et Sant’Egidio dans divers champs d’action, comme le dialogue inter-religieux, la prévention des conflits, la médiation. L’organisation devient également reconnue pour l’aide sanitaire qu’elle apporte – construction d’hôpitaux, lutte contre les pandémies, acheminement de médicaments –, son action auprès des migrants – aides au transfert, à l’accueil et à l’intégration – et son combat contre la pauvreté. Ce nouveau statut devrait permettre à la communauté, qui vit essentiellement des dons, de demander des subventions.

Un acteur devenu incontournable

Cette reconnaissance intervient quelques semaines après la signature d’un autre protocole d’accord plus spécifique, dans lequel Sant’Egidio, avec quatre autres organisations catholiques et protestantes, s’engage à ouvrir des couloirs humanitaires. Près de 500 Syriens réfugiés au Liban devraient être pris en charge en France en 18 mois.

La collaboration de la communauté de Sant’Egidio avec la France remonte à 1992, au moment où l’organisation a entrepris une médiation au Mozambique avec la rébellion. Certains protagonistes de cette première page d’histoire sont devenus des experts mondialement reconnus dans la résolution de conflits. C’est le cas de Mgr Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et ancien assistant ecclésiastique de la Communauté de Sant’Egidio, qui a récemment participé au désarmement officiel de l’organisation séparatiste basque ETA.

Aujourd’hui, Sant’Egidio demeure un partenaire incontournable pour la réconciliation en Centrafrique et en Libye. « Nous partageons beaucoup d’informations et de contacts avec la France », souligne Valérie Régnier. Des actions conjointes en Syrie seront envisagées dès que le pays trouvera une certaine stabilité.

Jean-Baptiste François