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CHRETIENS DE LA
MEDITERRANEE
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Voici un article du 12 novembre particulièrement éclairant sur l’un des
aspects de la politique américaine au Moyen Orient reçu des Amis de Sabeel d’Amérique du Nord et traduit par Fred Lucas du réseau Chrétiens de la Méditerranée. Par James M. Wall sur Wallwritings.
(James Wall. Directeur et président de 1972 à 1999 de la Christian Century Foundation qui édite le magazine éponyme et qui a pour objectif de faire le lien entre foi chrétienne et vie contemporaine, James M. Wall a été élu ancien de l’année par l’université de la Chicago Divinity School. Depuis 1990 il est aussi professeur adjoint de religion et de culture à la Claremont School of Theology en Californie.)
Après avoir travaillé pour cinq présidents des États-Unis, Dennis Ross a démissionné de son poste de conseiller en chef du Président Obama pour le Moyen Orient.
Les présidents Reagan, Bush I, Clinton, Bush II et Obama, sont tous arrivés à la Maison Blanche avec la volonté de redéfinir le rôle de la nation dans la recherche d’une paix durable entre Israël et les Palestiniens.
Quelquefois dès le début, quelquefois plus tard, un homme a été impliqué dans la conception de la façon dont les États-Unis géraient la question de la paix entre Israël et les Palestiniens. Au départ, son rôle était mineur ; mais à partir du moment où il a travaillé pour Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama, il était devenu l’élément clef du processus.
Cet homme est Dennis Ross, qui, sans être juriste, a été qualifié d’“avocat d’Israël” par Aaron David Miller, un ancien fonctionnaire du Département d’État.
Rachid Khalidi, le professeur d’études arabes d’Edward Said à l’université de Columbia, et un ancien collègue du Président Obama à l’université de Chicago, à qui l’Institute of Middle East Understanding (IMEU = Institut de Connaissance du Moyen Orient) demandait sa réaction a répondu : “Depuis l’administration Reagan, Dennis Ross a joué un rôle décisif dans l’élaboration de politiques pour le Moyen Orient qui n’ont jamais été au service de la paix, une paix qui est aujourd’hui plus éloignée que jamais.
Ses activités, qui ont contribué à faire croître le nombre des colons israéliens dans les territoires occupés de moins de 200.000 dans les années 80 à près de 600.000 aujourd’hui, ont été marquées par une suite d’échecs.
Il y a longtemps qu’il aurait fallu lui montrer la porte, à lui et aux politiques de faillite qu’il incarne.”
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Diana Buttu, ancienne conseillère juridique des négociateurs palestiniens et actuellement chargée de cours à l’École Kennedy de Management d’Harvard, a déclaré à l’IMEU :
“Dennis Ross a plus fait pour réduire les droits des Palestiniens et freiner leur lutte pour la liberté et l’égalité que tout autre fonctionnaire américain”.
Jim Lobe a inclus les éléments de contexte suivants dans son analyse de l’histoire de la démission de Ross :
Un diplomate de haut rang des États-Unis, l’ambassadeur Daniel Kurtzer, qui a pris part aux négociations de l’ère Clinton, a cité, dans son livre cosigné avec Scott Lasensky et intitulé “Negociating Arab-Israeli Peace” (Négociation de la paix arabo-israélienne), nombre de fonctionnaires anonymes qui critiquaient la médiation de Ross dans les années 1990.
“On avait toujours l’impression que Dennis partait des exigences israéliennes, qu’il se mettait à l’écoute de ce que voulaient les Israéliens pour tenter ensuite de le vendre aux Arabes,” leur a déclaré un négociateur arabe. “… Il n’était jamais considéré… comme une personnalité mondiale de confiance ni comme un intermédiaire honnête.”
Ross (photo ci-dessus) est l’homme des conflits politiques internes, un talent qu’il a utilisé pour accéder à son dernier poste à la Maison Blanche d’Obama.
MJ Rosenberg a écrit en janvier de cette année que l’envoyé spécial du président Obama, George Mitchell et le conseiller Ross de la Maison Blanche d’Obama étaient engagés dans une lutte d’influence implacable pour la direction de la Politique d’Obama pour le Moyen Orient. C’est Ross qui l’a emporté.
Après la démission de Mitchell, Nathan Guttman écrivait dans le “Jewish Daily Forward” : Les liens forts de Ross avec Israël le rendent maintenant indispensable à l’administration. Parmi ces liens il y a son rôle précédent de chef de l’Institut de la Politique du Peuple Juif, un think tank fondé par l’Agence Juive pour Israël.
Rosenberg signale dans l’histoire de Guttman une autre citation d’importance de la part d’un autre dirigeant juif, Abe Foxman :
“Dennis est ce que vous trouverez de plus proche d’un “melitz yosher”, quand il s’agit d’Israël,” a déclaré le directeur national de la Ligue Anti-Difamation, Abraham Foxman, utilisant l’ancien mot hébreu qui signifie avocat.
Rosenberg conclut :
Réfléchissez-y… Le lobby considère le type chargé de la politique des États-Unis à l’égard d’Israël comme un “avocat” d’Israël, et c’est le cas. (L’honnêteté de Foxman est un plaisir rare).
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Lorsque Ross va quitter la Maison Blanche à la fin de ce mois, il va retourner à l’Institut de Washington pour le Proche Orient, une succursale créée par l’AIPAC (Comité Américain pour les Questions Israélo Palestiniennes)
Ross a travaillé, avec divers titres, pour cinq présidents des États-Unis. Mais, où qu’il ait accroché son chapeau, son allégeance sioniste était clairement évidente pour ceux qu’il servait et orientait, au sein de la bulle des leaders médiatiques, religieux, politiques qui empêchent les préparateurs ou les preneurs de décision de voir toute réalité du Moyen Orient autrement que selon la version sioniste. Un récit de l’Associated Press de Jérusalem, publié dans Ha’aretz cette semaine, rend compte de la conclusion de l’une des dernières missions de Ross pour Obama, bloquer l’accès du président Abbas au Conseil de Sécurité pour éviter à Obama d’avoir à opposer un véto aux Nations Unies.
Les Palestiniens doivent recevoir quelques 200 millions de dollars au titre de l’assistance sécurité des États-Unis lorsque la direction de la Chambre Républicaine des Représentants aura mis fin à son blocage des fonds.
La républicaine Ileana Ros-Lehtinen, présidente du Comité des Affaires Étrangères de la Chambre, a informé l’administration Obama ces dernières semaines qu’elle ne bloquera pas plus longtemps les 50 millions de dollars de fonds de soutien économique pour les forces de sécurité palestiniennes et les 148 millions de dollars pour d’autres aides.
Dans des lettres distinctes au Département d’État et à USAID, Ros Lehtinen mentionnait la certification par le Président Obama que le versement de ces fonds étaient dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis et aussi que le gouvernement d’Israël ne mettait pas d’objections à cette aide. Les lettres ont été adressées en septembre et octobre.
La républicaine Ros-Lehtinen a le pouvoir de bloquer les fonds qui n’obtiennent pas une réponse positive à sa question : “Est-ce que c’est bon pour Israël ?” La question est bornée. Elle traduit sa vision étriquée de ce qui est bon pour l’Amérique.
La membre du Congrès a bloqué les fonds parce que le président Mahmoud Abbas a eu l’audace d’obtenir une écrasante victoire en faveur de l’admission de la Palestine à l’UNESCO. Ce n’est pas bien de “duper” la Mère Ros Lehtinen. Pour avoir fait cela Abbas devait ête puni.
Un vote précédent au Congrès dans les années 1990 avait déjà légiféré pour un blocage automatique des fonds destinés à tout organisme des Nations Unies qui accorderait un statut de membre à une “entité” palestinienne. À Partir du moment où l’Unesco a admis les Palestiniens, l’argent a été gelé. Ce vote des années 1990 est à situer dans le cadre du “plan à long terme de l’AIPAC”.
Le président Obama a demandé à Ros-Lehtinen de lever le blocage des fonds qu’elle gelait. Obama, Ross ou un autre sous-fifre ont exposé à la Membre du Congrès ce qu’elle savait déjà, qu’il y avait un autre vote important sur l’admission de la Palestine à venir au Conseil de Sécurité.
Obama a mis en oeuvre beaucoup de ressources américaines pour s’assurer que le président Abbas n’obtienne pas un vote favorable au Conseil de Sécurité. Abbas avait besoin de 9 voix en sa faveur pour contraindre les États-Unis à opposer leur véto.
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Le Conseil de Sécurité, plus tôt cette année, a voté par 14 voix contre 1 sur une résolution condamnant l’expansion des constructions de colonies par Israël, obligeant ce seul votant, les États-Unis, à opposer son véto.
Il s’est dit, depuis Washington jusqu’aux membres du Conseil de Sécurité, qu’Obama ne souhaite pas devoir opposer à nouveau son véto.
Il fallait adresser un nouveau message à Ros-Lehtinen pour améliorer le contexte de négociation avec les membres du Conseil de Sécurité. Le message : débloquez l’argent.
Le président a assuré Ros-Lehtinen, à ce que dit l’histoire de l’Associated Press, qu’elle pourrait justifier ce brusque changement d’avis en faisant valoir qu’il s’agit de dollars dépensés à bon escient parce que dans “l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis.”
La Membre du Congrès se posait très vraisemblablement une autre question, celle qu’il faut toujours se poser lorsque les États-Unis engagent toute action susceptible d’une incidence sur l’État d’Israël : “Avons-nous la bénédiction de Nétanyahu ?”. La réponse est arrivée par retour, oui nous l’avons.
Compte-tenu de cette pression considérable sur les membres du Conseil de Sécurité, le président Abbas a réalisé qu’il ne pourrait pas obtenir ses neuf voix au Conseil de Sécurité.
Il a décidé de changer de stratégie pour se garantir l’accès à un statut d’“état non-membre” observateur, le même que celui dont bénéficie actuelement le Vatican. Ce ne serait pas un statut de “membre à part entière” mais, implicitement, ce serait la reconnaissance de la Palestine en tant qu’état.
Sans le travail de Dennis Ross et de ses collègues pendant cinq administrations présidentielles aux États-Unis, Israël, l’AIPAC et les lobbys pourraient bien en être encore à lutter pour consolider la maîtrise totale d’Israël sur Washington. Dennis Ross a bien rempli son office.
Elliott Abrams écrit un blog dans le cadre favorable du Conseil des Relations Étrangères pour le Moyen Orient dont il est un membre éminent. Abrams considère la démission de Ross comme un plus pour les Républicains :
Le départ de Ross n’est pas un problème diplomatique pour la Maison Blanche ; c’est par contre un problème pour la campagne de réélection d’Obama.
Parce que Ross était le seul haut fonctionnaire à bénéficier de la confiance de la plupart des dirigeants juifs américains. Comme la plupart d’entre eux sont des Démocrates qui ont longtemps fait leur la confiance de Ross dans le “processus de paix” ils considéraient son rôle comme la garantie qu’une main pro-israélienne ferme, expérimentée était à la barre ou proche de la barre.
Lorsque la Maison Blanche faisait quelque chose qui nuisait de façon claire aux relations États-Unis-Israël (comme l’entretien récent Sarkozy-Obama sur la difficulté qu’il y avait à traiter avec Nétanyahu, où Sarkozy qualifiait Nétanyahu de menteur et où Obama semblait en convenir), ou bien exigeait des choses déraisonnables d’Israël (comme le gel à 100% des constructions dans les colonies), et lorsque la tonalité des relations devenaient bien plus mauvaise que sous Clinton ou Bush, les dirigeants juifs se consolaient du fait que Dennis était toujours là.
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Abrams a servi auparavant dans les administrations de deux présidents républicains, Ronald Reagan et George Bush II.
À la différence de Ross, qui a franchi les frontières de partis dans ses postes diplomatiques, Abrams est un pur républicain. Au cas où le président Obama perdrait en 2012, Abrams serait l’un des premiers favoris pour occuper un poste important sous le futur président républicain, étant le seul à posséder quelqu’expertise dans les questions du Moyen Orient. Abrams connait le domaine dans sa perspective de néoconservateur. L’éventualité d’Abrams futur homme loyal à Israël à la Maison Blanche représente une forte probabilité. Voici ce que dit Wikipedia du travail passé d’Abrams avec des présidents républicains :
Au cours de l’administration Reagan, Abrams s’est fait connaître pour son implication dans les décisions controversées de politique étrangère concernant le Nicaragua et le Salvador. Au cours du premier mandat Bush, il a servi comme adjoint particulier du président et comme directeur au Conseil de Sécurité pour les questions du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord.
Au début du second mandat de Bush, Abrams a été promu au poste de Conseiller Délégué à la Sécurité Nationale pour une Stratégie de Démocratie Mondiale, chargé de promouvoir la stratégie de Bush pour faire progresser la démocratie à l’étranger. Sa nomination par Bush était controversée en raison de sa condamnation en 1991 dans deux affaires pour avoir illégalement soustrait des informations à la connaissance du Congrès au cours de l’enquête sur l’Irangate.
L’empreinte d’Abrams est partout dans le conflit Hamas-Fatah, comme l’explique David Rose dans un essai qu’il a écrit en avril 2008 pour le magazine américainVanity Fair.
Sons le titre The Gaza Bombshell (La bombe de Gaza), Rose ouvre son essai sur ce constat : après avoir échoué à anticiper la victoire du Hamas sur le Fatah lors des élections palestiniennes de 2006, la Maison Blanche s’est impliquée indirectement dans un autre fiasco scandaleux à l’encontre du but recherché pour le Moyen Orient : moitié Irangate, moitié Baie-des-Cochons.
En s’appuyant sur des documents confidentiels, confirmés par des fonctionnaires anciens et actuels des États-Unis outrés, l’auteur révèle comment le Président Bush, Condoleeza Rice et le conseiller délégué à la sécurité nationale Elliott Abrams ont soutenu et armé une force dirigée par l’homme fort du Fatah Muhammad Dahlan, déclenchant une guerre civile sanglante à Gaza et laissant le Hamas plus fort que jamais.
Le conseiller délégué à la sécurité nationale de George Bush II n’aimerait rien mieux que de voir le départ de Dennis Ross de la Maison Blanche d’Obama ouvrir la voie à un nouveau président républicain en 2012.
Où nous laisse cette saga de négociations différées pendant qu’Israël continue à annexer des terres ? Je suggère que cela nous laisse dans le pays de John Steinbeck.
Steinbeck avait compris ce que le pouvoir produit chez ceux qui le détiennent. Il a écrit son roman classique de 1939 sur la Dépression Américaine, Les Raisins de la Colère, après un voyage dans le Dust Bowl (partie du Middle West ravagée à l’époque par la sécheresse et des tempêtes de poussière). Il était sous le choc de la pauvreté et des souffrances qu’il y avait vues.
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Steinbeck a écrit avec passion et colère. Il s’était donné 100 jours pour terminer le livre. Pendant qu’il écrivait, sa femme Carol tapait le manuscrit. Elle lui en suggéra le titre emprunté aux paroles de “The Battle Hymn of the Republic”(Le chant de guerre de la république) : “Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ; Il piétine le vignoble où sont gardés les raisins de la colère…”. Dans son Roman, Steinbeck écrit (à la page 249) :
Et les grands propriétaires, qui doivent perdre leurs terres dans une crise, les grands propriétaires qui connaissent l’histoire, qui ont des yeux pour lire l’histoire et en connaître les grands évènements : quand la propriété s’accumule dans trop peu de mains, elle leur est enlevée.
Et ce fait qui l’accompagne : quand les gens dans leur majorité ont faim et froid, ils prendront par la force ce dont ils ont besoin. Et le petit fait saisissant dont l’écho se répercute tout au long de l’histoire : la répression a pour seul effet de renforcer et d’unir ceux que l’on réprime.
Les grands propriétaires ignoraient les trois grands cris de l’histoire. La terre tombait entre des mains de moins en moins nombreuses, le nombre des dépossédés aumentait, et chaque effort des grands propriétaires était orienté vers la répression.
Cela a beaucoup de rapports avec les Territoires Occupés, en Palestine, et s’applique aux Wall Streets du monde.
La photo de Dennis Ross provient de la Ma’an News Agency. Les filles ci-dessus qui sortent d’une école de l’UNWRA sont à Gaza. Elles ne fêtent pas la démission de Ross. Elles sont tout simplement heureuses d’être au soleil. Naturellement, chaque matin elles sont heureuses d’être arrivées en sécurité à leur école.
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