Le Monde Arabe

Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 05:46

Jacques-Huntzinger--c--Hannah-1-.jpgPour ceux qui n'ont pu participer au Colloque organisé aux Bernardins vendredi 10 février, voici la possibilité d'entendre trois intervenants dans l'émission Le Grand Témoin diffusée sur Radio Notre-Dame le jeudi 9 février et animée par Louis Daufresne.

 

Cliquer ici.

 

Avec :

Annie LAURENT, spécialiste du Proche-Orient, journaliste et écrivain, experte au synode des évêques. A publié Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître (Salvator)

 

Samim AKGÖNÜL, maître de conférences au département d’Études turques et à l’Institut des Relations internationales de l’Université de Strasbourg. Experts (Union Européenne, ONU, etc.) sur la question des minorités nationales et religieuses. A notamment publié Laïcité en débat : principes et représentations en France et en Turquie (Presses Universitaires de Strasbourg)

 

Jacques HUNTZINGER, ancien ambassadeur de France, aujourd’hui secrétaire général des Ateliers culturels méditerranéens, projet lancé en 2008 par l’Élysée et le Quai d’Orsay dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. A publié Il était une fois la Méditerranée (Paris, CNRS Éditions, 2010)

 

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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 05:17
buttin.jpgPar Me Maurice Buttin, avocat honoraire.
Président du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient
Une année est écoulée depuis la mort le 4 janvier dernier, suite à son immolation par le feu, du jeune tunisien Mohammed Bouazizi, désormais honoré, comme il se doit, par le peuple tunisien.
Où en est donc le "Printemps arabe " depuis mon article précédent, paru en septembre ?
 
 
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 05:11

Printemps arabeLes révolutions arabes ont surpris l'opinion internationale et les médias. Elles ont bousculé les clichés occidentaux attirant l'attention sur les transformations que connaît le monde musulman.

 

 

 

 

Antoine GUGGENHEIM

Jacques HUNTZINGER

Valentine ZUBER

 

ONT LE PLAISIR DE VOUS CONVIER AU COLLOQUE

LES PRINTEMPS ARABES ET LE RELIGIEUX

 

Le vendredi 10 février 2012

de 9h à 22h

 

Au Collège des Bernardins

20 rue de Poissy - 75005 Paris

Métro : Maubert-Mutualité, Cardinal Lemoine, Jussieu

 

 

Sous la poussée conjuguée de la modernisation sociale interne et de la mondialisation, ce monde s’ouvre à une certaine sécularisation. Peut-être moins visible que l’islamisme politique ou social, parfois rejetée intellectuellement et non pensée, différente de celle qu’a connue l’Europe, non univoque, se conjuguant parfois avec un retour du religieux, cette sécularisation est néanmoins tangible.

 

Parce qu’il n’y a pas d’évolution unique ou linéaire du rapport entre le religieux, le social et le politique et parce que le religieux n’est pas indépendant de la société dans laquelle il évolue, l’objectif de ce colloque est de revenir sur l'analyse globale de la sécularisation dans le monde musulman, notamment à travers les

révolutions arabes et l’étude des interrogations qu’elles soulèvent sur la place et le rôle du religieux.

 

 

RSVP avant le 1er février 2012.

ATTENTION : il est important de réserver via le flyer téléchargeable ci-dessous ou sur le site des Bernardins car le nombre de places est limité !

 

Le programme détaillé et bulletin d'inscription.

 

 

 

 

 

Cécile Baguenault

Chargée de projet

06 03 13 51 93

 

www.collegedesbernardins.fr

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 06:27

badie[1]Un an après la chute des premières dictatures arabes et son impact sur le système international, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, revient sur le printemps arabe. Sur lemonde.fr, le 19 janvier 2012.

 

 

 

Andrew : En quoi le système international a-t-il été modifié par le printemps arabe ?

 

Bertrand Badie : En fait, de manière assez substantielle. D'abord, le statut international du Moyen-Orient était probablement le dernier de ceux que nous héritions de la guerre froide et de la bipolarité. D'un point de vue international, la construction politique des régimes arabes n'était conçue que pour servir des fonctions internationales : assurer l'approvisionnement énergétique du monde, et singulièrement de l'Occident, participer à la sécurité en Méditerranée orientale, contenir les flux migratoires.

 

Le statut international de ces régimes était donc essentiellement tourné vers l'extérieur, conçu comme étant tout entier au service du jeu mondial. Il en était jadis de même de l'Amérique du Sud ou de l'Asie du Sud-Est qui, au fil des années 1990, se sont largement émancipées des missions qu'elles avaient reçues du jeu bipolaire. Le monde arabe, lui, y restait ancré, avec des régimes directement hérités soit de l'alignement sur l'Est, soit de l'alignement sur l'Ouest. Le "printemps arabe" a mis fin à cet état d'exception. On trouvera aisément d'autres transformations. Le jeu régional était ainsi principalement construit autour d'une politique du statu quo que la puissance israélienne, appuyée par les Etats-Unis, a réussi à imposer au fil des décennies depuis 1967.

 

Le "gel" du conflit palestinien était devenu ainsi comme une marque routinière du système international. Cette politique du statu quo n'était possible que par des coopérations interétatiques liant notamment la Jordanie, et surtout l'Egypte, à l'Etat hébreu. Il est très peu probable que cette équation puisse à terme se reconstituer.

 

Enfin, le monde arabe s'insérait dans le jeu international à partir de l'action diplomatique déployée essentiellement par trois capitales : Le Caire, Damas et Bagdad, correspondant d'ailleurs aux trois califats qui firent l'histoire des empires arabes. La chute successive du régime de Bagdad, puis de celui du Caire, et de fait, aujourd'hui, de celui de Damas, laisse le champ libre à un quatrième partenaire, l'Arabie saoudite, qui tente de construire une nouvelle hégémonie régionale. Il n'est pas sûr que Riyad ait beaucoup d'atouts dans son jeu. Et dès lors, l'avenir de la région semble hypothéqué par le jeu de deux puissances voisines, la Turquie et l'Iran, la première cherchant à construire son hégémonie régionale, la seconde à fédérer et gérer les mouvements contestataires.

 

Cette étrange dialectique de "Vishnou" et "Shiva" marque un tournant non seulement dans l'histoire régionale, mais dans les modes d'articulation du monde arabe à l'ensemble du système international. D'autant qu'aucune de ces deux puissances n'appartient à la culture arabe. De toute manière, ce sont les grandes puissances mondiales qui se trouvent, de ce fait même, fragilisées, perdant leurs relais régionaux, contrées par l'Iran et la Turquie, incapables sinon difficilement d'entrer en dialogue avec les sociétés, et notamment les mouvements sociaux qui ont fondé cette révolution. Cette fragilité renouvelée des grandes puissances mondiales est indiscutablement l'une des conséquences majeures de tous ces événements : les espoirs sûrement naïfs mis dans une capacité de l'hegemon de gérer les conflits locaux s'envolent plus que jamais.

 

Pedro : Sommes-nous passés du printemps arabe à l'hiver islamiste ?

 

Mounir : Après un an, quel bilan dressez du "printemps arabe" ?

 

Asylum : Est-ce que le printemps arabe n'équivaut pas à la version soft du Grand Moyen-Orient de Bush ?

 

B. B. : Que nous entrions dans l'hiver, l'affirmation est vraie, et pas seulement en termes de calendrier. La première phase de ces événements montrait l'exceptionnelle dynamique des mouvements sociaux qui se déployaient un peu partout au sein du monde arabe. La seconde phase atteignait la sphère du politique, bousculant des régimes établis, conduisant ici et là à des réformes, annonçant une réadaptation des vieilles "autocraties" plus ou moins modernisatrices.

 

Deux ruptures majeures sont alors intervenues dès la fin du mois de mars. D'une part, une internationalisation d'un mouvement qui restait les trois premiers mois solidement ancré dans le seul espace arabe ; d'autre part, une réactivation des capacités répressives qui se traduisait tragiquement par un bilan sans cesse plus élevé en termes de victimes. Cette internationalisation a eu des effets pour le moins mitigés et a, d'un certain point de vue, bloqué cet activisme des sociétés qui avait si vite conduit à tant de transformations.

Mais surtout, la réactivation des capacités répressives de plusieurs régimes, notamment la Syrie, mais aussi Bahreïn, montrait que la chute des autocraties n'avait rien de mécanique ni d'inévitable, et qu'une réponse répressive n'était pas nécessairement condamnée à l'échec à très court terme.

 

Le piège de l'internationalisation a peu à peu reconduit les acteurs internationaux hors de l'espace de ces révolutions, ce qui, d'un certain point de vue, confirme bien des blocages et nous installe durablement dans l'hiver.

Parler maintenant d'"hiver islamiste" me paraît inexact et fait écho à une interprétation qui tour à tour fait la mode et entretient les peurs en Occident. D'abord, plus que jamais, l'islamisme s'est révélé à la faveur de ces événements comme un phénomène composite, hétérogène, incertain dans ses projets. Le succès remporté par les partis qui s'en réclamaient lors des élections qui ont pu se tenir, notamment au Maroc, mais surtout en Tunisie et en Egypte, est très difficile à interpréter à très court terme.

 

En fait, rien d'étonnant que dans des pays sortant de la dictature où n'existait aucun marché politique les seuls partis qui puissent tirer leur épingle du jeu soient ceux qui exerçaient dans la clandestinité ou la semi-clandestinité l'essentiel de l'opposition à l'autocrate au pouvoir. Le vote en leur faveur est davantage l'expression d'un défaut d'organisation de l'opposition que celle d'un choix programmatique des électeurs. On comprendra donc que ce qui fit au printemps la force des révolutions arabes peut, durant l'hiver, constituer leur faiblesse : ces "révolutions" ont été accomplies par le jeu de mouvements sociaux, privées de leader et de programme politique.

 

Lorsqu'il s'agit non plus de détruire mais de construire un nouvel ordre politique, ces mouvements ne peuvent parvenir à leurs fins qu'en passant du stade social au stade politique, qu'en se dotant d'un "transformateur" leur assurant une efficacité au sein du nouveau débat public. Ces "transformateurs" n'apparaissent pas spontanément. Dans le court terme, le travail est accompli par les forces déjà en place : mais rien ne permet de dire ce que ces forces qui se réclament de l'islam veulent chercher à faire. Nous entrons dans une phase de découverte qui, elle, promet d'être longue, et dont le succès dépendra aussi de la manière dont elle sera accueillie et gérée dans le monde.

 

Romain : Le Moyen-Orient est-il réellement moins stable après le printemps arabe ?

 

B. B. : On a beaucoup épilogué sur la stabilité, sinon du Moyen-Orient, du moins de certains régimes qui le dominaient et qui avaient pour principale qualité, disait-on, d'entretenir une stabilité régionale minimale.

On voit aujourd'hui ce qu'il en était. Non seulement ces régimes égyptien et tunisien, mais aussi syrien, tant vantés naguère, se sont pour les deux premiers effondrés en quelques jours tandis que le dernier ne parvient pas à se rétablir, mais en plus, la stabilité qu'ils étaient censés produire n'était au mieux qu'une sorte de statu quo aux vertus pour le moins incertaines.

 

Le principal effet des régimes antérieurs à 2011 était de reproduire un état du Moyen-Orient qui figeait les conflits, les pérennisait davantage qu'il ne permettait de les conduire vers de réelles solutions. Face à cette prétendue stabilité, à ce dérisoire statu quo et aux violences qui en dérivaient, sans cesse plus fortes et plus inquiétantes, les nouveaux équilibres qui pourraient naître du "printemps arabe" ne sauraient conduire à une situation de plus grande précarité. On peut faire le pari (et peut-être était-ce là un des éléments du jeu de Barack Obama) que les recompositions qui vont se faire nécessairement redistribueront les atouts, introduiront davantage de souplesse et de fluidité dans le jeu politico-diplomatique : en faisant bouger les lignes, elles peuvent définir le cadre de solutions nouvelles.

 

Ebene Mark : Le printemps arabe est-il vraiment une bonne chose ? La démocratie n'est-elle pas surévaluée ?

 

B. B. : Personne n'a à juger des mouvements sociaux qui se déploient chez les autres. Celui qui a pris corps au Moyen-Orient avait deux marques distinctives qui rendent sa critique politique pour le moins incertaine. D'une part, il provenait des profondeurs de la société, dessinant les contours d'une révolution dont on doit reconnaître qu'elle a été moins manipulée et téléguidée que toutes celles qui se sont déroulées dans les décennies précédentes. D'autre part, il s'est construit à partir d'une exceptionnelle revendication de dignité (karama) et de dépassement de l'humiliation dont les observateurs comme les acteurs ne peuvent que prendre acte, notamment pour définir l'ordre à construire dans le futur.

 

Michel Corlay : Je suis un soldat américain basé au Japon. Le printemps arabe ne va-t-il pas renforcer le rôle dans la région de pays comme le Qatar, qui ont largement contribué, semble-t-il, a soutenir les rébellions ?

 

B. B. : Vous avez raison de mettre en relief le rôle diplomatique, et plus encore, tenu par le Qatar durant les dernières phases de ce "printemps arabe". Quand je soulignais tout à l'heure les prétentions de l'Arabie saoudite, j'aurais dû associer l'Etat qatari qui, à son échelle, vise à accomplir des fonctions de même nature que son grand voisin wahhabite.

 

Le Qatar a été particulièrement actif aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne en Libye. Il joue un rôle non négligeable dans le soutien des partis de sensibilité islamiste, et plus particulièrement des Frères musulmans dans chacun des pays qui connaissent présentement des échéances électorales. Il est en pointe, comme d'autres, dans le processus de mobilisation qui connaît en Syrie un sort et une évolution particulièrement tragiques. On peut même hasarder qu'il y a une sorte de division du travail entre Riyad et Doha : la première, proche des salafistes, la seconde, proche des Frères musulmans traditionnels.

 

Mais la perspective est semblable d'un double point de vue : rebâtir un monde arabe à partir du bastion que constitue la péninsule Arabique, avec inévitablement un réinvestissement religieux, et même fondamentaliste, l'accomplir au moins dans un premier temps en bonne intelligence avec la diplomatie occidentale, et dans le but aussi de contenir ces deux puissances qui sont à l'affût, la Turquie et l'Iran.

 

De telles initiatives connaissent inévitablement un certain poids dans une conjoncture de grande fluidité. Je ne miserais pas sur leur capacité de se maintenir dans le long terme sans susciter des crispations et des hostilités fortes à l'intérieur du monde arabe, voire jusque dans certaines principautés du Golfe, et sans créer des brouilles futures avec les puissances mondiales, y compris les puissances occidentales.

 

War : Quels sont les risques régionaux en cas de dégradation irréversible en Syrie ?

 

B. B. : La Syrie a toujours été, depuis son indépendance, un Etat-pivot dans la région. Si ce pays a été considéré de manière exceptionnelle, c'est parce qu'il cristallise en un même lieu les intérêts de ses voisins rivaux (Irak d'abord, Jordanie à un moindre degré, mais aussi Turquie) comme de ses voisins plus éloignés mais directement intéressés par son devenir (Iran, Arabie saoudite, Egypte). L'ensemble de ces pays a toujours construit avec Damas, et quel que fût le régime en place, des liens d'une extrême complexité, tour à tour hyperconflictuels ou pragmatiquement amicaux, qui ont donné à Damas une capacité diplomatique hors pair.

 

Ajoutons à cela, bien évidemment, deux conflits très proches dont la Syrie a toujours supporté une part de la solution ou de la non-solution : le conflit libanais et le conflit israélo-palestinien. Sur cette histoire riche, la diplomatie syrienne a réussi à se doter d'une capacité hors du commun qui en a fait dès le début des années 1960 un relais fondamental pour Moscou dans la région : cette pratique a même réussi à surmonter la chute de l'Union soviétique pour se retrouver dans le jeu diplomatique de la Russie contemporaine.

 

Tout cela permet de comprendre que la question syrienne est plus que toute autre une question internationale et que le jeu complexe des minorités qui s'y cristallise (minorités chrétienne, kurde, alaouite…) constitue un atout supplémentaire pour tous ceux qui cherchent à internationaliser le moindre événement qui se produit en Syrie.

 

Imane : Quel avenir pour la Ligue arabe, cette association de "vétérans" qui ne trouve aucune légitimité auprès des peuples ?

 

B. B. : On aurait pu croire un moment que la Ligue arabe reprenait la main à la faveur de tous ces événements. Après tout, la cohésion dont elle a fait preuve, notamment au début de la révolution libyenne, était assez remarquable. Voilà une organisation qui se distinguait jusque-là par ses divisions ; avec l'insurrection libyenne, elle a su faire front de manière consensuelle pour contrer les velléités répressives et sanguinaires du régime de Mouammar Kadhafi ; elle a même pu être à l'origine de l'idée d'établir une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye ; elle a ainsi guidé et organisé, à travers la diplomatie libanaise, la réaction du Conseil de sécurité, grâce notamment à l'adoption de la résolution 1973.

 

Malheureusement pour elle, ce consensus n'a pas duré. Les excès de l'intervention occidentale, et notamment cette coupable tendance de la coalition franco-anglo-américaine à s'approprier l'action militaire ainsi entreprise, ont conduit la Ligue arabe d'abord à une attitude de retrait, puis d'indécision, et enfin de division.

 

Avec l'épisode syrien, le mal s'est en quelque sorte aggravé. D'abord, l'unanimité n'a pas pu se faire, et la dissidence irakienne, qui a refusé de condamner la Syrie, est de ce point de vue remarquable. Ensuite, ses valses-hésitations, ses tentatives désespérées de compromis, l'échec de la mission des observateurs péniblement mise sur pied, ont réinstallé la ligue dans le camp de l'impuissance et de la fragilité. Au-delà de tout cela se pose un problème de leadership, d'une part, lié au départ de son ancien secrétaire général Amr Moussa, et d'autre part, dérivé de la volonté saoudienne de contrôler le nouveau périmètre arabe défait de ses rivalités égyptienne et syrienne.

 

Guy-Philippe Goldstein : Pensez-vous que l'on assiste à un réalignement du Hamas sur un nouvel axe sunnite anti-iranien liant pays du Golfe-Egypte-Turquie ? Si oui, quel impact sur le processus de paix ?

 

B. B. : Je pense qu'il est dangereux, sur cette question précise comme sur bien d'autres, de ramener les alliances et les mobilisations à des formes simples de clivage préconstruit. L'histoire récente a montré que le sunnisme et le chiisme ne constituaient en rien la summa divisio permettant d'expliquer les alignements des uns et des autres.

 

Le Hamas, qui appartient à une mouvance islamiste sunnite, a été longtemps proche du régime iranien, et rien n'indique que cette alliance appartienne au passé. De même, les liens qui l'unissaient à Damas montrent de façon très claire que les alignements sectaires ou religieux ne fonctionnaient pas. De la même manière, on a eu tendance à oublier que l'Arabie saoudite a été constamment proche des réseaux sunnites les plus radicalisés tout en entretenant des relations diplomatiques complexes mais fournies avec le monde occidental ou les régimes pro-occidentaux de la région. Pour comprendre le Moyen-Orient, il faut savoir renoncer aux explications monocausales et se garder de toute construction d'une arithmétique politique comparable à celle qui fonde notre jeu parlementaire occidental.

 

Nicolas : Le printemps arabe s'inscrit-il dans le mouvement de décolonisation, d'émergence sur la scène internationale ?

 

B. B. : Oui, d'un certain point de vue, et peut-être de manière assez paradoxale. Il ne faut pas oublier que le "printemps arabe" marque d'abord et avant tout l'entrée du monde arabe dans la mondialisation. Il a été rendu possible par l'usage des techniques modernes de communication, par la mobilisation de formes nouvelles de relations sociales directement liées au nouveau jeu mondial.

 

Il a marqué la fin de l'exceptionnalité arabe, le dépassement de ces régimes d'autocratie modernisatrice qu'on croyait faits sur mesure pour gérer de manière dérogatoire la vie politique dans cette partie du monde. Le paradoxe tient au fait que cette entrée dans la banalité de la mondialisation l'a fait en partie sortir de ce régime d'exceptionnalité qui le rendait si dépendant des autres. Produits de la bipolarité, prolongements de l'affrontement Est-Ouest, les régimes arabes ont longtemps été les pions d'un conflit mondial où s'affrontaient les grandes puissances par "petits" interposés. Tout cela est révolu : la quête de dignité était aussi celle d'une posture sur l'échiquier international qui n'est plus réglé par le jeu de dépendances, ni par les effets désastreux des alignements automatiques. Peut-être est-ce là le début d'une nouvelle histoire.

 

Dernier ouvrage paru : Nouveaux mondes, carnets d'après-guerre froide, CNRS Editions-Le Monde.fr, Paris, 2012.

 

 

 

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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 05:49

princeHassan_pt-1-.jpgPar le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie, le 23 décembre 2011, sur le site du Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

Amman (Jordanie) – Nous arrivons à la fin d’une année significative sur le plan régional et mondial. De multiples mouvements d’« éveils » ont changé le contexte stratégique, social et politique de la zone que j’appelle « Asie de l’Est et Afrique du Nord » (appelée plus communément Moyen-Orient et Afrique du Nord).

 

Dans l’ensemble, de profondes tensions dans l’économie mondiale –pas uniquement limitées aux pays occidentaux – ont montré que nous vivons dans une ère fortement mondialisée, dans laquelle l’opportunité, l’égalité, l’équité et la mobilité sociale semblent avoir été compromises à outrance. Les déficits budgétaires dans de nombreux pays à travers le monde ont créé et accentué un déficit de confiance et de dignité humaine aussi bien en Occident que dans la zone Asie de l’Est et Afrique du Nord. C’est ce qui a engendré le mouvement Occupy à Londres et aux Etats-Unis, et le mouvement des « Indignés » en Espagne – tous deux influencés par l’éveil arabe, avec lequel ils partagent des revendications communes.

 

Ce que nous sommes en train de voir est peut-être la naissance d’un nouveau discours mondial dans la zone Asie de l’Est et Afrique du Nord. Ce discours se résume essentiellement à ceci : l’être humain est « trop important pour sombrer ». En 2012, il faudra néanmoins plus de précisions : aucune des manifestations, qu’il s’agisse de la Place Tahrir au Caire, de Wall Street à New York ou ailleurs, n’ont été codifiées intellectuellement ou politiquement. En revanche le concept de sécurité humaine a été justifié par les événements sur le terrain : une masse critique, composée d’une majorité autrefois silencieuse a fait surface.

 

Mais le phénomène du tweeting – qui est si étroitement associé aux soulèvements récents – ne peut pas remplacer la réflexion, et la passion ne peut pas remplacer la discipline.

 

Nous sommes devenu une région aux accents multiples ; des décennies de division et de règles nous ont rendus incapables de parler d’une seule et même voix. A cause de cela, ceux qui sont extérieurs à notre région, parlent trop souvent à notre place.

 

Il est temps de développer de nouveaux discours – et un plus grand sens de l’unité. Il y a une année, le 1er janvier 2011, 21 personnes trouvaient la mort lors d’une attaque d’une église copte à Alexandrie, 25 jours plus tard, musulmans et chrétiens priaient ensemble sur la Place Tahrir. Cela n’a pas duré longtemps – les tensions sectaires ont refait surface en Egypte, à Bahreïn et dans l’ensemble de la région. Cela laisse tout de même supposer que les frictions qui semblent si souvent déchirer cette région sont en fin de compte bien plus fragiles qu’elles ne paraissent.

 

Le monde arabe est souvent décrit comme un endroit où l’on se bat contre tout, notamment contre le progrès. Or au cours de ces derniers mois, ce sont bien les hommes et les femmes de cette région qui ont montré le chemin de la lutte pour ce qui a été décrit comme les droits universels à la justice, à la transparence, à la responsabilité, le droit d’avoir une carrière et une famille et le droit des Palestiniens à devenir des citoyens dans leur propre territoire indépendant. On a remodelé, remis en question et on s’est battu lourdement à travers un large éventail d’arènes pour l’avenir de la région Asie de l’Est et Afrique du Nord. Cet avenir demeure incertain et ses contours sont opaques – mais ses braises restent ardentes.

 

Notre région nécessite une déclaration des droits qui interdise toutes formes de discrimination, tout en soulignant les responsabilités. Il faut la participation de ce j’appelle les communautés de « la troisième sphère » - organisations civiques, gouvernement et secteur privé – pour engendrer des modèles sérieux de cohésion et d’inclusion sociales. Nous avons besoin d’investir dans la recherche et le développement – et soutenir non seulement les entreprises naissantes mais aussi les personnes instruites.

 

En 1987, je faisais partie d’une commission qui présenta devant l’Assemblée générale de l’ONU un rapport prônant un « nouvel ordre humanitaire ». Le rapport intitulé « Winning the Human Race » (Jeu de mot voulant dire gagner la compétition humaine ou la race humaine) arguait que la croissance économique et la sécurité nationale dépendaient essentiellement du bien- être des individus et des communautés.

 

La conclusion qui peut être tirée de ces 12 derniers mois semble concorder avec les découvertes de ce rapport vieux de 24 ans. Dans un sens, le rapport comme la conclusion suggèrent que le vrai « changement dans lequel on peut croire » n’émane non pas des gouvernements, des armées ou des institutions – mais de chaque être humain.

 

 

* Son Altesse royale le Prince El Hassan bin Talal est le président et le fondateur de l’Arab Thought Forum et du West Asia North Africa Forum. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 23 décembre 2011, www.commongroundnews.org

Reproduction autorisée.

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