Attentat en Egypte : les musulmans sont les premières victimes du terrorisme – Le Nouvel Obs

Attentat en Egypte : les musulmans sont les premières victimes du terrorisme
L’attaque terroriste islamiste perpétrée dans la mosquée al-Rawda de Bir al-Abed ce vendredi n’est que la suite d’une triste série.

Par Barbara Krief

L’Egypte pleure ce samedi 25 novembre les 305 personnes, dont 27 enfants, tuées la veille lors de la prière hebdomadaire de la mosquée al-Rawda de Bir al-Abed, au nord-est du pays. 128 fidèles ont également été blessés dans le carnage, perpétré selon le Parquet égyptien par une trentaine d’hommes armés portant la bannière noire de Daech, et qui n’a pas encore été revendiqué.

L’attentat, le plus plus sanglant dans l’histoire récente du pays, visait très clairement la communauté musulmane, devenue la première victime du terrorisme perpétré au nom de l’islam.

Un imam anonyme s’est confié au « New York Times », peu après le drame, se disant choqué que le tueur ait pris pour cible un lieu de culte musulman. Pourtant, les attaques terroristes envers la communauté musulmane ne devraient plus surprendre, tant elles sont courantes.

« Ce n’est pas la première fois »

« Ce n’est pas la première fois que le terrorisme frappe des musulmans », soulignait d’ailleurs et à juste titre, Jean-Yves Le Drian ce samedi, au lendemain du carnage.

Le 20 octobre dernier, un attentat perpétré dans une mosquée chiite de Kaboul, la capitale et la plus grande ville d’Afghanistan, et revendiqué par le groupe Etat islamique avait fait 56 morts et 55 blessés. Le tueur armé avait fait irruption dans la mosquée à l’heure de la prière.

En 2013, le 23 juillet, quatre mosquées sunnites d’Irak ont été massacrées dans plusieurs attentats à la bombe. Au moins 12 fidèles y avaient ont trouvé la mort.

En 2006 et 2007, des terroristes sunnites attaquaient à deux reprises la mosquée d’a-Aksari à Samarra, en Irak.

L’Irak, premier pays touché par le terrorisme

Une réalité sur laquelle se sont penchés plusieurs chercheurs, arrivant à la même conclusion : les actes terroristes sont en majorité perpétrés en Orient, et plus particulièrement dans des pays musulmans, et non pas en Occident, à contre-courant de l’imaginaire collectif qui prospère depuis le 11 septembre 2001. 

Les dernières données recueillies par l’Institute for Economics and Peace (IEP) confirment que les dix pays les plus touchés dans le monde par le terrorisme en 2016 étaient l‘Irak, l’Afghanistan, le Nigeria, la Syrie, le Pakistan, le Yémen, la Somalie, l’Inde, la Turquie et enfin la Libye. L’Inde étant le seul pays de la liste qui ne compte pas une majorité de musulmans, mais d’hindous.

L’Afghanistan, le Nigeria, la Syrie et le Pakistan comptent à eux-seuls, avec l’Irak, pays le plus touché par le terrorisme l’année dernière, les trois quart des morts liées au terrorisme dans le monde en 2016. Le pays au triste record a été victime de 2.415 attaques terroristes en 2015, coûtant la vie à 6.960 personnes. Un chiffre 30% plus bas qu’en 2014, qui prouve que l’Irak reste le pays qui souffre le plus du terrorisme.

Un tableau des 10 attaques terroristes les plus meurtrières en 2016. Global Terrorism Index (Economics and Peace).

Déjà en 2005, une étude posait le même constat, quant à la prédominance des victimes musulmanes.

Attention médiatique 

Selon les recherches de William Braniff, le directeur du National Consortium for the Study of Terrorism (START), de l’université du Maryland, lorsque le terrorisme est étudié de manière globale, il apparaît clairement que les premières victimes en sont les musulmans. Et pas seulement lorsqu’ils se trouvent en Orient. En Europe aussi, les mosquées sont la cible d’attaques terroristes meurtrières.

Le chercheur, qui commentait l’attaque terroriste perpétrée dans la mosquée de Finsbury Park à Londres, expliquait à ABC News en juin dernier :

« Au Moyen-Orient, les musulmans sont probablement les premières victimes du terrorisme mais aussi des mesures antiterroristes. »Pour le journaliste de ABC News, qui compare les répercussions médiatiques de l’attentat du 30 mai dernier en Irak et de celui perpétré lors d’un concert d’Ariana Grande à Manchester, le constat surprend pour une raison simple : les attentats qui touchent les musulmans au Moyen-Orient attirent « nettement moins l’attention des médias Occidentaux ». Ce qui a également été constaté, selon un autre chercheur du START, Erin Miller, pour les attaques terroristes perpétrées en Europe contre la communauté musulmane. Deux poids deux mesures.

B.K.

Journaliste