Chrétiens du monde arabe

Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 06:04

Printemps arabeUn colloque du 24 au 28 janvier a été organisé à Antelias (Liban) par le Conseil œcuménique des Églises pour discuter de la présence des chrétiens dans le monde arabe. Le Secrétaire Général du Conseil des Eglises du Moyen-Orient est intervenu. Vous trouverez ci-dessous le discours du Père Boulos Rouhana, Secrétaire général du Conseil des Eglises du Moyen-Orient, prononcé lors de la séance d'ouverture de la réunion islamo-chrétienne concernant la présence des chrétiens et de leur témoignage dans le monde arabe, qui s’est tenue au Catholicos arménien orthodoxe d’Antélias, Liban.

Sur le site du Patriarcat Latin de Jérusalem le vendredi 3 février 2012.

 

Lisez également l'article consacré à ce colloque sur le site du Conseil Oecuménique des Eglises.

 

A l’attention :

 

de Sa Sainteté Aram Ier, Catholicos arménien orthodoxe, Maison de Cilicie, représentant des Eglises orientales orthodoxes au Conseil des Eglises du Moyen-Orient,

 

de Sa Béatitude Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem,

 

du Révérend Dr. Olav Fykse Tveit, Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Eglises (COE), à Genève, des participants à la réunion islamo-chrétienne,

 

Chers amis,

 

1. Pour commencer, je tiens à exprimer ma gratitude à Sa Sainteté le Catholicos Aram Ier, de nous accueillir pour cette réunion islamo-chrétienne au sujet de la présence des chrétiens et de leur témoignage dans le monde arabe à la lumière des événements connus sous le nom de « printemps arabe ». Il a convoqué cette réunion et l’a organisé en collaboration avec le COE à Genève, représenté parmi nous par son secrétaire général, le Rév. Dr. Olav et par M. Michel Nusseir, directeur du bureau du COE au Moyen-Orient.

 

2. Cette réunion est l’expression d'une préoccupation partagée à la fois par les chrétiens et les musulmans, par l’Orient et l’Occident, concernant la poursuite de l'édification de sociétés plurielles reposant sur le principe de la dignité humaine. Dignité qui tire sa force de la conviction partagée dans le Dieu unique, créateur de tous et Père de tous. Cette dignité humaine est la source fondamentale de tous les droits et devoirs humains auxquels tous les croyants et hommes de bonne volonté espèrent. Pour souligner ce fondement divin de la dignité humaine partagée par tous, je voudrais citer le couplet d'un vieil hymne syriaque pour les défunts qui comprend une belle et concise description de la création du « bel Adam », la plus grande de toutes les créatures. L'hymne dit: "Dieu a rassemblé la terre provenant des quatre coins de la terre, modelé Adam à son image et sa ressemblance" (cf. « the Maronite Beth Gazo » ou « the Treasure Home », Hymnes pour les défunts, préfacé et traduit par le P. Yohannah Tabet, el Keslik, Liban, 2004 p.104).

 

L'être humain, chaque être humain, selon la signification symbolique de cet hymne remarquable est un épitomé du monde. Peut-être que nous pourrions monter jusqu'à ce niveau de conscience spirituelle dans la dimension cosmique ou globale de notre humanité commune. Cette dimension ne concerne pas seulement les chrétiens et les musulmans, mais toutes les personnes indépendamment de leur race, de pays ou affiliation religieuse. La religion, en premier lieu, vise à développer et renforcer les espaces humanitaires communs entre tous les êtres humains afin qu'ils se rencontrent comme des frères dans la large sphère du divin. Toutefois, nous pouvons souligner que dans ce domaine, l'histoire religieuse des peuples, témoigne malheureusement d'un rétrécissement de ces espaces. Cela est dû probablement à la myopie de croyants qui limitent Dieu dans le cadre de leurs concepts étroits. Ici, réside la tragédie de la religion, mais un certain nombre de religieux, théologiens et ecclésiastiques ... ont tous un intérêt commun : ne pas vivre la religion comme une tragédie, mais comme un message de libération et à travers laquelle nous découvrons la beauté de la dignité humaine qui nous rassemble.

 

3. La présence chrétienne dans le monde arabe est une question ancienne renouvelée et un point focal dans les activités du COE. Il s'agit d'un "Danho" (mot syriaque qui signifie « révélation et proclamation »). Une présence qui révèle une situation, une vocation et un message. Dans la tradition syriaque, le baptême de Jésus dans le Jourdain est un acte de "Danho", ou une révélation et la proclamation de l'identité réelle de Jésus et de sa mission publique. Chrétiens, par le baptême, deviennent une partie de « Danho » proclamant leur vocation et leur mission qui est de suivre leur Maître Jésus. Dans ce contexte, la présence chrétienne dans le monde arabe, avec tout ce qu'elle implique en matière de coexistence chrétienne et musulmane, n'est pas une question pragmatique, dictée par l'évolution des conditions sociales et politiques. De ce point de vue, chrétiens et musulmans ne sont pas deux partis politiques opposés. Ils sont, en premier lieu, les témoins d'une nouvelle humanité à la lumière de leur foi commune en un Dieu unique, créateur de tous les êtres, même si cette foi utilise différentes formes et expressions respectivement.

 

Au cours des deux dernières décennies, des documents et messages importants ont été publiés par l’Eglise sur les questions de la présence chrétienne dans le monde arabe et sur leur témoignage : le second message des Patriarches catholiques d'Orient (1992), les messages pastoraux qui ont suivi les réunions des chefs des Eglises d’Orient encadrées par le COE et le document du Synode évêques pour le Moyen-Orient tenue à Rome en 2010. Aujourd'hui, nous sommes appelés non pas à répéter tout ce que ces documents contenaient, mais à une conscience renouvelée de cette présence dans la lumière des changements profonds dont nos sociétés arabes au Moyen-Orient sont les témoins. Cela concerne aussi bien les chrétiens que les musulmans. Il nous incombe, dans l’examen personnel et collectif de ces changements, de prendre en considération les préoccupations actuelles des chrétiens par égard pour eux, et elles sont nombreuses.

 

Tout d'abord, quel est le statut des chrétiens en tant que citoyens au sein de sociétés à majorité musulmane qui aspirent à réglementer les sociétés arabes conformément aux normes religieuses islamiques ?

 

Deuxièmement, quel est le statut d'un être humain dans les nouveaux régimes arabes? Est-ce que ces régimes adopteront le principe de l'égalité absolue entre les personnes sur la base d’une dignité humaine commune ou vont-ils établir une discrimination se basant sur l'appartenance religieuse, la race ou les rites? Les chrétiens d'Orient, les ressortissants et les croyants, ne sont ni de simples spectateurs ni des personnes que ne s’intéressent pas à ce qui se passe dans leur pays. Ils sentent plus que jamais qu’ils sont, dans leurs différents rites, partenaires des musulmans et qu’ils partagent avec eux un destin commun. La présence chrétienne au Moyen-Orient, dans cette perspective, est une question musulmane autant que qu’elle est une question chrétienne. Je n'exagère pas quand je dis que le COE est à la fois la maison des chrétiens et des musulmans. L'histoire du Conseil, depuis qu'il a été créé en 1974 et jusqu'à ce jour, est ce qui en témoigne le mieux.

 

4. Les sujets de discussions qui nous rassemblent ce soir et dans les trois prochains jours, expliquent clairement la relation de l'Eglise avec les sociétés arabes dans lesquelles elle se trouve comme un témoin et une mission. Dans ce contexte, les chrétiens d'Orient avec les musulmans s'efforcent d'organiser l '« espace public » en accordant une attention aux problèmes de tous à la lumière de leurs droits humains et valeurs religieuses communes, et avec les personnes de bonne volonté. Ensemble, ils cherchent le bien commun et ce qu’il pré-requiert ainsi que tout ce qui est nécessaire pour les garder unis dans ce qui plaît à Dieu et dans ce qui élève les humains au plus haut niveau de l'humanité.

 

Dans leurs échanges, ils ne peuvent pas ne pas se poser quelques questions délicates sur la relation entre religion et société.

 

Tout d'abord, comment est-il théoriquement possible que le mode de vie des arabes soit si suranné au niveau de la dignité humaine, et souffre de la pauvreté, de l'ignorance et de la violence ... etc. alors que la région du Moyen-Orient est celle où nait les trois messages célestes : le judaïsme, le christianisme et l'islam?

 

Deuxièmement, le problème se cache-t-il dans les textes religieux fondamentaux ou dans notre exégèse de ces textes? Les conflits de nature religieuse sont une indication de l'échec de l'être humain dans sa compréhension du mystère de Dieu et du saint désir dans l'homme et le monde?

 

5. Quelle est la solution prévue à l'égard de cette condition humaine rétrograde ?

 

Une solution pourrait être trouvée dans l'adoption d'un échange spirituel fondé sur la primauté de la prière et la contrition du cœur. Un croyant, avant d'entrer dans une dispute au sujet de sa foi, est un homme qui prie, écoute son créateur plus qu’il ne discute, qui aime et pardonne plus qu'il ne condamne et ne donne des leçons... A la suite de cet échange spirituel, nous aurons à soumettre les discours religieux que nous prononçons à un examen critique afin des les expurger des nombreux défauts qu’ils ont comportés tout au long l'histoire, et qui régit les consciences et le comportement des croyants voilant ainsi le visage compatissant de Dieu, créateur de toutes choses et qui nous aime tous... Comme la communion entre chrétiens basée sur une seule foi et sur un seul l'amour, est le signe de la véracité de leur foi en Jésus-Christ, de même le succès de la coexistence entre chrétiens et musulmans est le signe de la véracité du christianisme et l'islam. Avec cet échange spirituel, chrétiens et musulmans doivent s’éloigner ensemble de l'utilisation de versets choisis ici et là qui tendent à confirmer non seulement la difficulté des relations entre eux, mais également leur impossibilité. Cet échange spirituel authentique permettra aux musulmans et chrétiens de construire leurs sociétés selon les valeurs d'égalité, de justice, de respect réciproque, et de reconnaître le principe de pluralité à tous les niveaux.

 

6. Cette réunion islamo-chrétienne est un épisode au milieu de nombreuses réunions antérieures, et que nous espérons être suivie d’ultérieures. Elle place la condition de vie des arabes, musulmans et chrétiens, dans un dialogue direct et franc sous le regard de Dieu au service de l'homme. Ce dialogue doit éviter le principe de double langage qu’il soit privé ou public. Il devra aussi éviter tous les discours dépourvus de contenu (la langue de bois) dont les gens sont déjà saturés à cause de leur inutilité.

 

7. Nous avons besoin d'un dialogue et d'un amour franc et vraiment constructif. Nous avons besoin de programmes destinés à promouvoir la coexistence entre chrétiens et musulmans pour rejoindre les jeunes dans les écoles et les universités.

 

La route est encore longue et ardue !

 

Beaucoup d'entre nous ressentent la frustration quotidienne et l'échec face aux difficultés de la coexistence. Ainsi ils choisissent soit de vivre de manière rétrograde dans leur pays ou alors d'émigrer !

 

8. J’élève mes prières avec vous tous afin que les chrétiens et les musulmans trouvent ensemble dans leurs héritages spirituels des espaces communs dans lesquels ils pourront travailler ensemble pour en finir avec l'injustice, l'oppression, l'ignorance et tous les actes mauvais qui détruisent le don de Dieu en nous - la dignité humaine.

 

Bénis soient les travaux de cette réunion islamo-chrétienne.

 

Ensemble, nous allons poursuivre cette route de la foi qui déplace les montagnes ...

 

Ensemble, nous allons poursuivre cette roue de la fermeté de l'espérance à travers laquelle nous voyons la lumière au bout du tunnel...

 

Ensemble, nous allons poursuivre cette route avec la force de l'amour. C'est l'amour de Dieu et du prochain, qui est le plus grand des commandements (Mt 22, 34-40)

 

En amour, nous nous réunissons comme une famille dans l'étendue de Dieu, car Dieu est amour (1Jean 4, 7)

 

1er fevrier 2012, Antelias

 

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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 05:36

Chrisitan LochonChristian Lochon, membre du réseau Chrétiens de la Méditerranée est l'auteur de cet article paru dans bulletin trimestriel de l'Oeuvre d'Orient (octobre, novembre, décembre 2011). Ayant obtenu leur indépendance entre 1930 et 1947, les Etats du Proche-Orient ont une population très diversifiée. L’Egypte, avant Abdelnasser, avait des ministres coptes et même dirigeant des partis nationalistes (le Wafd) ; l’Irak monarchique offrit des sièges sénatoriaux au Patriarche chaldéen et au Grand Rabbin ; la Syrie eut même un Premier ministre protestant ( Farès el Khoury) ; la Transjordanie devenue Jordanie réserve toujours 10 % des sièges parlementaires aux chrétiens ( 3% de la population). Dans tous ces pays les établissements d’enseignement chrétiens ont toujours une importante proportion d’élèves musulmans ; les hôpitaux et dispensaires chrétiens sont très appréciés. Cette caution d’excellence a naturellement engendré des envieux. Fin 2011, la révolte populaire, portée par les masses arabes, semble essoufflée ; les partis religieux, soutenus financièrement par l’Arabie Saoudite et le Qatar militent pour de prétendus « Droits de Dieu » antithétiques des Droits de l’homme.

 

A) La Charia, épée de Damoclès des minorités

 

Elaborée du 9e au 11e siècle, la Législation islamique ou « Charia » a créé un Code de la Famille ou « Statut personnel » qui établit pour l’éternité des rapports inégaux entre hommes et femmes et entre musulmans et non-musulmans. En 1979, le Royaume saoudien avait fait rédiger par des Ulémas wahabites une Déclaration islamique des droits de l’homme ; les articles y paraissent identiques à ceux du texte onusien, mais à plusieurs endroits sensibles, le texte apporte une clause restrictive ainsi libellée : « si ces droits ne contreviennent pas à la Loi (divine). » Beaucoup, hélas, y contreviennent.

 

En fait le Statut personnel constitue une accumulation d’inégalités. Le Droit musulman prend ses sources dans le Coran dont on ne peut pas contester ni changer ce qui y est consigné, et dans les recueils de « hadiths », petits textes que le Prophète aurait prononcés et dont beaucoup avaient déjà été remis en cause par les traditionnistes du IXe siècle. Ce corpus, destiné à l’époque à une société bédouine analphabète et inégalitaire, souligne la supériorité de l’homme sur la femme. Bourguiba avait réussi à rétablir une certaine égalité homme/femme ; il ne put cependant autoriser une Tunisienne à se marier avec un non-Musulman.

 

Les non musulmans sont encore plus marginalisés. Chrétiens et Juifs, « dhimmis », devaient suivre des consignes très strictes pour leurs édifices du culte ou privés. Leur ceinture jaune (sic) les faisait parfois maltraiter ; interdits de fréquenter les hammams, ils ne pouvaient monter à cheval, réservé au musulman, et ne pouvaient pas porter plainte contre un musulman. Une chrétienne mariée à un musulman ne peut encore aujourd’hui hériter de son mari, si elle n’a pas adopté l’islam. Comme un chrétien ne peut pas commander à un musulman, les citoyens chrétiens des pays arabes ne peuvent pas devenir Président de la République (sauf au Liban), Premier Ministre, voire Ministre ; dans l’armée, un chrétien ne peut pas dépasser le grade de général de brigade ; dans l’administration, il est rare de voir (sauf en Syrie) un gouverneur de province chrétien, ou un recteur d’université ou un doyen. En Egypte, aucun Copte n’est admis à se spécialiser en gynécologie. La liste est longue de ce qui est officieusement interdit aux non-musulmans et qui pourtant n’apparaît nulle part dans la Constitution ou le code administratif. Ce qui est plus grave encore, c’est la loi d’apostasie en contradiction avec la liberté d’expression et de pensée. Un musulman sera condamné à mort s’il devient chrétien (Iran, Egypte, Irak, Koweït pour des cas récents).Par contre, il est bien vu qu’un chrétien se fasse musulman (15 000 Coptes passent à l’islam chaque année). Les enfants, devant suivre la religion du père, deviennent obligatoirement musulmans sans l’avoir souhaité. En fait, dans tous les pays arabes, et en Israël aussi d’ailleurs, on naît, se marie, hérite, divorce et meurt dans une incontournable infrastructure confessionnelle. L’état-civil officiel ne fait qu’enregistrer les indications qui sont fournies par les autorités religieuses.. Difficile à admettre dans nos sociétés de droit, cette jurisprudence sacralisée est imposée sans discontinuité depuis plus d’un millénaire ; en 2011, le fait de vouloir la faire évoluer risque de vous faire condamner pour crime d’apostasie. Le conservatisme est tel que, même si des gouvernements démocratiques étaient élus dans les conditions les plus satisfaisantes, à moins d’imposer une exégèse moderne des textes sacralisés, ils ne réussiraient pas à imposer le concept universel des droits de l’homme et de la femme.

 

B) La protection des chrétiens grâce aux « Capitulations »

 

Cette chape de plomb qui pesait sur les communautés chrétiennes de l’Empire ottoman fut en partie allégée par les bonnes relations franco-ottomanes.

 

François 1er, dans sa lutte contre Charles Quint, résolut de s’allier à l’ennemi de la chrétienté, le Sultan ottoman ; de part et d’autre, les avantages n’étaient pas négligeables et ces Capitulations (du latin « Capitulationes » ou chapitre de traité bilatéral) ratifiées en 1535 et constamment renouvelées par tous les régimes politiques français en 1581, 1597, 1604, 1608, 1673, 1740, 1878, accordèrent à la France un pouvoir de protection des Chrétiens occidentaux, puis par extension, celle des Chrétiens orientaux sur tout le territoire ottoman.

 

Cette concession créa donc pour la France une situation privilégiée dans les domaines politique et économique. Un des plus impérieux devoirs rappelés à chaque ambassadeur nommé à Istanbul, dans les instructions de son départ, était précisément la sauvegarde des minorités chrétiennes dans l’empire ottoman et, lorsqu’il le fallait, il devait reprendre les négociations pour le renouvellement constant de ces Capitulations.. C’est qu’en sus des facilités commerciales, le traité concédait à la France « la protection de la religion catholique dans les Etats du Grand Seigneur ». La mise en place d’une ambassade dans la capitale et de consulats dans les principales villes permit aux représentants de la France de connaître les communautés chrétiennes locales. Le Gouvernement français put faire venir dans les consulats régionaux des chapelains qui s’occuperont, discrètement, des chrétiens ottomans, En 1740, Louis XV obtint le privilège de la protection des chrétiens ottomans qui travaillaient avec des sociétés françaises ; en 1814, Napoléon se vit accorder le statut de nation la plus favorisée au bénéfice de la France ; en 1901, le renouvellement de ces Capitulations, confirmé par l’accord de Constantinople ( 1913), stipulait encore que « les congrégations religieuses, françaises ou non, se voyaient confirmer un certain nombre d’immunités locales et douanières ».

 

Les Capucins vont s’installer à Alep en 1623, chargés de l’apostolat auprès des Orientaux, puis de 1638 à 1708, à Bagdad, en 1636 à Mossoul où leur hospice se maintiendra ouvert jusqu’en 1724, à Damas en 1637. En 1721, à Bagdad, les Carmes ouvrent une école et un hospice destinés aux 1 200 chrétiens qui y résident. En 1867, ils gèreront une école de filles et une école de garçons encadrées par des religieuses et deux pères français. Les Dominicains italiens se rendront à Mossoul en 1749 et y resteront jusqu’en 1856. Vont leur succéder des Dominicains français, bénéficiant de la création d’un consulat français. Ils y fondent une imprimerie, un séminaire syro-chaldéen (1878), qui deviendra un centre de diffusion de la langue française. En 1880, les Sœurs de la Présentation de Tours assureront l’intendance de cet Etablissement, ainsi que la direction d’une école de filles, d’un orphelinat et d’un dispensaire. Les Franciscains, présents à Jérusalem depuis le XIIIe siècle, s’installent à Alep en 1571.En 1625, les Jésuites s’installent à Alep et, en 1628, ouvrent une école. En 1812, ils s’occuperont du séminaire melkite de Aïn Traz, fonderont des écoles à Beyrouth, Zahlé et aussi à Damas. L’école de Ghazir (Liban), fondée en 1846, devient séminaire en 1863, qui se transformera, en 1881 à Beyrouth, en Université Saint-Joseph, qui joue encore un rôle considérable aujourd’hui dans ce pays. Les Lazaristes remplaceront les Jésuites au collège libanais d’Antoura..

 

Cette « latinisation », poursuivie bien sûr en arabe, va dynamiser les chrétiens orientaux ; les missionnaires européens formeront une élite intellectuelle dont les héritiers seront partie prenante dans la Renaissance arabe (« Nahda ») du XIXe siècle. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, environ 500 jeunes chrétiens du Proche-Orient furent envoyés à Rome. Cette occidentalisation des cadres orientaux s’accompagna d’une promotion féminine exceptionnelle. Avant l’arrivée des missionnaires, les femmes ne sortaient pas de chez elles. Elles sont alors prises en charge dans des confréries qui leur feront lire des livres de spiritualité, leur enseigneront la couture, des travaux manuels et un sens de la responsabilité tout à fait nouveau. D’autre part, les missionnaires étaient souvent médecins ; les soins dispensés dans le cadre de la communauté rendront les chrétiens plus résistants aux épidémies ; la démographie va changer et les chrétiens auront plus d’enfants qui vivront après les maladies de la petite enfance que les musulmans.

 

C) Les chrétiens actifs aux XIXe et XXe siècles

 

Le terme de « Nahda » symbolise l’esprit de réforme dans les domaines culturel, voire religieux, politique des sociétés du Proche-Orient. Les sujets arabophones du Sultan aspirent à une plus grande autonomie. L’influence de la philosophie des Lumières et des acquis de la Révolution française va s’exercer à Istanbul auprès des sultans qui entreprirent de réformer les structures de l’Etat. Mohamed II (1808-39) modernise la fonction publique ; Abdelmajid Ier promulgue le Hatti Charif du 3 novembre 1839 et le Hatti Homayoun du 18 février 1856, lois organiques qui établissent l’égalité des communautés non-musulmanes et musulmanes, et des élections parlementaires. En 1865, les « Nouveaux Ottomans » adoptent les principes de « liberté, égalité, fraternité » dans un contexte coranique. La fulgurante apparition en Egypte de Bonaparte ouvrira auprès de Mohammed Ali et de ses successeurs le désir de collaborer avec la France ; ils accueillent des coopérants français et envoient les cadres se former en France dès 1826 De leur côté, les Libanais revendiquent l’autonomie avec le soutien de la France et ils l’obtiennent en 1862.. En même temps, ils vont jouer un rôle important dans les revendications nationalistes et linguistiques prônant l’utilisation de l’arabe. En juin 1913, un comité de 8 membres, dont 6 Libanais, anime le premier Congrès Arabe à Paris consacré à l’indépendance.

 

La première guerre mondiale entraînera la chute de l’Empire ottoman. Sous le régime des mandats jusqu’en 1946, les communautés chrétiennes bénéficient de leurs infrastructures scolaires, caritatives, hospitalières et voient leur niveau de vie amélioré ; leurs notables participent à l’administration locale, connaissant les langues des mandataires. La création d’Israël entraîne des coups d’Etat militaires. Mais des partis laïques opposés au nassérisme comme le Baath ou le Parti populaire syrien s’ouvriront aux minoritaires. A partir des années 1970, l’échec des pays arabes dans leur lutte contre Israël, va renforcer les partis religieux, Frères Musulmans et groupes salafistes opposés à une cogestion avec des non-musulmans. Les dirigeants de l’Egypte et de l’Irak se rapprocheront des islamistes, tandis que ceux de Syrie ou de Palestine conserveront leurs cadres chrétiens.

 

En Egypte, la Constitution proclame l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de langue, race ou religion.. Depuis 1952, les chrétiens sont éliminés de la fonction publique alors qu’en 1910, ils détenaient 45 % des postes. Depuis 1975, des églises sont brûlées dans toute l’Egypte, les paysans coptes se voient chassés de leurs terres. Des massacres ont eu lieu en 2011 dans la capitale, commis par l’armée qui voulait mettre fin à une protestation pacifique.

 

 

L’Arabie Saoudite compte un million de chrétiens, arabes ou asiatiques. Il leur est interdit de construire une église ou de se rassembler pour le culte. Plusieurs « prêtres ouvriers » philippins ont été expulsés du pays. Par contre, les Etats du Golfe assurent la liberté de culte aux chrétiens arabes comme le royaume de Bahreïn,. Le Sultanat d’Oman, les Emirats Arabes Unis, qui ont offert, comme le Koweït et le Qatar, des terrains pour construire les églises.

 

En Irak, des postes de direction dans la fonction publique échurent aux chrétiens lors de la prise de pouvoir par les Baathistes et sous. le régime de Saddam Hussein. La chute de ce régime a entraîné des attentats nombreux contre les églises. Les Chrétiens ne représentent plus que 3% de la population. Clandestins au Liban, en Jordanie, ou en Turquie, ils cherchent à gagner l’Europe, les Etats-Unis ou l’Australie. Beaucoup ont gagné le Kurdistan autonome où des députés et des ministres chrétiens participent au gouvernement.

 

En Jordanie, le régime royal s’appuie sur les tribus bédouines dont certaines sont chrétiennes. Néanmoins, la montée en puissance des Frères Musulmans, la fragilité géopolitique de la Jordanie, liée par traité avec Israël, risquent de peser dramatiquement sur le maintien de ces privilèges.

 

Au Liban, la guerre atrocement inutile de 17 ans avait réduit le Liban au rôle d’Etat associé à la Syrie. Les grands leaders chrétiens ont disparu, et, comme l’avait rappelé le Patriarche maronite devant les évêques de France en septembre 2011, les chrétiens doivent, pour subsister, maintenir un équilibre entre leurs compatriotes chiites prosyriens et sunnites prosaoudiens.

 

En Palestine, 2% de chrétiens sur 3,2 millions d’habitants tentent de survivre. Des villes, comme Bethléem, ont perdu leur majorité chrétienne. La volonté israélienne de « désarabiser » Jérusalem fait paraître l’exil comme seule solution. Sans eux le berceau du Christianisme serit réduit à l’accueil de quelques pèlerins étrangers et de dizaines de milliers de touristes indifférents ?

 

La Syrie, bouleversée par l’insurrection et la répression, risque de sombrer dans une guerre civile où les minorités, confessionnelles ou ethniques, seront décimées. 3 patriarches résident toujours à Damas, melkite, syriaque et grec-orthodoxe et le pays est couvert de vestiges chrétiens. La situation tend à ressembler à celle de l’Irak.

 

En Iran, 1990, la fermeture des les librairies chrétiennes, la campagne d’intimidation des chiites convertis au Christianisme, l’interdiction d’imprimer tout livre chrétien en persan, les assassinats de pasteurs anglicans, font craindre le pire à l’ensemble des chrétiens du pays.

 

La Turquie n’est pas devenue laïque avec Atatürk. Il s’agissait d’une politique de « turquisation », c'est-à-dire « d’islamisation ». Les chrétiens doivent suivre les cours d’instruction religieuse musulmane et n’ont le droit, ni d’ouvrir des écoles ou des dispensaires, ni de nouveaux lieux de culte. La capitale, Ankara, n’a aucune église (elles ont toutes été brûlées en 1923). En 1900, un habitant sur quatre était chrétien. En 1981, 90 000 chrétiens sur 50 millions d’habitants. Aujourd’hui, quelques centaines auxquelles il faut ajouter les réfugiés irakiens en attente de visa.

 

 

 

X X X

 

Il était nécessaire de rappeler le rôle qu’ont assumé les Chrétiens dans l’évolution ancienne et récente de leur région. Les espoirs qu’ont fait naître les mouvements du Printemps arabe s’estompent en Egypte et ailleurs pour tous les citoyens. La société musulmane soumise aux contraintes du statut personnel, devra faire un immense effort pour le transformer en code sécularisé établissant l’égalité de tous devant la Loi.

 

Christian Lochon

 

 

Eléments de bibliographie

 

BARRES Maurice, - Une enquête aux pays du Levant (2 vol.) Paris, Plon, 192

COURBAGE Youssef, FARGUES Philippe, Chrétiens et Juifs dans l’islam arabo-turc, Paris Payot 1997

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DUPARC Pierre, Instructions aux ambassadeurs en Turquie, Paris, CNRS, 1979

FADELLE Joseph, Le Prix à payer, Paris l’œuvre 2010

FATTAL Antoine, Le Statut légal aux non-musulmans en Pays d’Islam, Paris, Faculté de Droit, 1947

HEYBERGER Bernard, Les Chrétiens au Proche-Orient au temps de la Réforme politique,

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HEYBERGER B. dir, Chrétiens du Monde Arabe, Un archipel en terre d’Islam, Paris, Autrement 2003

KHALIL Samir, Rôle des chrétiens dans les renaissances arabes, Beyrouth, annales de Philosophie

Vol.6, 1985

KHAWAM René, L’Univers culturel des Chrétiens d’Orient, Paris Cerf 1987

LAURENT Annie, Les Chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?,Paris Salvator 2008

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Paris, AEFPO, 1993

LOCHON Christian, Rôle et Culture des Chrétiens d’Orient, Paris, Mondes et Cultures LXV, 2005

LOCHON Christian, Rôle et Culture des Chrétiens d’Orient, Paris, Bulletin de l’Œuvre

d’Orient, Paris (Nos.753 à 756), 2008 à 2010

RONDOT P. et HALLAQ B. dir, Les Chrétiens du Monde Arabe, Paris, Maisonneuve-Larose

TALAL Prince Hassan Ben, Islam et christianisme, Paris, Brepols 1997

VALOGNES Pierre, Vie et Mort des Chrétiens d’Orient,, Paris, Fayard, 1994

VOLNEY, Voyage en Egypte et en Syrie (1787), Paris, Mouton 1959

 

 

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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 06:19

Carte des chrétiens au Moyen-OrientPar Mgr Paul Nabil el-Sayah, un article du site Zenit.org publiée le mardi 10 janvier 2012. Mgr Paul Nabil el-Sayah, archevêque maronite de Haïfa et de Terre Sainte, souligne dans un entretiens avec L’Aide à l’Église en Détresse (AED) la contribution des chrétiens arabes, à l’Eglise universelle.

 

A travers les pèlerinages, qui renforcent la communauté financièrement et spirituellement – une plus grande attention – « comme le font heureusement les États-Unis et l’Europe » - et des projets spécifiques, « comme ceux de l’AED : je n’aurais jamais pu rêver d’un bâtiment pour la pastorale si j’avais dû compter uniquement sur mes fidèles ». En 2010 la fondation pontificale a financé la construction d’un centre pour la pastorale sur le mont Carmel à Isfya, à une dizaine de kilomètres de Haifa.

 

Les chrétiens qui vivent en Terre Sainte ont certainement besoin d’aide, mais leur contribution à l’Église universelle est aussi importante: « Nous sommes les gardiens des lieux saints où est né le christianisme – explique l’archevêque – et nous les conservons pour que tous puissent faire l’expérience unique de fouler les pierres de Jérusalem et de se promener sur les collines de Galilée où Jésus lui-même a marché ».

 

L’Église maronite a récemment fêté son 1600e anniversaire et elle est l’unique Église orientale qui n’ait jamais été séparée de Rome. La communauté en Terre Sainte – qui compte douze mille chrétiens sur un total de cinquante mille – a été décimée au cours des nombreuses émigrations des fidèles. « Mais nous étions ici 600 ans avant l’arrivée des musulmans, et nous continuerons à y vivre », assure Mgr Sayah.

 

La vie des chrétiens en Israël et en Palestine n’est pas facile, souligne l'archevêque: « Pour les juifs, nous sommes des Arabes et donc des terroristes potentiels, et pour les musulmans nous sommes chrétiens et donc des infidèles ». Pourtant les difficultés n’arrêtent pas l’œuvre de médiation et de réconciliation entre les deux peuples, qui s’ajoute aux importantes contributions apportées par les chrétiens à l’instruction, au système de santé et aux services sociaux. « Notre apport – note l’archevêque – dépasse largement notre petit pourcentage de 1,5% de la population ».

 

C’est aussi la coexistence pacifique qui est à la base du projet « Rencontre » que mène l’archevêque de Haïfa depuis déjà deux ans. Un groupe de jeunes gens – quatre chrétiens, quatre juifs et quatre musulmans – se rencontrent régulièrement pour apprendre à se connaître et se confronter à des thèmes qui touchent à la religion et à leur société. « J’ai très confiance dans les jeunes, parce qu’ils sont prêts à changer et ne sont pas bourrés de préjugés – explique Mgr Sayah à l’AED – Notre parcours porte beaucoup de fruits ».

 

Pour l’archevêque maronite, le conflit israélo-palestinien n’est pas entièrement lié à des raisons religieuses. « Évidemment il y a des extrémistes des deux côtés - explique-t-il – mais je crois qu’à la base de tout cela il y a une question politique : deux peuples qui cherchent à se partager la même terre et qui visent l’un et l’autre le pouvoir ». Les chrétiens arabes se retrouvent alors à devoir coexister avec deux théocraties. « Dans l’islam et dans le judaïsme, la politique n’est pas séparée. Nous voudrions voir moins d’emphase sur la religion et davantage de respect pour chaque credo ».

 

À l’avenir, Mgr Sayah souhaite une plus grande séparation entre l’état et la religion et nourrit une certaine perplexité quant à la loi qui impose aux nouveaux citoyens de jurer fidélité à l’état « démocratique et juif » d’Israël. « 20% de la population est arabe – affirme-t-il – et il y a les millions de réfugiés palestiniens à qui les lois internationales garantissent le droit de rentrer. En disant qu’Israël est la terre des juifs, on laisse entendre que les autres ne sont pas bien acceptés ».

 

« L’Aide à l’Église en Détresse » (AED), fondation de droit pontifical fondée en 1947 par le père Werenfried van Straaten, est une organisation qui réalise des projets pour soutenir la pastorale de l’Église là où elle est persécutée ou privée de moyens pour remplir sa mission. En 2010 elle a récolté plus de 65 millions de dollars dans les 17 pays où elle est présente à travers ses sièges nationaux et a réalisé plus de 5.500 projets dans 153 nations.

 

Traduction pour ZENIT par Anne Ginabat

 

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 05:25

Samir Kalil Samir 2Né au Caire en 1938, le Père Samir Khalil Samir est un spécialiste reconnu du dialogue islamo-chrétien, professeur à l’Institut Pontifical Oriental (Rome). Ce jésuite, auteur d’une soixantaine d’ouvrages et de plus de 1000 articles, a fondé, à Beyrouth, le Centre de Documentation et de Recherches Arabes Chrétiennes (Cedrac) qui se consacre à l’étude du patrimoine arabe des chrétiens et fête son jubilé. L’Œuvre d’Orient, l’a rencontré lors de son passage à Paris pour donner une série de cours au Centre Sèvres en décembre dernier.

 

 

- Vous avez largement participé à la préparation du Synode des Evêques pour le Moyen-Orient (Rome, octobre 2010) et à son compte-rendu au Saint-Père. Que pensez-vous de l’évolution du Moyen-Orient depuis un an ?

P. Samir Khalil Samir : Le printemps arabe rejoint les grandes lignes du Synode. Tout ce qu’on demande c’est la pleine citoyenneté et non pas des privilèges pour les chrétiens. Les musulmans nous répètent que l’Islam est une religion de tolérance, nous répondons : c’est peut-être vrai, mais nous ne voulons pas être tolérés, mais être citoyens.

 

Nous disons : « Ensemble, musulmans, chrétiens, non croyants, construisons notre monde arabe ! On est tous dans la même situation, on reconstruit ensemble notre société ». Ce discours est bien accueilli par les musulmans.

 

Au Liban, il y a une véritable convivialité, mais on dépend trop des autres pays dont le pivot est la Syrie et l’Iran (qui passe par la Syrie).

 

- Comprenez-vous les craintes des chrétiens de Syrie ?

Je suis un peu déçu par la réaction des évêques et en même temps je les comprends. Le régime autocrate garantit la sécurité des chrétiens. Pourvu qu’ils ne fassent pas de politique, il n’y a pas de problème. Si on enlève le régime, qui viendra ? On choisit le moindre mal et en même temps on ne peut pas soutenir un régime qui réprime tant les libertés.

 

Il y a un espoir tellement risqué. On ne sait pas quelle sera l’issue.

 

Au Liban, le patriarche a essayé de rassembler tout le monde, mais il n’a pas réussi.

 

- Les coptes sont-ils menacés ?

En Égypte, on sait qu’on passera par une phase islamiste et on espère que les salafistes ne seront pas au gouvernement. Les Frères musulmans veulent se démarquer et montrer qu’ils sont modérés. Peut-être s’allieront-ils avec un parti modéré ou libéral.

 

Que feront les Frères musulmans au gouvernement ? Vont-ils trouver une façon de gérer le pays ? C’est un vrai défi. Ont-ils les moyens humains, une vision, un programme ? On le saura le jour où ils prendront le pouvoir. S’ils réussissent à s’entendre avec le parti libéral et à s’éloigner du radicalisme, cela peut donner quelque chose de positif. Il ne suffira plus de répéter « L’Islam est la solution ! », il faudra le prouver par les faits.

 

- Mettre en lumière la contribution des chrétiens à la civilisation arabe est une mission qui vous tient particulièrement à cœur et pour laquelle vous avez créé le CEDRAC il y a 25 ans. Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Mes activités à Rome m’avaient obligé à prendre un peu de distance avec Beyrouth et donc avec le CEDRAC, mais maintenant il y a urgence à le relancer.

 

Nous avons une grande richesse de documents arabes et de contributions que je souhaiterais partager avec tous ceux qui s’intéressent à la culture. Nous avons besoin aussi du soutien des chercheurs du monde entier.

 

Par ailleurs, les trésors de manuscrits, par dizaines de milliers, dorment dans les bibliothèques ; des milliers de textes et d’études ont été publiés de par le monde, mais sont inaccessibles aux chercheurs du monde arabe. Il faudrait tout numériser, pour les mettre à la portée du plus grand nombre. Des universités y sont intéressées : en Europe, au Canada, aux Etats-Unis. Nous multiplions les contacts pour trouver les financements nécessaires.

 

Cette année académique 2011-2012 est un cap difficile, car nous avons besoin de 40 à 50 000 € pour couvrir les frais de fonctionnement même réduits au minimum. Quoiqu’il en soit, j’ai bon espoir que nous réussirons à relever le défi, et à poursuivre le travail du CEDRAC, qui est un service culturel universel, car il s’agit d’un patrimoine de l’humanité jusqu’ici négligé.

 

Source : Propos recueillis par Catherine Baumont, L’Oeuvre d’Orient, 10/1/2012

 

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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 06:12

7741308799_pere-gollnisch-1-.jpg"A la question : est-ce que les Chrétiens courent le risque de disparaître ?, je vous réponds : oui . En revanche, si vous me demandez si les Chrétiens d’Orient vont disparaître, je pense que non" répond le Père Gollnisch,à l'IECD. Une interview de Danielle Adler publiée le 9 janvier 2012 sur le site de l'Oeuvre d'Orient, partenaire de Chrétiens de la Méditerranée.

 

 

1. Selon vous, les communautés chrétiennes d’Orient sont-elles menacées de disparition ?

 

Père Gollnisch : Globalement, au Moyen-Orient, il y a un risque de disparition des communautés chrétiennes. Ce risque de disparition ne provient pas tant d’une persécution directe que d’une discrimination des Chrétiens par la société. En Irak, les Chrétiens encourent un risque de discrimination sanglante, car ils sont la cible de groupes terroristes qui souhaitent spécifiquement les faire partir du pays. Dans les autres pays, il s’agit plutôt de discrimination.

 

2. Quels sont les principaux problèmes auxquels elles sont confrontées sur le plan politique et économique ? Cette discrimination s’exprime à plusieurs niveaux.

 

PG : Tout d’abord, l’Islam a une dimension sociale forte, et elle marque la société. Quand vous n’êtes pas musulman, ce n’est pas forcément facile d’entendre le muezzin tous les matins.

 

Mais il y a des choses plus importantes. Ainsi, le droit civil en général, et le droit de la famille en particulier, est de plus en plus d’inspiration musulmane, alors qu’auparavant, les Chrétiens vivaient sous un régime spécifique.

 

Sur le plan économique, il est difficile pour les Chrétiens d’avoir accès à certaines responsabilités.

 

Sur le plan religieux, il est difficile pour les Chrétiens d’exprimer leur foi en public, alors même que la liberté religieuse est un droit de l’homme fondamental. De même, il est de plus en plus difficile de construire des Eglises. Enfin, dans ces pays, les citoyens n’ont pas forcément le droit de changer de religion.

 

Sur le plan politique, certaines Constitutions stipulent que le chef de l’État doit être musulman. Or c’est à la démocratie de décider du chef de l’État.

 

Les Chrétiens ne sont pas considérés comme des citoyens comme les autres, voire des citoyens de seconde zone. Une pratique ancienne fait des Chrétiens une population protégée, alors qu’ils devraient être considérés comme des citoyens à part entière.

 

3. Est-ce que les Chrétiens d’Orient vont disparaître ?

 

PG : A la question « est-ce que les Chrétiens courent le risque de disparaître ? », je vous réponds « oui ». En revanche, si vous me demandez si les Chrétiens d’Orient vont disparaître, je pense que non.

 

C’est vrai que les Chrétiens vivent les mêmes difficultés que les Musulmans dans ces pays. Si un pays est pauvre, il n’y a pas de raison que les Chrétiens vivent dans un îlot de richesse. De même, s’il y a de l’insécurité dans ce même pays, il est sûr que les Chrétiens vont être touchés au même titre que les Musulmans.

 

Seulement, un exode de Chrétiens va fragiliser beaucoup plus fortement la communauté chrétienne qui est plus restreinte que la communauté musulmane.

 

On ne peut pas dire par ailleurs qu’il s’agit d’une persécution. Ils ont la possibilité de vivre dans leur foi.

 

4. L’aide au développement peut-elle aider ces communautés à rester dans leur pays ?

 

PG : Complètement. C’est un élément essentiel du maintien de la population sur place. Si un père de famille est privé de travail, il aura tendance à partir ailleurs pour trouver du travail. D’autant plus que les Chrétiens ont souvent plus de liens avec l’Occident que les Musulmans. Ils sont également mieux éduqués et ont une meilleure maîtrise des langues étrangères.

 

Encore faut-il que l’aide au développement touche réellement les familles chrétiennes. Il conviendrait d’encourager les projets qui permettraient aux Chrétiens d’avoir une activité professionnelle. Parfois, les Chrétiens n’ont pas accès aux métiers de l’artisanat ou de l’agriculture. Soit parce qu’ils ont dû se déplacer pour des raisons de sécurité et qu’il leur ait difficile de trouver un travail là où ils habitent, soit parce que, pour des raisons de discrimination, on ne veut pas leur donner de responsabilités professionnelles.

 

5. Pensez-vous qu’il est indispensable que les Chrétiens d’Orient restent dans leur communauté d’origine ?

 

PG : C’est totalement indispensable qu’ils y restent.

 

Car c’est leur pays. Ils sont irakiens, égyptiens, palestiniens ou encore libanais. Ils sont chez eux. Ce sont même souvent les premiers habitants de ces communautés.

 

En outre, ces Chrétiens peuvent aider à faire progresser ces pays. S’il n’y avait plus de Chrétiens au Liban, par exemple, ce serait dramatique. Les Chrétiens aident en effet les gens à se parler. Ils jouent souvent un rôle de médiation entre les Sunnites et les Chiites.

 

Par ailleurs, on ne peut pas envisager l’existence sereine des Musulmans en Europe si la réciproque n’était pas vraie. Ce serait une source de tension et de polémique considérables.

 

Enfin, on ne peut pas se résoudre à une vision totalitaire de l’Islam.

 

6. Pensez-vous que les événements politiques de ces derniers mois seront à terme positifs pour les Chrétiens d’Orient ?

 

PG : C’est un processus en cours, qui prendra plusieurs années avant d’aboutir. Je suis cependant très optimiste sur le résultat ultime, notamment en Egypte, au Liban, en Palestine, en Irak ou encore en Libye. Ces sociétés progressent, du point de vue de l’éducation de leurs populations et de leur degré d’ouverture.

 

En revanche, en Syrie, il y a quelque chose de dangereux. Car c’est un conflit entre Sunnites et Alaouites / Chiites. C’est un conflit frontal non réfléchi.

 

7. Pensez-vous que les Chrétiens de France doivent se mobiliser pour les Chrétiens d’Orient ? De quelle manière ?

 

PG : Oui, bien sûr. Les Chrétiens d’Orient ont besoin que les Chrétiens de France soient solides dans leur conviction. Ils ont besoin de savoir qu’ils vivent leur foi de manière dynamique et sereine.

 

Par ailleurs, la France incarne la laïcité. Or la laïcité représente une hypothèse de développement pour ces pays. La laïcité turque s’est traduite par une forte diminution des communautés chrétiennes. Aujourd’hui, nous sommes responsables que la laïcité à la française soit respectueuse de la religion. Si la laïcité apparaît comme le cache-nez de l’athéisme, elle ne parviendra pas à s’implanter au Moyen-Orient.

 

En outre, il faudrait que les Français connaissent mieux les Églises d’Orient. Il y a des questions de lien. Ce serait intéressant qu’il y ait davantage de jumelages de diocèse à diocèse et de paroisse à paroisse.

 

Enfin, les communautés sunnites sont souvent aidées financièrement par l’Arabie saoudite ; les Chiites par l’Iran. Aucune puissance étatique n’aide les Chrétiens.

 

Il faut donc que les Chrétiens aident financièrement leurs frères d’Orient.

 

 

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