Syrie

Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 06:04

Oeuvre-d-Orient.jpg

 

 

Depuis le début de la semaine à Homs, les violents combats entre opposants au régime et l’armée se sont intensifiés. Portés hier à leur paroxysme, ils ont fait plusieurs morts parmi les civils et les militaires et de nombreux dégâts dans le quartier de Boustane al Diwane.

 

Impuissants et terrés chez eux depuis plusieurs jours, les habitants du quartier, chrétiens et musulmans,  ont vu leurs  maisons endommagées, saccagées ou détruites. L’église grecque-melkite Notre-Dame de la Paix a été touchée et ses vitraux ont été cassés, Dans le même quartier, les écoles grecque orthodoxe et de Raidd Kouzham ont été endommagées.

 

Selon les sources de l’Œuvre d’Orient, les 30 % de chrétiens  restés dans cette partie de la ville  ont du se résoudre à partir. C’est en larmes qu’ils abandonnent aujourd’hui leur maison  pour chercher la sécurité. Quelques familles musulmanes ont également quitté la ville.

 

2 février 2012.

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 05:34

fmsyrie-1-.jpgPar Georges Malbrunot le 23 janvier 2012 sur son Blog du Figaro. Un ancien ambassadeur de France en Syrie nous confiait récemment que le Quai d’Orsay évaluait à 15% le poids électoral des Frères musulmans à l’intérieur de la Syrie.

 

 

 

Même s’ils laissent sceptiques certains experts des Affaires étrangères, les télégrammes diplomatiques en provenance de notre ambassade à Damas insistent sur « un fond de laïcité » au sein de la société syrienne, cette mosaïque de communautés batie autour des minorités chrétienne, alaouite, druze, kurde, qui ont longtemps vécu en bonne intelligence avec une majorité sunnite ouverte et libérale, fortement influencée par la classe des commerçants de Damas et d’Alep. Après un renversement de Bashar al-Assad, contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, la Syrie pourrait donc faire exception, en n’accordant aux islamistes qu’une part finalement réduite du gâteau électoral.

 

Cette prevision optimiste s’appuie sur d’autres facteurs observés sur le terrain de la révolte, depuis dix mois contre le pouvoir de Bashar al-Assad.

 

Les intégristes ne dominent pas la rébellion, dans la grande majorité des villes en insurrection. Même à Homs, devenu l’épicentre de la contestation, le conseil qui gère la partie de la ville en révolte contre les forces de sécurité ne compte aucun islamiste parmi ses dirigeants. Historiquement, rappellent les spécialistes de la Syrie, les islamistes ne sont jamais parvenus à conquérir de nombreux sièges, lorsque des élections législatives se sont tenues dans les années 50.

 

Le chercheur Thomas Pierret partage cette analyse. Dans son livre « Baas et islam en Syrie », Pierret estime tout d’abord que la mouvance islamiste ne constitue pas un bloc homogène. « Les Frères musulmans ne jouent aucun rôle sur le terrain durant le soulèvement de 2011, mais ils sont très présents dans l’opposition en exil », assure le maître de conférence en islam contemporain à l’université d’Edimbourg. Selon lui, « leur autorité est contestée par de nouveaux acteurs islamistes, comme le Courant islamique démocratique indépendant. Quant aux oulémas, ils sont divisés entre ceux qui soutiennent le régime et ceux qui s’engagent aux côtés des manifestants, à leurs risques et périls ».

 

Reste que les representants islamistes sont actifs dans le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe les principales composantes de l’opposition à Bashar al-Assad. Ils ont ainsi largement contribué à ce que Bouran Ghalioun, le président du CNS, se rétracte, après avoir signé fin décembre un accord de transition du pouvoir, avec son rival Haytham Manna, du Comité de la coordination, l’autre mouvement de cette opposition. Les islamistes refusent encore de parler d’état laïc. Selon plusieurs indiscrétions, Ghalioun serait d’ailleurs sur le point de renoncer à son poste. « Les islamistes le contraignent à adopter des positions à l’opposé des siennes, qui sont libérales », note un cadre de cette opposition.

 

D’autres sceptiques font valoir que la Syrie de l’apres Bashar, comme l’Irak après la chute de Saddam Hussein, devrait connaitre un reveil du sentiment religieux, longtemps etouffe. Comme a Bagdad, de nombreux islamistes rentreront d’exil a Hama ou ailleurs en Syrie, une fois la dictature renversee, et peseront dans les debats futurs.

 

Conscients de leur modeste influence actuellement sur le terrain, les Frères musulmans ont donc adopté la stratégie suivante : être dominants dans la structure de l’opposition à l’étranger, aller vite pour renverser brutalement le régime et, comme en Egypte et en Tunisie, surfer sur la ferveur électorale islamiste au Moyen-Orient.

 

Cette stratégie induit un double refus : celui de tout dialogue avec le régime, et d’une transition douce qui prévoierait des élections générales, après un départ négocié de Bashar al-Assad du pouvoir à Damas, comme le prevoit le nouveau plan adopte hier par la Ligue arabe, mais aussitot rejete par le pouvoir syrien.

 

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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 05:39

Boutros-Hallaq.jpgIl est difficile de savoir comment réagir devant les événements qui se déroulent en Syrie. Boutros Hallaq, universitaire à la Sorbonne nouvelle, s'intéresse à ce pays où réside sa famille. Chrétien melkite, invitant à dépasser les clivages communautaires, il aide les sociétés occidentales à porter sur les événements un regard éclairé.Article mis en ligne en janvier 2012 sur le site "Dieu Maintenant" dont Boutros est membre de l'équipe animatrice.

 

 

 

 

Une situation bloquée

 

Une initiative démocratique

 

Pendant plus de quarante ans de pouvoir Assad père et fils, la Syrie fut martyrisée sans que les chancelleries occidentales s’en émeuvent. Systématiquement, la société civile est démantelée (élections truqués, presse et syndicats muselés, associations civiles interdites ou mises sous contrôle), l’économie nationale détruite en vue de retirer à la classe moyenne son rôle de levier d’une alternative politique, l’armée réduite au rang de milices au service du pouvoir. Parallèlement, un système répressif d’une terrible efficacité est mis en place qui distille la terreur et remplit les prisons. Les désormais célèbres “Chabbiha”, hommes de main aux exploits aussi glorieux que ceux des fameux « Hachchachins » (d’où dérive le mot assassin), étaient déjà à l’œuvre en sourdine depuis deux décennies. L’Occident y trouvait son compte en terme de profits économiques et de géostratégie, au même titre qu’en protégeant les systèmes archaïques de la presqu’île arabique ou les régimes des présidents Moubarac et Ben Ali qu’il a soutenus pratiquement jusqu’à l’extrême possible.

 

Dynamisée par le succès des contestations civiques en Tunisie puis en Egypte, la jeunesse syrienne décide de se soulever. Pour la première fois dans l’histoire du monde arabe, la société civile se met en marche par ses propres ressorts; pour la première fois elle se veut sujet de son destin. S’insurgeant contre un pouvoir qui a confisqué l’Etat à son profit, elle vise à restaurer cet Etat au profit des citoyens, quelles que soient leurs communautés, ethnies, idéologies ou croyances. Lassée du nationalisme exacerbé du parti baath, déçue par la pratique des partis marxisants, et constatant l’échec total des partis islamistes de Téhéran à Gaza (ne parlons pas du wahhabisme saoudien), elle ne croie qu’à l’individu citoyen capable de construire dans la liberté et la solidarité une société ouverte respectueuse de la diversité du pays depuis des millénaires. C’est dans cet esprit que, à part celui des sociétés civiles de par le monde, cette jeunesse ne sollicitait aucun soutien des Etats arabes ou étrangers afin de préserver sa dynamique propre et éviter les errements passés des coups d’Etat manipulés directement ou indirectement par l’étranger. Depuis sept mois, elle proclame son credo : "Non au régime sécuritaire, Non à la violence, non au communautarisme, non à l’intervention étrangère". Mais face à l’autisme du régime, elle a posé une autre exigence : "La chute du régime".

 

L’illusion communautariste

 

Depuis deux mois, les événements prennent un tour dramatique, transformant ainsi la nature de la confrontation. Alerté par les précédents tunisien et égyptien, le régime, tout en maintenant une répression féroce, a commencé par occuper les grandes places des principales villes dans le but de priver les manifestants d’une « place Tahrir ». En même temps, il utilisait tous les moyens pour transformer un mouvement citoyen (donc non communautaire) et pacifique en une révolte armée et confessionnelle, et légitimer ainsi son écrasement. Il a semé la peur chez les minorités contre une majorité sunnite grossièrement taxée d’extrémisme religieux ; il les poussées à s’armer. Il a aussi systématiquement décapité le mouvement en arrêtant et parfois tuant ses leaders qui tenaient le cap de la non-violence et de la logique citoyenne. Désorganisée, matraquée, excitée par des medias stipendiés (comme la chaîne Aljazeera), travaillée également par des groupes mus uniquement par la vengeance (le noyau dur des Frères musulmans), la contestation perdait ses repères. En même temps, de nombreux militaires, qui ne supportaient plus de tirer sur des civiles désarmés d’être, ont déserté et constitué un noyau d’une opposition armée.

 

Le peuple désorienté

 

Mais si le régime semble avoir réussi à dévier le cours de cette contestation civique, ou du moins à semer le trouble dans les esprits, celle-ci reste déterminée à aller jusqu’au bout. La situation est bloquée : le régime est incapable de rétablir la situation ante, et la contestation est dans l’impossibilité d’imposer le changement. La stratégie de l’opposition explose. Le Conseil National Syrien, porté sur les fonts baptismaux par des puissances régionales (Turquie, Qatar…) et aveuglément soutenu par les chancelleries occidentales (la diplomatie élyséenne en tête, dopée qu’elle est par son « succès » en Libye), envisage une solution à la libyenne, quitte à laisser la société syrienne en payer le prix. L’opposition historique, menée par les grandes figures de militants ayant blanchi dans les luttes et les prisons (dans ou autour du Comité Coordination) et soutenue par de nombreuses coordinations de jeunes, privilégie en revanche le maintien d’une contestation citoyenne, tout en mettant en œuvre les procédés susceptibles d’obliger le pouvoir à obtempérer aux demandes du peuple, sans verser dans des luttes intestines. Désorienté, le peuple semble se donner à celui qui, pense-t-il, va lui donner les moyens d’espérer. La campagne d’intoxication bat son plein.

 

 

Le cynisme occidental

 

Les Assad et le soutien occidental

 

Face à cette situation y a-t-il une stratégie occidentale ?

Il serait naïf de croire les chancelleries occidentales obsédées par la démocratie ou par le sort de minorités, comme beaucoup le laissent entendre. Il suffirait de rappeler le rôle joué par elles dans l’installation de Hafez Assad au pouvoir. Ayant obtenu ses galons en refusant de venir au secours des Palestiniens dans leur face à face avec le roi Hussein de Jordanie en septembre 1970 (le fameux Septembre noir), Hafez Assad accède au pouvoir suprême quelques mois plus tard grâce à un coup d’Etat bien apprécié, y compris par l’URSS. C’est avec la bénédiction de l’Occident et d’Israël qu’il interviendra au Liban en 1976 pour neutraliser la gauche. Malgré des explications musclées avec ses partenaires occidentaux, dont furent victimes les contingents américains et français en 1983 au Liban (phénomène classique entre alliés, somme toute Israël a bien coulé la frégate américaine Liberty en 1967), il restera dans l’orbite occidentale sans pour autant couper les ponts avec l’URSS. Son apothéose adviendra en 1982: il est consacré comme “le protestant de l’islam” (cf. Libération et le Nouvel Observateur de l’époque) pour avoir réduit la révolte des Frères Musulmans à Hama au prix de quelques 25000 morts. Il s’imposera dès lors au pays, grâce sans doute à son appareil de répression, mais surtout à la “légitimité” acquise auprès des chancelleries occidentales comme “bouclier contre l’islamisme”. Légitimité confortée par sa participation à la guerre contre l’Iraq. Assad réussira, notamment après sa rencontre avec le président américain Clinton en 1999, à imposer Bachar, son fils cadet, comme héritier après la mort accidentelle de Bassel, l’aîné. On connaît le traitement réservé au nouveau “dauphin” par la France, de J. Chirac à N. Sarkozy. Entre-temps, pas un coup de feu n’a été tiré à partir du Golan en direction d’Israël. Quant au soutien accordé à Hamas et au Hizbollah, c’était de bonne guerre.

 

Les trahisons successives

 

La société syrienne n’a aucune illusion sur les motifs des pouvoirs politiques en Occident (à distinguer de la société civile qui n’a pas la même approche cynique). Elle a en mémoire, en effet, les “trahisons” – disons plus sobrement le jeu des Etats qui “n’ont pas d’amis mais des intérêts” selon la célèbre phrase de W. Churchill - qui ont émaillé le cours du siècle écoulé. A commencer par celle, originelle, des Alliés franco-britanniques après la Première guerre : au lieu d’honorer leur contrat avec le Prince Fayçal, chef de la Révolte arabe contre les Ottomans, en favorisant l’établissement d’un Royaume arabe au Proche-Orient, ils se sont dépêchés de partager entre eux ces territoires, tout en livrant la Palestine au mouvement sioniste ; et l’on connaît la suite. Ils ont même créé de toute pièce un état artificiel (La Transjordanie) et tenté une dislocation de la Syrie en Etats confessionnels (cf. les travaux d’Henri Laurens). Et la suite est à l’avenant: l’engagement de protéger la population palestinienne au Liban après le départ de l’OLP en 1982 a tenu à peine deux mois, laissant le champ libre au massacre de Sabra et Chatilla perpétrée par les Forces libanaises avec la bénédiction des forces du général Sharon (cf. le Rapport Kahana ; la démocratisation de l’Irak a abouti à la situation que l’on sait; les promesses d’un Etat palestinien ont conduit Barak Obama à “Canossa” capitulant en rase campagne devant le lobby israélien (cf. l’article de Ch. Enderlin “la formation proche-orientale de B. Obama”). Faut-il recommencer sans cesse ?

 

Quant au souci de protéger les minorités, nouvelle chanson du secrétaire d’Etat américain, il constitue une insulte aux intéressés qui n’ont pas oublié leur histoire récente. Pour toute aide réelle à ses protégés chrétiens libanais, Napoléon III a envoyé ses bateaux sur les côtes libanaises en 1860 pour transporter les troupes de leur chef Youssef Karam en... Algérie, conquise de fraîche date. Proposition reformulée en d’autres termes par les Américains à l’adresse du président libanais Souleyman Frangié dans les années 1970. Après avoir poussé les Assyriens d’Iraq à réclamer leur indépendance dans les années 1920, les Anglais les ont laissés à leur sort, s’expatrier aux USA. Poussés après la première guerre du Golfe à la révolte contre Saddam Hussein, les Chiites irakiens furent abandonnés et livrés à la vindicte du dictateur. Au début de son mandat en Syrie, les Français ont monté Alaouites contre Sunnites avant de les lâcher. Et que font concrètement toutes ces bonnes âmes devant le dernier drame des Coptes d’Egypte, livrés en pâture aux tanks des militaires du Maréchal Tantawi? L’on susurre aussi qu’au Patriarche maronite qui, lors de sa dernière visite à l’Elysée, réclamait l’intervention de la France auprès d’Israël afin qu’un Etat palestinien voie le jour, condition nécessaire au désarmement de Hizbollah et au rétablissement effectif de l’Etat libanais – ce qui soulagerait les communautés chrétiennes -, le président Sarkozy aurait lancé que les chrétiens libanais seraient les bienvenus en France. Protéger les minorités? Vieilles lunes et réelles tragédies !

 

Les calculs occidentaux aujourd’hui

 

De toute évidence, l’Occident cherche depuis longtemps à affaiblir le régime syrien, sans l’abattre pour autant, afin de l’amener à desserrer ses liens avec l’Iran et le Hizbollah. Israël, qui n’a jamais caché ses sympathies pour ce régime syrien, en aura les mains libres au Sud Liban tout en se préservant de l’inconnu d’un régime démocratique; l’Iran sera plus vulnérable et plus conciliant sur son dossier nucléaire; les régimes pétroliers amis n’en seront que plus soulagés. L’affaiblir sans l’abattre, du moins avant de trouver une alternative “intéressante”, telle une alliance entre militaires et Frères Musulmans à l’instar de ce qui se dessine en Egypte actuellement. Cela explique peut-être la diligence avec laquelle le Quai d’Orsay a applaudi à l’émergence du Conseil National Syrien, dominé par les Frères Musulmans syriens et ouvert à l’idée d’une intervention militaire à la libyenne, tout à fait en harmonie avec les régimes pétroliers et leur imam de proue, le Cheikh Al-Qardawi, connu pour son ultralibéralisme comme pour son virulent sectarisme religieux. Bien qu’il ne soit aucunement représentatif de la majorité de l’opposition, le CNS pourrait le moment venu offrir une couverture légale à toute sorte d’interventions.

 

 

Le devoir de l’Occident

 

Entendre la société civile

 

Alors que faire et quel rôle pour l’Occident?

 

S’il y a urgence à démanteler le système Assad muré dans son autisme - toute l’opposition syrienne en convient -, l’autre urgence est de s’inscrire dans la logique de la contestation jaillie du cœur de la société civile et incarnée par les mots d’ordre de la jeunesse syrienne. Il s’agit dès lors de faire prévaloir le projet démocratique porté par la jeunesse, sans chercher à se substituer à elle, soit directement par une intervention extérieure, soit indirectement en poussant au-devant de la scène des organismes non représentatifs, eux-mêmes redevables de leur existence à la dynamique initiée par la jeunesse. Pour ce faire, deux voies complémentaires doivent être empruntées.

 

D’une part, isoler le régime en vue de l’affaiblir et d’accentuer les clivages en son sein; les contradictions internes finiront par provoquer l’émergence au cœur du pouvoir d’une autre équipe capable de sacrifier les intérêts de la famille Assad pour sauver sa tête en même temps que le pays. Des sanctions ponctuelles visant les intérêts des responsables doivent être prises, en dehors de tout blocus économique qui mettrait à genoux la population et elle seule. N’oublions pas que le blocus contre l’Irak a finalement servi le régime de Saddam, tout en sacrifiant des centaines de milliers de vies, notamment parmi les bébés et les enfants en bas âge. Ces sanctions seront encore plus efficaces si les Etats qui les imposent – pourquoi ne pas rêver ? - agissent de même vis-à-vis d’autres potentats arabes (au Bahrayn et au Yémen par exemple) et surtout vis-à-vis de l’insolence de la politique israélienne, tenue au-dessus des lois et libre de continuer à martyriser les Palestiniens (la colonisation rampante) et à bloquer le processus de paix. Le fameux double poids double mesure. Parallèlement, une mobilisation générale des sociétés civiles est nécessaire : associations de droits de l’homme, de solidarité, organismes internationaux non partisans, organes de presse… toutes ces instances qui ne sont pas mues par des stratégies d’intérêts égoïstes, parce que sensibles à la solidarité humaine.

 

Favoriser l’unité de l’opposition

 

Il s’agit, d’autre part, de favoriser le rassemblement des mouvements de l’opposition autour d’un programme d’action à mettre en œuvre pour reconstruire la démocratie. Ce serait l’équivalent du programme du Conseil National de la Résistance, qui fut si efficace pour la Libération comme pour la reconstruction de la France. Les différentes sensibilités politiques et civiles s’engageraient sur quelques grands principes d’action, tout en gardant leur vision spécifique. Ainsi personne ne serait exclu, y compris les Frères Musulmans, du moment que l’essentiel fait consensus. La pratique de la vie démocratique se chargera de faire évoluer les uns et les autres; et la tendance islamiste sera amenée par la force des choses à évoluer vers une « Démocratie islamique », analogue à la Démocratie chrétienne née après la Deuxième guerre, processus qui a si bien réussi au parti islamiste turc. Nous en voyons maintenant l’esquisse dans le cas tunisien après les récentes élections. Le premier avantage d’une telle configuration serait de détacher du régime un bloc de minorités (alaouites, chrétiens, druzes…) tenues à un semblant de fidélité au régime Assad par la peur d’être dominées par une majorité sunnite (souvent fantasmatiquement réduite à la tendance Frères Musulmans), ou livrées à la vindicte du vainqueur, une dictature honnie mais déjà connue étant préférable à une autre inconnue. Cela accélérera l’isolement puis la chute du régime, en lui enlevant – autre avantage - le chantage qui consiste à dire: c’est moi ou la guerre civile. En fait, ce n’est pas seulement un chantage, car l’aveuglement du régime le pousse à envisager en dernière instance une telle hypothèse: Kadhafi n’a pas le monopole de la folie. Il faut le prendre de vitesse avant de mettre à exécution ses menaces.

 

Dans la mouvance du Comité de coordination pour le changement démocratique, conduit par des pionniers de la lutte pour la démocratie en en payant le prix (H. Abdelazim, Arif Dalila, Michel Kilo, H. Awdat…), du Mouvement pour la reconstruction de la Syrie et en accord avec de nombreuses personnalités indépendantes, nous ne cessons d’appeler à l’unité autour d’un tel programme. Le CNS syrien, qui a fait la sourde oreille pendant un moment, cherche ouvertement à monopoliser la représentativité populaire en excluant toute autre voix, si représentative soit-elle. Il vient de franchir un nouveau pas dans l’intimidation en lançant une campagne agressive contre ceux qui n’adhèrent pas à sa politique : leur « démocratie » est en marche. Stratégie à très courte vue, pour ne pas dire catastrophique pour l’avenir du pays; peut-être même, vue la position géostratégique de la Syrie, pour la région toute entière, région minée par l’instabilité et objet de tant de convoitises à la fois.

 

Appel aux gouvernants et aux sociétés civiles d’Occident

 

Il est temps que les décideurs politiques en Occident se hissent à la hauteur des événements, en répudiant les coups de poker si chers aux stratèges élyséens, pour ne pas hypothéquer l’avenir de ce printemps arabe, seul à même de changer la figure de ce bassin méditerranéen gorgé de tragédies mais promis, si nous en osons le pari, à un avenir de paix et d’enrichissement mutuel. Il est temps aussi que les sociétés civiles occidentales, qui se sont si vite reconnues dans le mouvement de la jeunesse arabe, imposent à leurs gouvernements une approche citoyenne des rapports entre peuples, à commencer par leurs voisins immédiats, ceux du monde arabe.

 

Boutros Hallaq (janvier 2012)

 

 

 

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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 06:20

Mgr-Jean-Clement-Jeanbart.jpgMgr Jean-Clément Jeanbart dit redouter un renversement du régime, et la possible domination d'un parti islamiste. Une info du site LePoint.fr. 

 

L'archevêque catholique d'Alep Jean-Clément Jeanbart se dit "très préoccupé par les conséquences d'un renversement du régime" pour les chrétiens de Syrie et affirme qu'"il faut encore donner sa chance à (Bachar el) Assad", dans un entretien publié mercredi par Le Figaro. "Nous sommes très préoccupés par les conséquences d'un renversement du régime, qui pousserait beaucoup de fidèles à émigrer, comme en Irak depuis la chute de Saddam Hussein", déclare Mgr Jeanbart. "Les chrétiens n'ont pas confiance dans un pouvoir sunnite extrémiste. Nous redoutons la domination de Frères musulmans dogmatiques", explique-t-il. "Malgré les violences, il faut encore donner sa chance à Assad", ajoute-t-il, en assurant que "Bachar el-Assad est en train de persuader le parti Baas d'accepter les réformes". Le religieux chrétien souligne que la nouvelle Constitution annoncée par le président syrien comporte "des points intéressants en matière de maintien de la laïcité, par exemple".

 

Bachar el-Assad a annoncé mardi qu'un référendum sur une nouvelle Constitution, annoncé à l'automne par les autorités, aurait lieu "la première semaine de mars". Le président syrien a aussi accusé des pays étrangers de "comploter" contre son pays. Selon Mgr Jeanbart, "le régime bénéficie de l'appui des minorités". En additionnant alaouites, chrétiens, kurdes, druzes, et ismaéliens aux membres du parti Baas et aux "commerçants sunnites de Damas et d'Alep", "vous dépassez probablement les 50 % derrière Bachar", estime-t-il. "On ne veut pas ressembler à l'Irak", ajoute le dignitaire de l'Église catholique melkite. "Et puis l'évolution des transitions en Libye et en Égypte ne nous rassure pas. Tout cela renforce le pouvoir, même s'il réprime beaucoup trop."

 

Mgr Jeanbart accuse l'opposition syrienne de refuser "tout dialogue" avec le pouvoir et assure que sa représentativité "est faible". Un autre dignitaire chrétien de la région, le patriarche maronite libanais Béchara Boutros Raï, avait déjà souhaité en septembre 2011 que l'on donne à Bachar el-Assad ses chances pour faire des réformes politiques, disant redouter que la chute de "régimes décrits comme dictatoriaux (...) ne conduise à la guerre civile, dont les chrétiens pourraient être les principales victimes". La répression du mouvement de protestation en Syrie a fait plus de 5 000 morts, selon l'ONU. Bachar el-Assad a réaffirmé mardi faire du rétablissement de la sécurité "la priorité absolue" et a promis de frapper les "terroristes" d'une main de fer.

 

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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 06:22

Dr.-Bashar-Al-Assad-290x269-1-.jpgPar Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS, le 10 janvier sur le site affaires-stratégiques.info.

 

La révolution syrienne entre dans sa phase la plus périlleuse. Le régime est considérablement affaibli et isolé, l’économie syrienne est exsangue, mais les principaux piliers sur lesquels repose le pouvoir syrien tiennent encore, ce qui permet à Bachar El-Assad de jouer la montre. Du côté de l’opposition, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Il n’y a pas eu ce phénomène de fatigue ou de lassitude des révolutionnaires, qui demeurent très mobilisés après dix mois de protestations, mais il n’en reste pas moins que l’opposition reste divisée, qu’elle est confrontée à plusieurs dilemmes et qu’elle est aujourd’hui arrivée à l’heure des choix.

 

Le régime syrien de Bachar El-Assad semble tenir bon. Peut-il résister encore longtemps face au mouvement révolutionnaire et retourner la situation en sa faveur ? Sur quels piliers s’appuie-t-il ? Où en est la situation économique et sociale de la Syrie ?

 

Le régime est encore très loin d’être sorti d’affaire et demeure profondément affaibli, mais il est vrai que plusieurs événements ont redonné un peu d’oxygène à Bachar El-Assad depuis quelques semaines. Parmi les « bonnes nouvelles » pour le président syrien, on pourrait citer une dizaine d’éléments très divers. Parmi ceux-ci, le résultat des élections égyptiennes et la percée inattendue des salafistes. C’est du pain béni pour la propagande gouvernementale, d’autant plus que dans la version officielle, le régime syrien est en lutte contre des « gangs salafistes armés ». Les médias officiels syriens en font des tonnes pour accréditer l’idée que l’obscurantisme est la seule alternative à l’autoritarisme, un argument qui continue de faire mouche auprès des minorités religieuses en proie à des angoisses existentielles. Deuxième bonne nouvelle pour Assad, la brouille franco-turque liée à la loi pénalisant le négationnisme du génocide arménien. La France et la Turquie étant, avec le Qatar, en première ligne sur le dossier syrien, toute dégradation dans leurs relations est bonne à prendre pour le régime. Troisième événement qui joue en faveur d’Assad, le retrait américain d’Irak sur fond de crise communautaire exacerbée entre sunnites et chiites irakiens. Là encore, le régime syrien tire profit du catastrophique bilan de l’invasion de l’Irak pour dire qu’après la débâcle américaine, c’est le spectre de la Fitna entre sunnites et chiites qui plane sur l’ensemble du Moyen-Orient. Quatrième élément favorable à Assad : les manifestations anti-Poutine en Russie, qui viennent accroître la hantise russe de la « contagion révolutionnaire » et vont donc inciter le gouvernement russe à maintenir son soutien à la Syrie et à refuser toute intervention onusienne. Cinquième élément : les mauvaises nouvelles qui viennent de Libye et qui montrent les effets néfastes de l’option militaire. Il apparaît clairement que les mouvements les plus radicaux ont profité de l’intervention occidentale, qu’ils sont en position de force pour faire passer leurs revendications et surtout qu’ils refusent de désarmer et de se soumettre à l’autorité centrale. Après l’euphorie qui a suivi la chute de Kadhafi, on s’aperçoit qu’il faudra de longues années avant que le gouvernement libyen ne dispose du monopole de la violence légitime, principal attribut de l’Etat selon Max Weber. Sixième élément : les nouvelles sanctions contre l’Iran, la polémique autour du détroit d’Ormuz et le retour des tocsins de la guerre avec Téhéran. Face à la pression internationale, l’Iran a encore plus besoin de son seul allié arabe qu’est le régime syrien, et ne lâchera donc pas Assad. Septième élément : Israël et la Turquie semblent à ce stade hostiles à une intervention militaire extérieure en Syrie. Huitième élément : la montée des tensions entre communautés syriennes : Mamoun Homsi un opposant considéré comme « libéral » il y a à peine un an, perd ses nerfs et dans un discours qui rappelle ceux de ‘Radio 1000 collines’, menace de transformer la Syrie en « tombeau des alaouites ». De son côté, l’inquiétant Sheikh Adnan Al Aroor, un religieux extrémiste soutenu par l’Arabie Saoudite, et de plus en plus populaire chez les sunnites radicaux syriens, appelle quant à lui à « trancher la langue » de tous ceux qui refusent une intervention militaire étrangère. Il y a également un porte-parole des Frères musulmans, basé à Londres, qui a déclaré récemment à un média kurde qu’il ne reconnaissait pas l’identité syrienne. Il va de soi que ce type de discours renforce le jeu du régime en donnant une déplorable image de l’opposition. Enfin, le nouvel attentat terroriste au cœur de Damas crée également un climat de peur dont le régime va profiter. Bien qu’il y ait des éléments de preuves circonstancielles assez sérieux qui pointent vers une responsabilité du régime, ce dernier espère que les attentats vont créer un réflexe légitimiste et que les neutres et les attentistes en viendront à percevoir le régime comme le garant d’une stabilité préférable à un chaos à l’irakienne. Ajoutez à cela le fait que les divisions au sein de la Ligue arabe réapparaissent au grand jour, et que la mission des observateurs se heurte à des tas d’obstacles…

 

 

 

Tous ces éléments permettent de conforter Assad et le régime syrien dans l’illusion que tout finira par rentrer dans l’ordre, que la « communauté internationale » ne peut rien contre lui, qu’il suffit de rester droit dans ses bottes et de laisser passer l’orage. On en est aujourd’hui revenu à la vieille stratégie syrienne qui consiste à jouer la montre. Bachar El-Assad semble appliquer à la lettre les enseignements du « manuel du dictateur » de son père : ne rien céder et attendre que les circonstances changent. Il joue la montre car il sait que 2012 est l’année des grandes échéances électorales aux Etats-Unis, en France et en Russie. Il sait qu’une année électorale américaine n’est guère propice à des aventures extérieures, surtout pas en Syrie. Il sait aussi que la campagne électorale française a déjà débuté et que Nicolas Sarkozy a d’autres chats à fouetter. Il sait que le mandat du Qatar à la tête de la Ligue arabe va bientôt expirer et que c’est l’Irak, aujourd’hui largement sous influence iranienne, donc plus favorable aux thèses du régime syrien, qui va lui succéder.

 

 

 

Assad estime qu’il dispose encore de certains appuis et que les principaux piliers du régime tiennent encore : l’appareil militaro-sécuritaire lui reste fidèle, une partie non négligeable de la population, et notamment les minorités religieuses, continuent de le soutenir, non pas par admiration pour son régime, mais parce qu’ils craignent l’avenir et se méfient des ingérences extérieures, et parce que le Conseil National Syrien n’a pas encore réussi à apaiser leurs craintes. Par ailleurs, dans l’appareil d’Etat (en dehors de l’armée) et même dans le corps diplomatique, il y eut peu de défections, ce qui est un signe que beaucoup pensent qu’il n’est pas encore caramélisé. Les deux principales grandes villes, Damas et Alep, malgré certains frémissements, n’ont pas encore basculé dans le camp de la révolution. Pour deux raisons : d’abord parce qu’elles sont très étroitement quadrillées par les milices pro-gouvernementales (les Shabbiha), et également parce qu’une partie importante des commerçants et de la grande bourgeoisie sunnite, qui a beaucoup prospéré depuis dix ans, veulent préserver leurs intérêts.

 

 

 

Mais il n’est pas du tout certain que la politique qui consiste à jouer la montre réussisse de nouveau. Ce serait oublier le déclic psychologique qui s’est produit et sur lequel on ne peut pas revenir : dans les esprits d’une très grande partie des Syriens, le régime est déjà tombé. Ce serait oublier aussi que toutes les institutions sur lesquelles repose l’autorité centrale sont en train de se déliter. Ce serait surtout oublier la situation économique qui rend la Syrie exsangue et restreint énormément la marge de manœuvre du régime.

 

 

 

Les réserves de change dont dispose le régime fondent comme neige au soleil (ce qui reste est estimé à moins de $ 11 ou 12 milliards), le déficit budgétaire risque d’atteindre presque 20 % du PIB, l’économie se contracte de près de 15%... Donc à moins que l’Iran ne lui fasse des chèques en blanc, il viendra un moment où le régime ne pourra plus financer l’appareil militaro-sécuritaire qui mène la répression. Les militaires qui désertent sont de plus en plus nombreux, même si seul un faible pourcentage d’entre eux rejoint « l’Armée syrienne libre. » De surcroît, la Syrie n’a jamais été aussi isolée sur le plan arabe et international. Les sanctions votées par la Ligue arabe sont difficiles à appliquer mais elles sont sans précédent. Même lorsque l’Egypte avait signé le traité de paix avec Israël, elle n’avait pas été aussi durement sanctionnée. Les sanctions turques et européennes seront également très douloureuses pour la Syrie. Entre 90 et 95 % du pétrole et des hydrocarbures syriens étaient exportés vers l’Europe. Les sanctions de l’UE vont donc coûter à la Syrie près de $ 450 millions par mois. Cela dit, il faudra un certain temps pour que les sanctions produisent leurs effets et il n’est pas certain qu’elles affectent le régime plus que la population. On se souvient que les sanctions votées contre l’Irak suite à son invasion du Koweït en 1990 avaient causé d’immenses souffrances à la population irakienne et causé la mort de centaines de milliers d’enfants mais qu’elles n’avaient que faiblement ébranlé le régime.

 

 

 

Par ailleurs, les derniers mois ont considérablement aggravé les problèmes sociaux qui sont en grande partie à l’origine de cette révolution. La population syrienne est de plus en paupérisée, aussi bien au niveau rural qu’au niveau urbain. Les gens des campagnes et les classes moyennes urbaines ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Lorsque les historiens se pencheront sur les causes profondes de la révolution syrienne, ils n’évoqueront pas uniquement les revendications politiques, mais aussi les déséquilibres flagrants dans l’aménagement du territoire, le marché de l’emploi, l’exode rural et la faillite du système éducatif syrien… Plus de la moitié des Syriens en 2009 quittaient l’école avant le diplôme du secondaire et l’accès à l’emploi était extrêmement précaire. Cette révolution a des causes très profondes, très légitimes. Il peut y avoir des immixtions étrangères mais cette révolution n’est pas le fruit d’un complot comme se plaisent à le dire les sbires du régime.

 

 

 

Qu’en est-t-il de l’opposition ? Pourquoi ne parvient-elle pas encore à s’unir ? Sur quoi portent les divisions ?

 

Du côté de l’opposition, la mobilisation populaire ne faiblit pas, il n’y a pas eu ce phénomène de fatigue ou de lassitude des révolutionnaires, qui demeurent très mobilisés après dix mois de protestations ; mais il n’en reste pas moins que l’opposition reste divisée, qu’elle est confrontée à plusieurs dilemmes et qu’elle est aujourd’hui arrivée à l’heure des choix.

 

 

 

J’avais souligné il y a quelques semaines que la complexité de la révolution syrienne vient du fait que l’on y retrouve, fortement et simultanément, les trois dimensions des soulèvements arabes : la dimension peuple contre régime, la dimension régimes contre d’autres régimes, et la dimension peuple contre peuple. La deuxième dimension était par exemple très peu présente en Tunisie, alors que la Syrie est aujourd’hui au cœur de la guerre des axes régionaux. C’est principalement cela qui rend difficile la tâche de l’opposition syrienne.

 

 

 

Il lui faut distinguer les vrais amis des faux amis, choisir les soutiens sur lesquels s’appuyer tout en évitant les risques d’instrumentalisation. Il lui faut surtout trancher quant aux modalités de poursuite de la lutte révolutionnaire. Faut-il maintenir le cap en misant sur un effondrement du régime ? Faut-il avoir recours aux armes ? Faut-il suivre le modèle libyen et chercher à établir un Benghazi syrien ? Faut-il internationaliser le conflit ? Faut-il faire jouer le chapitre 7 de la charte des Nations Unies ? Faut-il faire appel à une intervention militaire extérieure, et si oui, laquelle ?

 

 

 

Ces questions sont fondamentales et elles détermineront l’avenir de la Syrie pour les deux ou trois prochaines décennies. Il y avait pendant les six premiers mois de la révolution syrienne un très large consensus au sein de l’opposition syrienne quant à la nécessité de respecter les trois Non initialement fixés : Non au confessionnalisme, Non au recours aux armes, Non à l’intervention militaire étrangère. Aujourd’hui les lignes ont beaucoup bougé. Il y a quand même eu plus de 5.000 morts, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été raflées et croupissent en prison, l’usage de la torture est très répandu. Le Conseil National Syrien tergiverse car une grande partie de sa base est de plus en plus favorable à l’internationalisation, à une zone d’exclusion aérienne, et même à une intervention de l’OTAN.

 

 

 

C’est sur ce point de l’intervention militaire extérieure qu’ont achoppé les négociations entre le Conseil National Syrien et le Conseil National de Coordination pour le Changement démocratique. Un accord fut signé entre Burhan Ghalioun et Haytham Mannaa représentant respectivement ces deux organes. L’article premier refusait le principe d’une intervention militaire étrangère puis précisait qu’une intervention arabe ne serait pas considérée comme étrangère. La base de Burhan Ghalioun a eu du mal à accepter que l’on renonce à une intervention militaire, étant donné que l’intervention arabe est hautement improbable. Burhan Ghalioun est un universitaire laïc de gauche, ses instincts ne le prédisposent pas à accepter un appel à l’OTAN. Il y a quelques mois, Ghalioun était en première ligne de ceux qui s’opposaient à BHL et au scénario libyen. Mais le Conseil National Syrien est composé en large partie de libéraux et d’islamistes qui sont de plus en plus impatients. Radwan Ziadeh, un opposant basé aux Etats-Unis, qui a rencontré Hillary Clinton, souhaite garder ouvertes toutes les options. Ghalioun a déjà dû faire beaucoup de concessions qui ont surpris ceux qui le connaissaient. Il a accepté l’idée d’une zone-tampon et d’une No-Fly Zone, tout en restant hostile à une intervention terrestre. Il a été reconduit pour un mois à la tête du CNS, mais pour diriger cet organe à plus long terme, il devra avaler certaines couleuvres, autrement il devra démissionner ou sera remplacé. Quant à Haytham Manna’, c’est un médecin, intellectuel, militant des droits de l’homme et activiste de gauche qui refuse fermement une intervention de l’OTAN. Son propre frère, le militant Maan El Oudat, a été il y a quelques mois l’une des victimes du régime et fut tué près de Deraa. Manna’ disait récemment : « Nous voulons faire tomber le régime sans détruire le pays. Il n’y a pas de père Noël qui va venir faire chuter la dictature puis nous dire au revoir et repartir gentiment chez lui. » L’opposant historique Michel Kilo, ainsi que la plupart des figures de l’opposition intérieure sont sur la même ligne.

 

 

 

Il y a en fait deux logiques qui s’affrontent. La première considère que ce régime ayant dépassé toutes les bornes, la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons pour le faire tomber. Selon cette logique, ce régime ne tombera pas tout seul et il ne faut donc pas hésiter à suivre un scénario libyen pour le faire tomber. Certains libéraux et une bonne partie des islamistes sont sur cette ligne. La deuxième logique considère qu’il faut rester fidèle aux principes, qu’il ne faut pas jouer avec le feu, qu’il faut poursuivre la mobilisation populaire, aller jusqu’au bout de la logique des sanctions, et que ce régime finira par s’écrouler sans que l’on ne soit redevable à qui que ce soit.

 

 

 

Aucune de ces deux argumentations n’est totalement satisfaisante. La première sous-estime les risques de l’internationalisation et de la militarisation de la révolution, des risques qui vont bien au-delà des frontières syriennes. La deuxième sous-estime la capacité de résilience de ce régime, qui pourrait s’accrocher au pouvoir.

 

 

 

Comment peut-on imaginer la Syrie d’après Bachar El-Assad ?

 

Le régime cherche à répandre des scénarios catastrophes. Il est vrai qu’il y a des phénomènes inquiétants et des exactions communautaires, la transition sera forcément difficile, mais le pire n’est jamais sûr. Dans les années 1940, la Syrie a connu une brève mais significative expérience démocratique et l’harmonie entre communautés a longtemps régné, malgré la dictature. En outre, l’hétérogénéité communautaire rend difficile l’établissement d’une théocratie, puisque s’y opposeront fermement les chrétiens, les alaouites, les chiites, les kurdes et une grande partie des sunnites, donc bien plus de 50 % de la population syrienne. Je ne vois pas non plus de véritable risque de partition. Toute tentative de diviser la Syrie échouera comme dans les années 1920.

 

 

 

Il ne faut pas oublier que l’après Bachar El-Assad dépendra beaucoup de la façon dont le régime chutera. Une étude récente publiée par Columbia University Press montre que lorsqu’une révolte contre un dictateur est pacifique, il n’y a que 28 % de chances que le pays tombe dans la guerre civile ; lorsque la lutte est armée, le risque de guerre civile monte à 43 %. En cas de lutte armée, les chances d’une transition démocratique réussie au bout de 5 ans ne sont que de 3 %. En cas de révolution pacifique, les chances sont de 51 %. Une intervention militaire extérieure en Syrie ouvrirait donc des plaies qu’il serait très difficile de panser. La guerre favorise les plus radicaux et rend très difficile la démocratisation, on l’a vu en Libye. La fin justifie peut-être parfois les moyens mais il ne faut pas oublier que ce sont presque toujours les moyens qui déterminent la fin.

 

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