Irak

Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 06:29

oeuvredorien_432-1-.jpgLes abonnés à la Newsletter de l'Oeuvre d'Orient ont reçu hier la livraison de décembre 2011 de laquelle nous extrayons le très intéressant article suivant en renvoyant vers le site de l'Oeuvre d'Orient, organisation marraine du réseau Chrétiens de la Méditerranée, pour découvrir les autres articles et s'abonner pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait.

 

 

Loin de prendre fin avec leur exode des terres de leurs ancêtres, les douleurs des chrétiens d’Iraq prennent souvent des formes diverses avant l’achèvement du périple les déchirant de leur terre d’origine. Le Liban fait partie des États tremplin que les chrétiens d’Iraq visitent pendant quelques temps en attendant l’obtention d’un visa qui achève leur fuite vers les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Mgr Michel Kassarji, évêque chaldéen de Beyrouth que nous avons rencontré à Paris, nous parle de la situation difficile des réfugiés chrétiens iraquiens au Liban et du rôle central que joue l’Église pour les soutenir.

 

Combien de réfugiés iraquiens chrétiens existe-t-il au Liban ?

 

Il y a un tsunami iraquien au Liban ! Les réfugiés ont commencé à arriver en 1990 suite aux différentes guerres du Golfe, mais c’est surtout après la fin du régime de Saddam Hussein que leur exode s’est fortement accéléré. Le plus grand nombre des réfugiés chrétiens iraquiens sont chaldéens, ce qui est représentatif de leur pourcentage en Iraq où 90% des chrétiens sont chaldéens. Pour ne donner qu’un exemple : on dénombre 30 églises chaldéennes à Bagdad pour seulement 2 syriaque-catholiques. Il existe actuellement 1500 familles chaldéennes (12 000 personnes) au Liban et 75 familles syriaques - catholiques. Notre évêché a la responsabilité des familles chaldéennes.

 

Quelle est leur situation humanitaire ?

 

La situation humanitaire de ces réfugiés est difficile, voire alarmante parfois. Lorsqu’ils arrivent au Liban, ils sont complètement délaissés, et ne peuvent pas accéder convenablement aux écoles ou aux soins médicaux, surtout que certains arrivent gravement malades. Ils vivent dans de très petits espaces, une ou deux chambres qu’ils doivent louer cher, pour y loger à dix ou douze. L’État libanais ne les aide en rien. À cela s’ajoute leur peur de se déplacer à cause de l’illégalité de leur situation puisqu’ils n’ont pas de cartes de séjour. Il y a quelques temps, 450 chaldéens étaient en prison parce qu’ils n’avaient pas de permis de séjour. Normalement, à leur arrivée au Liban, ils obtiennent un visa d’un mois à l’aéroport, renouvelable 3 fois. Mais après cela, ils se retrouvent sans papiers à cause des conditions d’obtention d’un permis de séjour, impossibles pour presque tous les réfugiés. En outre, cela n’est pas le cas en Syrie ou en Jordanie où les conditions sont complètement différentes, puisque ces deux États les prennent en charge. Au Liban, la plus grosse responsabilité repose sur l’évêché.

 

En quoi consiste cette responsabilité ?

 

De prime abord, en tant qu’évêché, nous avons un rôle spirituel à assurer. Le grand nombre des réfugiés a rendu nos locaux insuffisants, c’est pour cela que deux communautés ont mis à notre dispositions leurs églises (les assyriens et les grec-catholiques). Cependant, loin de nous limiter au spirituel, nous assumons beaucoup de rôles humanitaires. Chaque mercredi et vendredi, l’évêché accueille les nouveaux réfugiés en leur créant des dossiers et en leur donnant des aides matérielles et des papiers de reconnaissance. Après cela, il faut les aider à trouver du travail, ce qui n’est pas facile, surtout qu’ils « travaillent au noir ». Cependant, le résultat est largement satisfaisant, puisqu’en attendant leur visa pour l’Occident, 90% de ces réfugiés trouvent un travail temporaire. Quant à la scolarisation d’enfants, l’évêché prend en charge plus de 150 élèves chaldéens. De plus, nous distribuons des aides alimentaires. Pour Pâques 2011, nous leur en avons distribué sous forme de cartons contenant 22 genres d’aliments. Il nous a fallu 120 000 $ pour financer ce projet. Cependant, ces aides sont difficiles à réaliser parce que l’évêché est pauvre et sans revenus, ce qui implique une recherche continuelle de sources de financement. L’Œuvre d’Orient nous aide tous les ans, et de manière ininterrompue. Localement, certains diocèses des différentes Églises catholiques et orthodoxes, apportent de même leur soutien financier. Trouver des fonds est capital pour nous, surtout que le projet d’édification d’un centre médico-social dont bénéficieraient surtout les chrétiens d’Irak est en cours.

 

De quel centre parlez-vous ?

 

Les problèmes de santé vécus par certains réfugiés iraquiens et les complications qu’ils doivent affronter pour accéder au traitement sont à la source de l’idée de ce centre. Le « Centre médico-social Saint Michel », fondé par l’Église chaldéenne au Liban selon les normes internationales des centres de santé, a été inauguré en 2011. Le but de ce projet est d’aider nos frères démunis, surtout les Iraquiens réfugiés au Liban. Effectivement ce centre est ouvert à tout le monde, mais ces derniers ont de larges privilèges et leurs consultations se font à très bas prix. Par exemple, l’échographie qui coûte 100 $ normalement leur coûterait 10 $ chez nous. Le centre, toujours en construction, fonctionne actuellement de manière partielle, et accueille tous les jours presque 20 personnes. Les services médicaux qu’il assure concernent la cardiologie, la pédiatrie, les maladies digestives, l’endocrinologie, la dermatologie, l’urologie, la gynécologie, l’ophtalmologie, l’électrocardiographie, l’échographie, la physiothérapie et bien d’autres domaines. Cependant, il manque toujours des fonds pour qu’il soit complètement fonctionnel, notamment pour acheter du matériel médical nécessaire. Jusqu’au 7 août 2011, date de l’inauguration du centre, la valeur des contributions et des donations avait atteint les 1 120 000 $, et le montant restant pour compléter le projet s’élève à 680 000 $ qu’il faut trouver d’urgence. Cela est le but actuel de mon voyage en France, lever des fonds servant à l’urgence humanitaire des réfugiés iraquiens au Liban.

 

Quels sont les horizons d’avenir des chrétiens d’Iraq ?

 

Je ne partage pas l’optimisme de certains évêques iraquiens. À mon avis, d’ici 25 ans, la situation des chrétiens d’Iraq sera semblable à celle actuelle des chrétiens de Turquie ou de la Terre Sainte, parce que les conditions de vie actuelles des chrétiens iraquiens ne permettent pas une présence durable, surtout avec l’absence d’une vision et d’une stratégie d’avenir. On a l’impression que dès qu’un chrétien naît, son but ultime est d’obtenir un passeport afin d’émigrer. La politique occidentale est partiellement responsable de cet état d’esprit, puisqu’elle encourage l’émigration, du moment qu’il faut penser à une stratégie pour rester. Dans le temps, il a été question d’acheter un grand bout de terrain au Liban pour que 3000 à 4000 familles iraquiennes chrétiennes puissent y habiter et travailler (écoles, usines, commerces). Mais les volontés politiques et ecclésiales n’ont pas convergé, et le but ultime des réfugiés iraquiens au Liban est resté d’émigrer aux États-Unis, au Canada ou en Australie. Ainsi, le périple des réfugiés iraquiens au Liban va durer probablement 25 ans, le temps que tous les chrétiens d’Iraq émigrent. Chaque vague de réfugiés reste en général entre 1 et 2 ans au Liban.

 

Mais qu’en est-il de la situation actuelle des chrétiens en Iraq, et est-ce qu’il y a vraiment une volonté de les exterminer ?

 

Des 1 400 000 chrétiens qui vivaient en Iraq, dans de bonnes conditions, sous le règne de Saddam Hussein, il reste actuellement 400 000. Quelques 100 000 vivent à Bagdad et le reste est surtout au Kurdistan. Mais la situation est différente selon les régions. À Bagdad par exemple, sur 30 églises chaldéennes, seulement 10 fonctionnent. Les autres sont désaffectées ou n’ont plus de prêtre, et parfois on n’ose tout simplement plus les ouvrir. Cependant, au Kurdistan où les chrétiens immigrent beaucoup, la situation est stable, mais je crois que c’est temporaire. Par ailleurs, il ne me semble pas qu’une volonté générale d’une extermination des chrétiens d’Iraq existe. Ce sont plutôt de petites cellules fondamentalistes qui profitent de la situation instable pour commettre des attentats.

 

En plus, le conflit entre sunnites et chiites en Iraq provoque une déstabilisation fortement défavorable aux chrétiens qui n’ont ni programme politique ni armes.

 

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 05:38

irak-chrétiensDans le journal La Croix du 30 octobre 2011. Église Sayidat Al-Najat (Notre-Dame-du-perpétuel-secours), la cathédrale syriaque catholique de Bagdad. Dans la rue interdite à la circulation, un véhicule blindé, des blocs de béton et des rouleaux de barbelés. Deux policiers en treillis montent la garde devant le portail métallique, surplombé des portraits de Wassim, 27 ans, et Taher, 32 ans, les deux prêtres martyrs massacrés le 31 octobre 2010 par un commando terroriste, avec 44 autres fidèles.

 

Dans l’édifice entièrement vide, les travaux de rénovation, financés par le gouvernement, traînent en longueur. Les murs blancs criblés d’impacts portent encore les stigmates de la tragédie. « Le choc a été difficile à surmonter », affirme le P. Aysar, 35 ans, rappelé de Rome où il achevait une thèse de doctorat sur la doctrine sociale de l’église, pour reprendre le flambeau. « L’hémorragie s’est intensifiée. Pendant quatre mois, les familles se sont succédé dans mon bureau pour demander les certificats de baptême ou de mariage nécessaires à leur dossier d’émigration. Nous souhaitons que les familles restent, mais nous pouvons d’autant moins les y obliger que nous ne sommes pas en position de leur garantir une protection. Chacun doit choisir ce qui est pour lui la meilleure solution. »

 

Insécurité et pressions

 

Plus encore que l’insécurité chronique qui touche l’ensemble de la population, une pression plus insidieuse mine les communautés chrétiennes. Menaces écrites ou verbales, racket au nom de l’« impôt islamique », diktats vestimentaires envers les femmes. Ce sont des persécutions invisibles, souvent motivées par le simple appât du gain chez des promoteurs immobiliers désireux de pousser un propriétaire chrétien à la vente. Comme si la culture hégémonique dominante au sommet de l’État, dans les institutions publiques et l’administration, avait désormais libre cours dans la société.

 

« Récemment, raconte Mgr Shlemon Warduni, évêque chaldéen, un médecin chrétien s’est vu réclamer successivement 10 millions, puis 5 millions de dinars, sous la menace que sa maison soit brûlée, et il a fini par quitter Bagdad pour le nord. » « Que peut-on faire s’il n’y a ni gouvernement, ni loi ? interroge le prélat. Vivre dans une société sans État de droit, c’est comme habiter une maison sans toit. L’émigration détruit notre culture, notre histoire, notre foi, nos églises et nos fidèles. C’est une maladie contagieuse et dangereuse face à laquelle nous ne pouvons rien. »

 

Partir ou rester ? Un an après la « Toussaint sanglante », le dilemme taraude les familles et les couples, amplifié par le constat d’impuissance des responsables religieux. « Tout le monde se sent seul, lâche Nada, 42 ans, directrice d’école. Le Vatican et les évêques font des déclarations, mais personne ne nous protège. Même les prêtres sont livrés à eux-mêmes. Toute ma famille vit à Chicago. Si mon mari n’avait pas un bon travail, nous serions déjà partis la rejoindre. »

 

Comment vivre dans une société violente ?

 

« Ma femme ne se voyait pas élever notre fille dans cet environnement, explique Faris, un ingénieur de 41 ans, qui vend sa maison et ses meubles. Le mois prochain, nous partons à Ankara, où je déposerai ma demande d’asile auprès du Haut Commissariat aux réfugiés. Nous attendrons là-bas, dans un centre d’accueil, un an ou plus s’il le faut, mais nous ne reviendrons pas en arrière. »

 

Saad, 38 ans, fait le choix inverse. « Pour une raison pratique, dit-il. Si je pars, je perds le bénéfice de plus de douze ans de travail pour créer mon entreprise de plomberie et me faire une clientèle. » Pas sûr, pourtant, qu’il résiste longtemps à la pression. « Les gens pensent à l’avenir de leurs enfants et se demandent comment ils pourront grandir dans une société aussi violente, » ajoute-t-il devant son épouse silencieuse.

 

Employée dans une banque, la jeune femme a perdu son père dans le carnage de l’église syriaque et rêve de rejoindre sa mère, sa sœur et son jeune frère restés en France après leur évacuation.

 

La question de la création d’une « province chrétienne »

 

Pour échapper au piège de l’extinction, des parlementaires et partis chrétiens prônent la création d’une province à majorité chrétienne dans la plaine de Ninive, aux confins de la province de Mossoul et du Kurdistan. Des milliers de déplacés y ont déjà grossi la population de Karakosh et de quelques autres bourgades chrétiennes.

 

Les leaders kurdes agitent en sous-main cette proposition afin de renforcer leur position dans la bataille pour le contrôle de territoires qu’ils disputent aux Arabes sunnites, en créant une zone tampon. L’idée rencontre un accueil mitigé de la part des autorités religieuses chrétiennes, divisées sur la question. « Les Kurdes veulent nous utiliser en nous mettant entre le marteau et l’enclume, affirme Mgr Warduni. Nous avons besoin de protéger nos droits de citoyens partout où les chrétiens se trouvent, pas de créer un ghetto. »

 

« Au moins, là-bas, les chrétiens sont en Irak » , répond Mgr Avak Asadourian, primat du diocèse arménien d’Irak et secrétaire général du Conseil des chefs d’Églises, tout en récusant le terme de « province chrétienne » . « Ce serait résoudre un problème en en créant un autre, souligne, de son côté, Hanaa Edwar, fondatrice d’Al-Amal, une ONG irakienne des droits de l’homme. Les Arabes sunnites de Mossoul ne l’accepteront pas. »

 

Rester, mais pour quoi faire ? À Bagdad, la question anime des chrétiens décidés à jouer un rôle dans la construction du nouvel Irak aux côtés des musulmans, et pas seulement calfeutrés à l’abri de leurs églises-bunkers aux trois quarts désertes. Au cœur du quartier chiite Al-Jadida, la paroisse Mar Eliya compte aujourd’hui moins de 300 familles contre 2 500 il y a dix ans.

 

Adossée à l’église, l’école paroissiale, fondée en 2005, accueille 800 enfants, dont 75 % de musulmans. « Si vous voulez vous plaindre, partez, si vous décidez de rester, vivez ! Voilà ce que je dis à mes paroissiens » , lance le père Douglas Al Bazi, 39 ans, un des dix derniers prêtres chaldéens en activité dans la capitale. « J’aimerais que l’Église ne culpabilise pas ceux qui partent et soit le meilleur avocat de ceux qui restent. En 2006, j’ai été kidnappé pendant neuf jours. Les mauvais traitements ont ruiné ma santé, mais cette expérience m’aide à partager la peine des très nombreux Irakiens qui ont subi le même sort. »

 

« Notre salut viendra de l’extérieur, martèle le dominicain Yousif Thomas Merkis. Plus on est minoritaires, plus il faut sortir de l’enfermement et s’ouvrir au dialogue avec les autres. Les chrétiens ont toujours été en pointe dans le secteur de la santé, de l’éducation et de la culture. Leur contribution dans ces domaines reste très appréciée et nous sommes sollicités pour participer à la réforme du système éducatif. »

 

Des rencontre encourageantes avec des chiites

 

Sous l’impulsion des dominicains de Bagdad et de plusieurs personnalités musulmanes, les échanges se multiplient entre intellectuels et religieux chrétiens et chiites. L’université de Nadjaf accueillera en avril prochain un colloque sur le dialogue entre les religions. Toujours à Nadjaf, la ville sainte chiite, Jawad Al Khoei, petit-fils du grand ayatollah Qasim Al Khoei, va créer un institut ouvert à l’enseignement des autres religions. Dans un autre registre, l’organisation Caritas soutient un programme de formation de « réconciliateurs » chrétiens et musulmans.

 

Reste le défi de l’influence pour une minorité en mal de représentation politique. « Nous devons avoir une voix forte dans les allées du pouvoir pour obliger le gouvernement à agir » , tranche Mgr Avak Asadourian. Encore faudrait-il s’entendre sur une vision de l’avenir. « Les chrétiens souffrent d’un déficit d’analyse politique qui remonte à l’époque de Saddam Hussein, constate l’archevêque latin Mgr Jean Sleiman. Des questions comme le fédéralisme, les relations entre le centre et les régions méritent une sérieuse réflexion. »

 

Au printemps dernier, une rencontre a réuni pour la première fois les leaders religieux et politiques chrétiens. Un premier pas timide pour discuter, clarifier, examiner les projets et les solutions.

 

Une minorité mal représentée

 

À la Faculté des sciences politiques où il donne un cours sur les droits de l’homme, Firas, doctorant de 31 ans, se sent parfois un peu seul au milieu de ses collègues musulmans. « L’année dernière, deux étudiants chrétiens ont obtenu leur diplôme. Cette année, il n’y en aura aucun… Au Parlement, les députés chrétiens ne jouent aucun rôle. Ce dont l’Irak a besoin, c’est un gouvernement laïque. »

 

Répartis au sein de plusieurs formations politiques, les députés chrétiens au Parlement sont largement ignorés de leur communauté, soupçonnés de poursuivre des intérêts personnels ou de servir de supplétifs à la représentation kurde.

 

Dernière halte à l’église syriaque Mar Behnam, dans le quartier Ghadir. Ghazwan Jabri, 41 ans, architecte, assure la catéchèse depuis quinze ans dans la paroisse, avec sa femme Raghad, 38 ans, directrice du jardin d’enfants. « Les évêques font ce qu’ils peuvent, mais les chrétiens ne font pas partie de l’équation. Nous sommes une minorité et nous n’avons aucun pouvoir. Moi aussi, j’ai une responsabilité envers mes deux enfants et j’ai pensé à partir. Les chrétiens ont bonne réputation dans ce pays et nous devons la maintenir. Nous devons vivre nos jours et être heureux, autant que nous le pouvons. »

 

 

François d’Alançon

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 06:11

La VieL'hebdomadaire La Vie à relaté pendant tout l'été sur son site le périple de l'association Fraternité en Irak. Dans l'article du 17 août, Anne-Claire Tranchant témoigne de deux semaines passées au Kurdistan auprès des minorités religieuses persécutées, l'occasion de découvrir toute la richesse du christianisme d'Orient. Retrouvez tous les articles publiés cet été sur le site lavie.fr.

 

Notre voyage en Irak fut l’occasion, non seulement de rencontres fortes, mais aussi de découverte de l’histoire de l’Eglise locale. Au gré des déplacements, nous marchons sur les traces de saints qui ont fait l’Eglise d’Orient. Avant de quitter Kirkouk, nous passons par l’église rouge, non loin de la citadelle. Tous les vendredis de Pâques, fête de la Toussaint pour les chaldéens, la communauté chrétienne s’y réunit pour demander intercession de ses martyrs. Au III° siècle, des centaines de chrétiens y furent exécutés par le gouverneur zoroastrien de la ville. Il leur avait donné le choix entre payer le tribut et se convertir. Ces gens n’avaient pas d’argent… On raconte que le sol est devenu rouge, imbibé de leur sang.

 

Durant le massacre, le commandant des soldats, Tarmasgat, a vu les âmes des martyrs monter au Paradis, le long d’une échelle. Intrigué, il demande alors une explication. A la réponse qu’ils montaient vers Dieu qui les accueillait dans la Vie, il décide de se convertir. Fort de sa nouvelle foi, il a demandé à être exécuté à l’endroit même où il avait fait massacrer ses frères en Christ. Bien plus tard, les Ottomans en ont fait une caserne que les Anglais ont bombardée lorsqu’ils ont pris possession de la ville. Aujourd’hui, une chapelle a été reconstruite, entourée du cimetière chrétien, d’où l’on domine une partie de la ville.

 

Continuant notre itinéraire spirituel, nous visitons l’église de la sultana Mahadokht à Araden, non loin d’Ahmadiyah. La sultana était fille d’un roi Perse. Elle fuît son royaume avec son frère et Mar Matthieu, le moine qui les avaient convertis, afin d’éviter la mort pour avoir abjuré le zoroastrisme. Elle est rattrapée et exécutée à Araden. Par la suite, alors que son père a été blessé à la guerre, elle lui apparaît et le guérit. Cette église, dont les fondations datent du IV° siècle, est un lieu de pèlerinage même pour les musulmans. On vient y demander des guérisons, des enfants… Tous les 15 mai, pour la grande fête de la sultana, un immense rassemblement a lieu. De tout le pays, les gens viennent camper aux alentours pour participer aux festivités. L’église est entourée d’un halo de mystère. Elle aurait échappé à des tirs d’armes à feu durant les diverses guerres. Un jour, des voleurs auraient voulu la piller. Ils se sont retrouvés enfermés. Tentant de sortir par les fenêtres, leurs têtes y sont restées. Des traces rouges sur le mur auraient été dessinées par leur sang qui coulait. Dans la chapelle résonne pour nous le chant en araméen d’abouna Samir qui nous accompagne.

 

Nous rejoignons un autre grand saint : Mar Hormizd. Moine dans plusieurs monastères, il y a fait plusieurs miracles (résurrection, changement d’eau en huile…). A la fin de sa vie, il se sent appelé à partir. Au début du VII° siècle, il fonde un monastère à Al Qosh où il est enterré. Aujourd’hui, les moines demeurent plus bas dans la plaine. Nous goûtons donc la joie de monter un peu dans les hauteurs vers la tombe du saint. Le monastère est la résultante d’une superposition de constructions. Le plus surprenant se trouve en ses tréfonds. Quatre chapelles se succèdent, que nous visitons éclairés à la bougie. Nous prions sur la tombe de Rabban Hormizd. Puis nous entrons dans les souterrains. Dans la cellule du saint, il reste un crochet au plafond. On dit qu’il s’attachait les mains levées, comme Moïse face aux Amalécites, pour ne pas s’endormir et prier devant la croix gravée au mur. On dit aussi que celui qui traverse la cellule les yeux fermés et touche de sa main tendue le centre de cette croix verra son vœu exaucé. Notre guide, patient, nous regarde nous exécuter l'un après l'autre.

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Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 05:35

Sleiman-copie-1.jpgLe Puy-en-Velay. L’archevêque latin de Bagdad était l’invité d’honneur des fêtes de l’Assomption. Il évoque le thème de « Marie, mère de l’espérance » et revient sur la situation des chrétiens d’Irak. Une interview parue dans le journal Le Progrès le 16 août 2011.

 

Lire plus bas également un article sur la participation de 20 jeunes irakiens aux JMJ de Madrid grâce à l'association Initiatives Chrétiens d'Orient. Une info du site infocatho.cef.fr 

 

>> Mgr Sleiman, vous avez été choisi pour présider les fêtes mariales du Puy-en-Velay. Connaissiez-vous ce site ?

Je n’étais jamais venu mais j’en avais beaucoup entendu parler. Ma première impression, c’est qu’ici, il y a plus que ce que l’on voit, on ressent les racines anciennes. La France est un pays très marial avec de nombreux hauts lieux. Il n’existe pas seulement Lourdes, je pense bien sûr au Puy-en-Velay, mais aussi à Lyon… Dans de nombreux endroits, la Vierge Marie est vénérée, elle accueille les gens et est présente dans la vie de beaucoup de personnes. La Vierge Marie représente l’humanité, on se reconnaît en elle.

 

>> Justement le thème de cette année est : « Marie mère de l’espérance, nous te saluons ». Quelle interprétation en faites-vous ?

Ce thème a été très bien choisi. Car Marie est certainement la mère de l’espérance. C’est celle qui a cru parce qu’elle a vécu l’espérance. L’espérance est ce qui maintient dans la foi. La vie de Marie a été faite de beaucoup d’aventures spirituelles et humaines dans le fruit de l’espérance. Si elle l’a vécue, elle peut en témoigner et aider les autres à en vivre. Marie est une mère. Et c’est dans la maternité que l’espérance est la plus visible, la plus forte et la plus vécue. La maternité est le triomphe de la vie sur ce qui peut la menacer.

 

>> Vous parlez du « triomphe de la vie sur ce qui peut la menacer », vous êtes archevêque de Bagdad et vous avez encore le souvenir douloureux de l’attentat contre une cathédrale dans cette ville en octobre 2010 (42 morts et plus de 50 blessés, NDLR). Aujourd’hui, quelle est la situation pour les chrétiens en Irak ?

Ce massacre dans cette cathédrale a marqué l’histoire des chrétiens d’Irak mais aussi du pays. Désormais, il y a un avant et un après. Ce drame a dépassé toutes les limites dans la manière dont la haine et la gratuité se sont manifestées. Pourquoi s’attaquer à des chrétiens en train de prier ? Les retombées pour les chrétiens d’Irak sont tragiques. Cette tragédie n’a pas seulement été l’assassinat de gens qui priaient car l’espérance a, elle aussi, été assassinée. Ceux qui avaient résisté à la tentation d’émigrer n’en ont plus eu la force. Beaucoup sont partis et continuent à partir, ce massacre étant devenu un argument définitif. Mais heureusement, l’histoire humaine ne s’arrête pas là. Le XX e siècle a connu son lot de guerres, l’Holocauste, et malgré tout, l’histoire continue et la vie reprend le dessus. Il y en a qui se relève…

 

>> Au moment de cet attentat, vous évoquiez des causes politiques, est-ce toujours votre avis aujourd’hui ?

Oui je le pense toujours. Mais nous n’avons eu aucune réponse. On ne donne jamais les vraies réponses et les vrais coupables. C’est à l’État et à la justice de faire son travail. Mais, rien n’est fait. Ces huit dernières années, il y a eu de nombreux attentats contre des chrétiens mais aussi des chiites et des sunnites. On ne connaît jamais les commanditaires. Par contre, on peut compter les victimes, car elles, on sait qui elles sont !

 

>> Est-ce que cela a cristallisé les relations entre les chrétiens et les musulmans ?

Il est faux de penser qu’il y a une guerre entre chrétiens et musulmans. Il existe certes une résurgence du fondamentalisme mais comme partout ailleurs. Ces fondamentalistes sont effectivement dangereux car ils détruisent l’intégrité pour pouvoir exister seuls. En revanche, il existe le dialogue de la vie qui finit souvent par l’emporter. Il y a beaucoup de belles choses dans ce sens-là entre ces deux communautés. Ce dialogue est affaibli parce qu’il se passe mais il est toujours vivant.

 

>> D’autres conflits secouent la Libye ou la Syrie. Quel regard portez-vous sur l’évolution du Moyen-Orient ?

Je souhaite qu’on ne regarde pas ingénument ce qui se passe dans ces pays. À mon sens, le terme de Printemps arabe n’est pas bon. Les peuples du monde arabo-musulman ont été maltraités par leurs gouvernements, qui bien souvent étaient des régimes dictatoriaux. Cependant, ce qui se passe actuellement n’est pas clair, il existe des ambiguïtés. Et je crains que de remplacer ces régimes par d’autres avec la présence de la religion soit une erreur. Lorsque la religion est appliquée en politique, cela donne des régimes encore plus totalitaires. Je pense que l’on va avoir des lendemains qui déchantent. En Égypte, le symbole d’Hosni Moubarak, malade, sur un lit derrière les barreaux d’un tribunal, est significatif du renversement des puissants par d’autres puissants. Quant à la Libye, dont la situation est devenue un sujet international, et je ne justifie en rien l’action de Kadhafi, c’est beaucoup plus compliqué que ce qu’il n’y paraît. À qui va profiter sa chute ?

 

>> Lorsqu’on vous a proposé de présider ces fêtes, beaucoup ont vu un signe de solidarité avec les chrétiens du Moyen-Orient…

Je prends cette invitation avec beaucoup de gratitude. C’est un enrichissement spirituel et un signe d’espérance.

Une manière de vivre une communion hautement symbolique. Alors, oui, j’ai vu un signe de solidarité.

 

>> On parle beaucoup de la crise des vocations, de la baisse des fidèles. Comment percevez-vous l’Église catholique occidentale ?

En Europe, et notamment en France, il y a certainement une baisse mais ce n’est pas aussi dramatique partout. Dans d’autres pays, on connaît une augmentation de croyants. Le catholicisme est éprouvé dans son espérance. Il y a certainement un monde qui meurt, et un autre naît. Mais ce n’est certainement pas la fin de notre Église.

 

Propos recueillis par Karine Wierzba

 

 

DES JEUNES IRAKIENS SERONT AUX JMJ

20 jeunes catholiques chaldéens de Kirkouk participeront aux JMJ de Madrid grâce à " Initiative Chrétienté d'Orient". Ils seront accompagnés par un groupe de jeunes Français qui séjournent depuis plusieurs semaines dans le nord de l'Irak.

 

Au nord de l’Irak, les chrétiens forment en effet un pont avec l’Islam. L'Occident doit donc faire plus pour eux ». C’est par ces mots que le professeur Hans Hollerweger, cofondateur d' « Initiative Chrétienté d’Orient » (ICO), a attiré l’attention sur la situation des chrétiens d’Irak. Tandis qu’ils doivent craindre pour leur vie dans le sud du pays, à Bagdad, ainsi qu’à Mossoul, ils peuvent vivre plus en sécurité au Kurdistan irakien, affirmé le professeur Hollerweger, qui fut professeur de liturgie à Linz sur le Danube (Autriche) jusqu’en 1995.

 

Les deux tiers des chrétiens nord-irakiens appartiennent à l’Église catholique chaldéenne, environ un tiers sont syro-catholiques, syro-orthodoxes ou arméniens. "Ce sont de vieilles Églises qui ont toujours été là, et ont entretenu pendant des siècles des rapports pacifiques avec leurs voisins musulmans", explique le professeur Hollerweger.

 

"Initiative Chrétienté d'Orient" (OIC) aide à faire connaître les chrétiens au Moyen-Orient, depuis plus de 20 ans à les soutenir financièrement et à permettre des rencontres. Le soutien à la jeunesse irakienne est l'un des 30 projets d'aide, que l'OIC effectue chaque année.

 

Elle soutient également dans le diocèse de Zakho, les villages de réfugiés chrétiens. Par exemple, cette année ICO a déjà réalisé 27 projets, dont la création d'une serre dans le village de Nafkandala et des maisons pour 60 familles chrétiennes. D'autres projets dans la région sont en cours pour l'approvisionnement en eau, les installations de pépinières, l'achat de minibus pour le transport des étudiants ou l'aide médicale.

 

Dans les années 1970, fles chrétiens furent expulsés de leurs terres dans le nord de l'Irak, par le régime de Saddam Hussein et ils avaient dû fuir vers Bagdad ou vers le sud de l'Irak. Depuis 2003, beaucoup sont retournés devant la terreur islamiste des villes vers leurs zones rurales d'origine.

 

Malgré des nombreuses histoires d'horreur de la terreur et de la violence en Irak, il y a aussi quelques signes positifs, par exemple la récente inauguration de l'église St. Paul à Kirkouk et petite église temporaire dans le village de Sikanayan à 10 kilomètres de Kirkouk.

 

La construction a été rendue possible grâce à de nombreux dons, y compris le président Jalal Talabani qui a donné 10.000 $. A la cérémonie d'inauguration ont assisté des représentants des autorités et des religieux musulmans.

 

Sikanayan a été construit par le gouvernement kurde comme un village purement chrétien, 40 familles ont déjà construit leurs maisons, 160 autres familles ont été choisies pour Hollerweger signalés. Avec ce projet, les autorités ont voulu encourager les chrétiens qui ont fui Bagdad en particulier, à rester dans le pays et ne pas émigrer.

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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 06:03

Irak carteIrak : nouvel attentat anti-chrétien à Kirkuk. Article paru le 02/08/2011 sur le site de l'Oeuvre d'Orient.

Le Père Pascal Gollnisch, directeur général de l'Oeuvre d'Orient lance un appel aux gouvernants français et irakiens à se mobiliser pour assurer la protection des lieux de culte.

 

Tôt ce mardi 2 août, une voiture piégée a explosée devant l’église syriaque catholique de Kirkuk, au nord de l’Irak, faisant au moins 16 blessés. Deux autres églises étaient également visées.

 

L’Œuvre d’Orient dénonce les nouvelles horreurs qui ont ensanglanté une fois encore la communauté chrétienne en Irak. Ces actes terroristes étaient évitables si les mesures de sécurité nécessaires avaient été prises.

 

L’Œuvre d’Orient demande au Gouvernement français d’obtenir des Autorités irakiennes qu’elles assument leur responsabilité dans la protection des lieux de culte chrétiens.

 

L’Œuvre d’Orient espère que le Ramadan, temps de prières et de paix regardé par tous avec estime, ne serve pas de faux prétexte à de nouvelles violences.

 

Père Pascal Gollnisch -Directeur général de l’Œude d'Orient.

Turquie le 2 août 2011

 

 

Lire également l'interview du père Amir Jaje, nouveau supérieur des dominicains à Bagdad, sur le site Zenit.org Irak : Les chrétiens courent le risque d'être éliminés.Témoignage du nouveau supérieur des dominicains à Bagdad.

 

La situation des chrétiens en Irak est de plus en plus difficile, souligne le nouveau supérieur des dominicains à Bagdad, le père Amir Jaje, expliquant que certaines franges extrémistes cherchent à éliminer leur présence du pays, alors que d’autres profitent des violences pour s’enrichir.

 

« Al-Qaeda veut déraciner tout ce qui est étranger à l’islam », dit-il dans un entretien accordé à l’association internationale Aide à l’Eglise en détresse (AED).

 

Le père Jaje est aussi vicaire provincial de son ordre dans le monde arabe. Ce dernier compte deux couvents en Irak, un au Caire, un en Algérie et un confrère au Liban.

 

« Comme toutes les minorités, les chrétiens sont victimes des conflits entre grands groupes et utilisés souvent comme monnaie d’échange entre sunnites et chiites ou, comme cela est le cas dans le nord, entre sunnites et kurdes. Ces derniers soutiennent par exemple vouloir défendre les chrétiens dans la vallée de Ninive, uniquement pour s'approprier des terres appartenant historiquement aux sunnites », précise-t-il.

 

« Si un conflit devait survenir, nous chrétiens seront les premiers à en payer le prix fort ». Il souligne toutefois que « réunir les fidèles dans une zone particulière est très dangereux, et nous risquons fort d’être éliminés ».

 

Le père Jaje pense que les chrétiens devraient être sur tout le territoire irakien, évitant ainsi à celui-ci de perdre une grande richesse.

 

Interrogé sur l’état des relations entre les religions, le père Jaje a souligné la dimension un peu « abstraite » du dialogue face à un problème aussi aigüe que celui de la coexistence au quotidien.

 

Établir des relations pacifiques avec l’islam, implique « une récupération de la base commune de valeurs humaines que la guerre, dans la plupart des cas, a détruites » a-t-il ajouté. « Ce sont sur ces valeurs qu'il faut travailler pour reconstruire l'Irak », affirme-t-il.

 

Le père dominicain a décrit à l’AED un scénario dramatique : chute brutale du nombre de prêtres présents sur le territoire (sur la trentaine présents il y a six ou sept ans, il n’y en a plus que 8 de rite chaldéen) ; climat d’insécurité en hausse (un père qui sort le matin de son couvent ne sait pas s’il rentrera le soir).

 

« Mais malgré la peur, nous devons vivre et avoir foi en l’avenir », a-t-il ajouté se disant à la fois étonné et réconforté de voir que « malgré toutes les graves difficultés, la foi des personnes est très solide et le besoin d’une rencontre personnelle avec Dieu très fort ».

 

« Les terroristes peuvent tuer les personnes, mais ils ne pourront jamais nous enlever ce que nous avons de plus précieux : notre foi », a-t-il conclu.

 

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