Voici une recension de livre rédigée par Christian
Lochon, membre du réseau Chrétiens de la Méditerranée, pour l'Académie des Sciences d'Outre Mer. A découvrir.
TURQUIE : LE PUTSCH PERMANENT
De EROL ÖZKORAY
(Alfortville, Editions Sigest, 2010)
Ce petit ouvrage d’une cinquantaine de pages qu’une association arménienne en France a édité a pour but de dénoncer, comme le dit l’auteur, journaliste et écrivain en procès avec l’Etat- Major de l’Armée Turque : « le régime (turc) caché (qui) est un totalitarisme déguisé en pseudo-démocratie » (page 11). Erol Ozkaray a été attaqué par la presse nationaliste avec autant de violence que le journaliste arméno-turc Hrant Dink, dont nous avons analysé dans notre Revue Deux peuples proches, deux peuples voisins, Arménie-Turquie (actes Sud, 2009), et qui fut assassiné en janvier 2007 par un jeune ultra nationaliste télécommandé, ou le Prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, qui dût fuir aux Etats-Unis.
Le préfacier Nikos Ligeros souligne qu’Ozkoray démontre que : « la Turquie n’est ni un pays républicain et laïc, ni un pays musulman modéré malgré les dires du monde extérieur…Le vrai pouvoir est tenu par les militaires… Face au problème kurde, aucune fragmentation, face au problème chypriote aucune concession, face au génocide des Arméniens, aucune reconnaissance, pour l’Eglise orthodoxe aucune place ».
Avec une grande lucidité, M. Ozkoray étudie les différents moyens utilisés par l’Armée pour contrôler les rouages de l’Etat. D’abord avec le Conseil National de Sécurité (1982), dont sont membres aux côtés du Gouvernement le Chef d’Etat-major, et les quatre Chefs des armées (terre, marine, air et gendarmerie). Le CNS s’appuierait sur une société secrète, l’Ergenekon (lieu d’origine des Turcs dans les Monts Altaï d’Outre Sibérie), qui, depuis 1977 aura assassiné des journalistes, syndicalistes, universitaires, politiciens kurdes et turcs. Le mouvement sera mis en cause en 2008 par le Gouvernement actuel. L’armée aura multiplié les incidents avec la Grèce comme la question de Chypre, la délimitation du plateau continental, l’espace aérien de l a Mer Egée, les minorités turques en Grèce, la contestation du statut œcuménique du Patriarche orthodoxe à Istanbul. L’armée aurait, depuis le coup d’Etat de 1970, « arrêté, torturé, fiché 2 333 000 personnes » (page 31). C’est l’Armée qui revendique les concepts de « l’Etat Nation » : la centralisation, le développement inégal des provinces orientales, l’union mystique du Chef et du peuple, l’anti-intellectualisme brutal, le génocide arménien et le culte du drapeau. « L’ennemi intérieur » pour l’Armée est constitué des Kurdes, des gauchistes, des islamistes, des libéraux et des partisans de l’U.E. (dont 25% d’officiers), soit « 50 millions d’individus sur 72 millions » (page 23).
Le Parti au pouvoir, l’AKP, qui gouverne depuis huit ans, est une formation islamiste qui a adopté la politique de dissimulation (ou « tekiyé ») cachant la collusion politique avec l’Etat-Major, même si le Gouvernement civil tente des rapprochements, bien vus à Bruxelles avec les Arméniens, les Kurdes ou le Patriarche Grec. A part cela, le Gouvernement n’est plus laïque mais manie le principe du sunnisme comme religion d’Etat.
Parmi les autres composants politiques, les Kémalistes suivent la doctrine de l’ « ethnie turque » imposée à partir de 1927 dans les discours officiels. En fait « ni Gauche ni individualisme libéral n’existent en Turquie » (page 26) ; « la société turque dans son ensemble est fasciste, raciste, xénophobe … car le service militaire obligatoire aboutit à un lavage de cerveau » (page 33)
Seulement 11% des Turcs pensent que la liberté d’expression doit être défendue. En fait, le Groupe de presse Aydin Doga, qui contrôle les journaux les plus lus : Hürriet, Milliyet, Radikal, Vatan et Posta, diffuse des idées nationalistes fascisantes et retourne l’opinion publique contre l’U.E.
Pour 92% des Turcs, la religion est très importante, 74% font confiance à l’armée, 73% ne font pas confiance aux étrangers, 52% ne désirent pas de voisins juifs, homosexuels, concubins ou athées.
Les notes (page 42 et 51) contiennent un nombre impressionnant de manquements aux droits de l’homme, de peines de prison pour motifs politiques, d’actes dé laïcisation (le budget du Département des Affaires religieuses atteint 1 milliard 85 millions d’euros).
Le titre du livre est ainsi dévoilé par l’accumulation des opérations dirigées par le Gouvernement turc actuel contre la démocratie et la liberté de penser. Ce petit ouvrage devrait convaincre les partisans d’un « islamisme soft » qu’il est nécessaire que pour rejoindre l’Union européenne, tout Etat ne doive pas adopter l’instrumentalisation politique de quelque religion que ce soit ou un nationalisme exacerbé.
Christian Lochon



Musulmans et coptes sont
les deux communautés principales connues vivant en Egypte. Pourtant d’autres citoyens égyptiens ont contribué et contribuent à faire connaître l’Egypte et ce sont les chrétiens non-coptes, venus
sur les bords du Nil, aux XVIIIe et XIXe siècles, pour fuir les persécutions ottomanes : melkites catholiques et orthodoxes, syriaques, arméniens (certains seront
premier ministre des khédives).