Egypte

Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 05:10

Révolution en Egypte 2011Égypte : un an après le début du soulèvement. Un article de Jacques Duffaut sur le site du Secours Catholique. Le 25 janvier 2011, la population égyptienne se soulevait contre le régime d'Hosni Moubarak. Révolte ou révolution ? Le Secours Catholique a fait de l'Égypte son pays prioritaire pour les deux ans à venir.

 

Des dizaines de milliers d'Égyptiens se sont rassemblés mercredi matin sur la place Tahrir, au Caire, à l'occasion du premier anniversaire du début de la révolte qui a renversé le président Hosni Moubarak.

 

Islamistes, libéraux, partisans de gauche et citoyens ordinaires se pressaient sur la place symbole de la révolution, au centre du Caire, après une nuit de fortes pluies saluées par beaucoup comme un bon présage.

 

Les manifestants brandissaient des banderoles aux multiples messages, reflétant leurs désaccords sur ce que cette journée devait symboliser.

 

Frères musulmans

 

Les Frères musulmans, qui dominent le nouveau Parlement, étaient présents pour célébrer le premier anniversaire d'une révolte populaire qui a abouti au départ, le 11 février, du président Hosni Moubarak.

 

Mais plusieurs autres groupes, dont des mouvements pro-démocratie qui étaient les moteurs de la révolte, ont affirmé être là pour poursuivre leur révolution inachevée et demander le départ du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l'Égypte depuis la démission de M. Moubarak.

 

Qui peut saisir l'âme de la révolution ?

 

La grande question, qui s'étalait en une de l'hebdomadaire francophone Al-Ahram Hebdo, est : « Qui saisira l'âme de la révolution ? ».

 

Mardi, le maréchal Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a annoncé la fin partielle de la loi très décriée sur l'état d'urgence, en vigueur depuis l'assassinat d'Anouar el-Sadate en octobre 1981, un geste pour apparemment apaiser les manifestants.

 

Mais cette législation, restrictive pour les libertés publiques et les droits des détenus, est maintenue pour les actes de « violence commis par des voyous », une définition vague qui fait redouter qu'elle ne continue d'être appliquée pour toutes sortes de motifs.

 

Journée de la révolution

 

Jusqu'à l'an dernier, le 25 janvier était « le jour de la police ». Cette année, pour le premier anniversaire du jour qui marque le début du soulèvement contre le régime Moubarak, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) l'a rebaptisé « journée de la révolution ».

 

Bernard Flichy, du département Moyen-Orient/Nord de l'Afrique au Secours Catholique, analyse la situation en Égypte aujourd'hui :

 

« C'est la pression de la rue qui a obligé Hosni Moubarak à partir. À l'origine de cette pression, les jeunes de la "blogosphère", enfants des réseaux sociaux épris de liberté. Ils réclamaient un régime démocratique, non répressif, respectueux des droits humains et de la dignité de chacun, y compris pour la minorité chrétienne copte. Ils demandaient que la pauvreté et la corruption disparaissent. Ils exigeaient la justice sociale. »

 

Élections jugées démocratiques mais très complexes

 

« Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, s'est substitué au président Moubarak après son départ, le 11 février 2011. Le CSFA a organisé des élections jugées démocratiques mais très complexes. Le nouveau parlement s'est réuni pour la première fois, ce lundi 23 janvier. Il est dominé par le parti des Frères musulmans (47 % des sièges), et par le parti des salafistes (24 %). Les "révolutionnaires du 25 janvier 2011" n'ont obtenu qu'une poignée de députés. Les femmes n'ont obtenu que dix sièges et les Coptes, deux sièges. Le maréchal Tantaoui, qui a le pouvoir de nommer dix députés, a octroyé cinq sièges aux Coptes. »

 

Élection d'un nouveau président fin juin

 

« Les pouvoirs du nouveau Parlement ne sont pas bien définis. Et ses relations avec le CSFA encore moins. Le CSFA conserve le pouvoir jusqu'à l'élection d'un nouveau président qui devrait avoir lieu fin juin. Enfin, cent députés vont être désignés pour rédiger une nouvelle constitution qui sera ensuite soumise à référendum. »

 

La « nomenklatura » est toujours en place

 

« Rien n'a vraiment changé depuis la chute de Moubarak. Le gouvernement transitoire continue d'arrêter les protestataires et les journalistes. En un an, 12 000 civils ont été traduits devant les tribunaux militaires. La nomenklatura de l'ancien régime est toujours en place. Les militaires conservent leurs privilèges : ils gèrent le tiers de la production du pays, sans aucun contrôle civil et sans être soumis à l'impôt. »

 

La pauvreté augmente

 

« Les affrontements sociaux se sont multipliés ces derniers mois. Parfois, ils ont été durement réprimés. L'inflation a atteint 10 %. Le tourisme a chuté de 30 %. La fuite des capitaux a été massive et les nouveaux investisseurs sont rares. Enfin, les travailleurs égyptiens revenus de Libye sont venus grossir le nombre de sans-emploi. La pauvreté augmente. »

 

« Le dernier rapport d'Human Rights Watch, rendu public le 16 janvier dernier, demande au nouveau Parlement de réformer rapidement la loi "afin qu'elle devienne un instrument de protection des droits des Égyptiens plutôt qu'un moyen de les opprimer". »

 

C'est une révolution qui a commencé et qui prendra du temps

 

« D'après de nombreux observateurs, les Frères musulmans ne voudraient pas s'allier aux salafistes. Ils seraient en train de passer des accords avec les militaires du CSFA pour exercer le pouvoir. Les militaires conserveraient ainsi une bonne partie de leurs privilèges et jouiraient d'une certaine impunité. La révolution sociale que la jeunesse égyptienne appelait de ses vœux s'éloignerait d'autant. Alors, est-ce que le soulèvement de janvier 2011 n'aura été qu'une révolte ? Je ne crois pas. C'est une révolution qui a commencé et qui prendra du temps. Une vraie opposition s'est manifestée qui se poursuivra. Le désir de liberté et de dignité demeure et peut encore rassembler des dizaines de milliers d'Égyptiens musulmans, laïques ou coptes. »

 

(Avec AFP)

 

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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 10:00

Robert-Sole.jpgRencontre avec Robert Solé au Centre culturel égyptien, 111, boulevard Saint-Michel 75005 Paris. Entrée libre et gratuite. Paris, mercredi 18 janvier 2012 à 18h30.

 

Robert Solé est écrivain et journaliste français, d’origine égyptienne.

Son site : http://robertsole.wordpress.com/

 

 

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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 06:40

ChenoudaLes coptes se sont-ils affranchis de leur Eglise ? Les chrétiens d’Egypte ne veulent plus de la tutelle de leur pape Chenouda III, jugé trop conciliant avec l’ancien régime. Ils souhaitent à présent peser sur la vie politique. Un article de Courrier international daté du 10 janvier 2012.

 

La révolution du 25 janvier, il y tout juste un an, n’a pas seulement mis fin au règne de Moubarak. Elle a également permis à la société de sortir du silence dans lequel l’avaient enfermé des décennies de dictature. Et les coptes [chrétiens d'Egypte] ne font pas exception. Jusque-là, l’Eglise avait été la seule voix à s’exprimer en leur nom et à se poser en interlocuteur avec le régime. Depuis, ils ont commencé à s’exprimer, à sortir des églises pour investir la rue et à manifester à l’instar des autres Egyptiens. Ainsi, ils marquent une rupture avec leur clergé et contribuent à faire émerger de nouvelles forces. Beaucoup se félicitent de cette expression nouvelle – bien qu’encore imprécise – dépassant les murs de l’Eglise.

 

Selon Chérif Dous, président du Comité général des coptes, la révolution a introduit du pluralisme parmi cette communauté, même s’il faudra davantage d’organisation et de coordination pour s’inscrire dans le temps aux groupes qui ont vu le jour, tels que l’Union des jeunes de Maspero [du nom de la place au centre du Caire où des dizaines de coptes ont été tués par la police le 9 octobre]. Plus de 300 candidats coptes ont participé aux élections législatives. Vont-ils pouvoir peser, notamment dans les banlieues pauvres et les campagnes ? Les partis politiques vont-ils permettre la participation copte ? De ces questions dépendra le fait de savoir s’ils continueront de s’engager en politique ou s’ils se replieront de nouveau sur une Eglise dirigée par le pape copte Chenouda III.

 

Amir Zaki, figure de la communauté copte d’Alexandrie, se félicite également du fait que la révolution ait permis aux coptes de refuser toute tutelle cléricale et qu’ils ont au contraire participé dès le départ aux manifestations de la place Tahrir, rejoint des partis et embrassé des causes nationales, pas seulement communautaires. Quant à l’intellectuel copte Gamal Asaad, il estime que le problème copte ne sera résolu qu’à condition que les coptes participent à la vie politique en tant que citoyens ordinaires, évitant de tomber dans le piège d’une nouvelle coupure d’avec le reste de la société.

 

Le politologue Hani Labib constate que la rupture d’avec l’Eglise s’explique par le silence injustifiable que celle-ci a gardé face aux événements. Sous l’ancien régime, elle avait été le seul interlocuteur de l’Etat, mais, même après la chute de Moubarak, Chenouda III a demandé la levée du campement devant le siège de la radio-télévision d’Etat à Maspero [pour protester contre la couverture biaisée de celle-ci], demande unanimement rejetée par les manifestants. « Pardon mon pape, mais vous êtes notre père spirituel, pas politique », s’exclame Labib, tout en admettant qu’on ne peut effacer d’un trait une culture politique ancrée durant cinquante années d’ancien régime.

 

De son côté, Imad Gad du Parti social démocrate égyptien explique que les coptes s’étaient d’abord portés sur le vieux parti Wafd [laïc], considéré comme libéral, mais qu’ils s’en sont éloignés depuis qu’il a fait alliance avec les Frères musulmans pour se tourner vers d’autres partis libéraux. Georges Ishak, leader du mouvement Kefaya ["Ça suffit", mouvement d’opposants laïcs], estime que les coptes, en se rebellant contre la tutelle cléricale, contribuent à la vitalité politique du pays, ce qui s’est manifesté lors des élections au sein des syndicats professionnels et aux élections législatives, malgré la présence des forces islamistes.

 

Face à la montée des partis islamistes, le pays est-il en voie de « pakistanisation » ? Les coptes seront-ils contraints d’émigrer ? Ramsès Al-Naggar, avocat de l’Eglise copte, estime qu’il faut réagir par la création d’un Conseil des coptes, représentant les coptes sur le plan civil et non religieux. Kamal Zakher, intellectuel copte, pense quant à lui que les islamistes n’auront d’autre choix que la démocratie et le respect des libertés et qu’il sera donc impossible que les coptes soient traités en minorité sous tutelle [dhimmis]. Dans le même temps, ajoute-t-il, les coptes doivent s’intégrer dans la vie politique, en tant que citoyens et en dépassant les clivages et les peurs. Autrement dit, il faut éviter un face-à-face entre deux camps, l’un musulman, l’autre chrétien.

 

Les Coptes pris entre le sabre et le croissant

Par Marion Guénard Publié le 09/01/2012 dans le Figaro.

 

Les uns après les autres, les fidèles s'agenouillent et baisent avec ferveur les phalanges de l'évêque Kirolus. Comme chaque année, en ce jour de Noël, le chef du clergé copte de Naga Hamadi, ville de Haute-Égypte, à une centaine de kilomètres de Louxor, reçoit les familles de la communauté dans un monastère situé en rase campagne, protégé par de hautes murailles. L'homme d'église est entouré de notables locaux, musulmans et chrétiens confondus. «Vous pouvez voir que toute l'Égypte est là!», se félicite l'évêque. Assis à côté de lui, le chef de la police locale égrène son chapelet, signe de son appartenance à l'islam, le sourire ostensible. «La situation est tout à fait normale», assure l'officier.

 

Près d'un an après la révolution, ces tentatives pour dissimuler les tensions confessionnelles ne suffisent plus à rassurer les Coptes de Naga Hamadi, qui représentent environ 30 % des 500.000 habitants de cette ville tristement célèbre depuis Noël 2010, où une fusillade avait coûté la vie à six Coptes et un policier musulman à la sortie de la messe. Ici, comme partout ailleurs en Égypte, les islamistes sont sortis vainqueurs des législatives. Les Frères musulmans via leur parti Liberté et Justice ont obtenu 30 % des voix, talonnés de près par les salafistes d'el-Nour, qui ont remporté 20 % des suffrages.

 

La question des lieux de culte

 

Rompue au pragmatisme politique, la confrérie se veut rassurante à l'égard de la communauté chrétienne, réaffirmant son attachement aux libertés individuelles. Plus radicaux, les salafistes ont également édulcoré leur discours, assurant l'égalité entre musulmans et chrétiens, malgré l'application de la charia. Cependant, pour beaucoup de Coptes, l'avenir reste très incertain. «Personne ne sait aujourd'hui à quoi va ressembler l'Égypte dans un an. Mais j'ai bon espoir. Nous ne retournerons jamais au temps du califat, où nos ancêtres n'avaient aucun droit», avance Ayman, 25 ans, vendeur dans un petit magasin de Naga Hamadi.

 

En plus de la peur inspirée par les islamistes, de plus en plus de Coptes nourrissent une colère grandissante à l'attention du Conseil suprême des forces armées, à la tête du pays depuis la chute d'Hosni Moubarak. Vendredi soir, lors de la messe de Noël dans l'impressionnante cathédrale d'Abbasseya, au Caire, le pape Shenouda, la principale autorité religieuse copte, a remercié les généraux de l'armée pour leur présence pendant la cérémonie. «Comment peut-il faire cela après l'attaque du Maspero? Les militaires ont tué une vingtaine de Coptes, qui s'étaient rassemblés pour une manifestation pacifique devant la télévision d'État au Caire, en octobre dernier. A-t-il déjà oublié cet événement tragique?», s'insurge Mina, jeune Copte de Haute-Égypte, étudiant en faculté de pharmacie.

 

Si la majorité préfère se taire, beaucoup de Coptes, des jeunes pour la plupart, reconnaissent que rien n'a changé depuis la chute de Moubarak. Après l'incendie d'une église à Assouan en septembre dernier, le gouvernement s'est engagé à élaborer une loi garantissant l'égalité entre religions, notamment pour la construction de lieux de culte. La promesse est restée lettre morte. «Ce sont seulement quelques communiqués pour tenir les gens tranquilles. On n'attend plus rien des militaires, qui ont les mains tâchées de sang», regrette Ayman.

 

Un an après l'attentat à la bombe contre l'église des Deux-Saints à Alexandrie, qui avait fait une vingtaine de morts, les Coptes attendent toujours que justice soit faite. Comme pour la plupart des actes de violence confessionnelle, l'enquête n'a pas été menée à son terme et, à ce jour, les coupables n'ont toujours pas été identifiés, le gouvernement se contentant d'imputer le massacre à un étranger, iranien ou membre du Hezbollah.

 

Les autorités ont fait preuve de la même mauvaise volonté dans l'affaire de Naga Hamadi. Après plus de 18 mois de procédure judiciaire, el-Qamuni, l'auteur de la fusillade, a été condamné à mort dans la précipitation. «Il a été pendu juste après les attaques du Maspero. Une décision opportuniste pour calmer les chrétiens d'Égypte», analyse Bola Abdou, activiste à Naga Hamadi.

 

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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 06:03

Chenouda.jpgLe Caire, 8 janvier 2012, de l'Agence de presse APIC : Le pape Chenouda III a lancé un appel à l’unité lors de la messe de Noël célébrée à la cathédrale Morcosseya du Caire le 6 janvier 2012, indique le quotidien britannique "The Guardian".

 

Lors de la divine liturgie du 6 janvier 2012, en ouverture des célébrations de Noël, le patriarche de l’Eglise copte orthodoxe a déclaré: "Pour la première fois dans l’histoire de cette cathédrale, elle est remplie de toute sorte de chefs islamistes égyptiens. Ils se sont tous mis d’accord pour la stabilité de ce pays, en l’aimant et en travaillant pour lui, et en travaillant avec les coptes, main dans la main pour l’amour de l’Egypte."

 

L’appel de Chenouda III suit l’escalade de violence contre la minorité chrétienne, qui représenterait 10% de la population égyptienne. Depuis la chute de Moubarak, les islamistes radicaux sont devenus extrêmement audacieux, brûlant des églises et attaquant des chrétiens.

 

La célébration religieuse a réuni des leaders politiques de tous bord au Caire. Des représentants des Frères musulmans ainsi que du Conseil militaire suprême au pouvoir étaient présents. (apic/theguardian/amc)

 

 

 

Egalement dans La Croix le 8 janvier 2012 : En Egypte, les coptes ont fêté un Noël sous tension

 

Les chrétiens d’Égypte ont célébré, samedi 7 janvier, la fête de Noël selon le calendrier oriental dans un climat tendu, en raison des violences de l’année écoulée contre la communauté copte et des craintes soulevées par la domination des islamistes aux élections.

 

Le reportage photographique que nous publions a été réalisé au Caire par bruno amsellem de l’agence signatures. Célébration du Noël orthodoxe dans l’église Saint-Simon par les coptes du quartier de Mokattam, où vivent les chiffonniers.

 

À Alexandrie, les députés des Frères musulmans tout juste élus ont fait la tournée des églises le soir du Noël pour montrer leurs bonnes intentions vis-à-vis de la communauté chrétienne.

 

Le sourire figé, les deux hommes au costume impeccable regardent fixement l’objectif. Ils posent pour la photo au milieu de l’allée centrale de la cathédrale d’Alexandrie, siège du Patriarcat copte-orthodoxe, sous l’œil incrédule, voire hostile, des fidèles venus assister à la messe de Noël.

 

Hassan El Prins et Ahmed Gad viennent d’être élus députés de l’Assemblée du Peuple, sous la bannière de Liberté et Justice, le parti des Frères musulmans. « C’est la première fois de ma vie que j’entre dans une église. Le régime de Moubarak nous empêchait d’avoir de bonnes relations avec les coptes », affirme Hassan El Prins, professeur de radiologie à l’université d’Alexandrie.

 

Entourés d’un bataillon de jeunes du parti, le quarantenaire joue des coudes parmi la foule des notables pour aller présenter ses vœux aux dignitaires coptes. « Joyeux Noël, bonne année ! », répète-t-il en embrassant énergiquement un prêtre à la longue barbe blanche. Puis il presse le pas pour rejoindre sa voiture : deux autres églises sont au programme de sa tournée de Noël.

 

« Les Frères musulmans respectent les coptes »

 

« Je trouve ça bien que les Frères viennent saluer les coptes. Ils font partie de la classe politique maintenant et ils ont un bon programme économique pour le pays. Moi-même, j’ai voté pour eux aux élections », assure Marc, 19 ans, qui regarde passer le petit groupe dans la cour de l’église Anba Abraham. « Moi, j’ai choisi le Bloc égyptien (coalition libérale), parce que je veux un État civil, où chrétiens et musulmans soient égaux », rétorque son ami Georges, 20 ans.

 

À Alexandrie, leur bastion, les Frères musulmans ont remporté 50 % des voix et les salafistes, 30 %. « Des leaders salafistes ont déclaré qu’il était haram (interdit par la Coran) de souhaiter un joyeux Noël aux chrétiens. Les Frères musulmans, au contraire, respectent les coptes », explique Ehab Maher, responsable des relations politiques de l’église copte et membre du parti Liberté et Justice, qui a organisé le tour de Hassan El Prins.

 

Beaucoup de chrétiens ne font pas, comme lui, la différence entre les deux tendances islamistes, et ils se méfient de l’offre des Frères musulmans d’aider l’armée à « protéger les églises » le soir de Noël.

 

L’annonce semble de toute façon avoir été peu suivie d’effet : devant l’église Al Qidissine, cible de l’attentat du 1er janvier 2011, qui avait fait 21 victimes, les soldats sont présents en nombre, mais aucune trace de la confrérie. « Ce sont des déclarations politiques », estime Victor Zachary, 23 ans, blessé il y a un an dans l’explosion. « Si tous les coptes quittaient l’Égypte, ça les arrangerait. Mais comme c’est impossible, ils tentent de gagner leurs faveurs », analyse-t-il. « Et puis pourquoi vouloir nous ‘‘protéger’’ ? Je veux être traité comme un citoyen dans mon pays, pas comme un chrétien. »

 

« Je ne veux pas me sacrifier »

 

Victor a encore des problèmes avec sa jambe gauche, qui avait été criblée d’éclats de bombe. Mais cela ne l’a pas empêché de reprendre son poste d’assistant-professeur à l’université d’ingénierie.

 

« Victor, c’est notre miracle ! » sourit sa cousine Viviane, médecin. Lorsque l’on commence à parler politique, les avis divergent. « Vous avez vu comment Chenouda III (le patriarche copte-orthodoxe) a félicité les généraux pour leur gestion du pays, lors de la messe de Noël hier ? C’est honteux », lance Abraham, le frère de Victor.

 

« Mais est-ce qu’ils n’ont pas raison d’inviter les gens qui sont au pouvoir maintenant, l’armée et les Frères ? C’est pragmatique », rétorque Viviane. Pour autant, la jeune femme, qui a été enthousiasmée par la révolution, est aujourd’hui très inquiète devant la percée des islamistes, et rêve de rejoindre sa sœur aînée en Australie. « Pour l’instant, c’est très difficile de vivre ici en tant que chrétienne. Moi je ne veux pas me sacrifier. Je reviendrai le jour où ça ira mieux. »

 

 

NINA HUBINET, à Alexandrie

 

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 06:17

La VieDe Natalia Trouiller pour le site du journal La Vie, publié le 04/01/2012. En Egypte, les frères ennemis de l'islamisme, frères musulmans d'une part et salafistes de l'autre, font de la minorité copte un enjeu dont elle se serait sans doute bien passé.

 

EGYPTE: ALLIANCE DES COPTES ET DES FRERES MUSULMANS

 

Les Frères musulmans poursuivent leur stratégie de normalisation de leur mouvement, en particulier en montrant leur attachement à la liberté religieuse. Hier, la décision de la Confrérie de présenter un candidat copte en face d'un candidat salafiste pour le troisième tour des élections législatives dans le gouvernorat de Qaliubiya a provoqué la colère des salafistes locaux. Hany Gad, le candidat copte en question, n'est pas le seul à se présenter sous la banière du Parti de la Justice et de la Paix (FJP); Amin Iskander, un leader copte du parti nassériste de la Dignité, a été élu sous l'étiquette du FJP au parlement.

 

Sur internet, la Confrérie met en avant le plus possible sa nouvelle amitié pour les chrétiens. Ainsi, sur la page Facebook du FJP, une bannière avertit-elle les visiteurs que "élire un copte à un office public est permis par l'islam". De même le site officiel de la Confrérie met en avant les bonnes relations entre coptes et frères: patrouilles pour protéger les chrétiens, élus du FJP participant un peu partout aux commémorations des attentats d'Alexandrie, messages de remerciement de prêtres coptes...

 

Electoralement, le pari des Frères musulmans pourrait s'avérer payant dans les villes égyptiennes, où la middle-class est plutôt favorable à la coexistence pacifique, comme le prouvent les slogans lancés hier place Tahrir où des centaines de milliers de manifestants célébraient l'anniversaire de la révolution de janvier 2011, en brandissant des portraits du martyr copte Mina Daniel et chantant "Chrétiens, musulmans, une seule main". Dans les zones plus rurales, en revanche, il n'est pas dit que le programme enchante les électeurs des salafistes. La tolérance du FJP reste d'ailleurs toute relative: dans une interview croisée donnée à Al-Arabiya, deux leaders islamistes, l'un salafiste et l'autre Frère musulman, se sont entendus pour dire qu'il n'était pas question qu'un copte puisse devenir président de l'Egypte.

 

Nous publions également un précédent article de Natalia Trouiller - publié le 30/12/2011 sur le même sujet :

 

Pour Noël, les coptes invitent les salafistes à la messe.

Dans une Egypte toujours en proie à des heurts violents entre armée et manifestants, les Coptes orthodoxes, qui célèbreront Noël le 7 janvier prochain, ont envoyé des invitations à la messe de la Nativité à tous les partis politiques, y compris aux redoutés salafistes.

 

 

LE PAPE CHENOUDA III INVITE LES SALAFISTES

C'est le journal Al Masri Al Youm qui le révèle dans son édition d'hier: selon une source proche du pape des coptes, Chenouda III a bien l'intention d'inviter tous les candidats des différents partis politiques à la messe de Noël. Il aurait même insisté pour inviter en particulier les musulmans, y compris les salafistes dont le discours assez radical contre les chrétiens provoque un sentiment de forte insécurité dans la communauté copte. L'an passé, 23 coptes sont morts dans un attentat-suicide début janvier, probablement fomenté par... le ministère de l'Intérieur égyptien. Cette année, la sécurité des églises devrait être renforcée.

> Du côté des Frères musulmans, grands rivaux des salafistes, on annonce la volonté de protéger les chrétiens. Dans un communiqué paru le 28 décembre, leur parti, Liberté et Justice, a indiqué ceci: "Nous avons décidé de former des comités de Frères musulmans pour protéger les églises afin que les mains du péché ne gâchent pas la fête comme elles n'ont fait à plusieurs reprises sous l'ancien régime. Nous appelons l'armée et la police à protéger les églises de la même manière qu'ils ont protégé les bureaux de vote durant les élections".

>D'autre part, le Centre égyptien de recherches islamiques a demandé par la voix de son président, l'influent cheikh d'Al-Azhar Ahmed al-Tayyeb, à ce que les Etats-Unis cessent la diffusion d'une chaîne de télévision chrétienne, Al-Karma, parce qu'elle "insulte l'islam et incite à la violence religieuse dans le pays". La chaîne Al-Karma, d'obédience évangélique, demeure pourtant confidentielle même chez les coptes

 

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