À la recherche d’un vrai contrepoids politique face au Hezbollah

Les lectures de la situation politique oscillent entre un sentiment d’impuissance face au Hezbollah et l’attente d’un déblocage, soutenue par une résilience interne minimale, qui se maintiendrait tant bien que mal.

Le chef du courant du Futur Saad Hariri a fait une lecture (délibérément ?) pessimiste de la situation, lors d’un entretien à la CNN samedi dernier. « Je pense qu’il y a une décision politique de confier le Liban au Hezbollah à l’échelle régionale. Et je pense que c’est là le problème fondamental », a-t-il déclaré. L’impression d’impuissance face au blocage a été partagée hier par le ministre Akram Chehayeb. « Le pays traverse des circonstances ardues et nous ne pouvons qu’espérer que le pire ne suive pas. Notre espoir est de sortir de la crise, mais il semble que le nuage sera là longtemps », a-t-il déclaré hier, alors qu’il prenait part à une rencontre, à Kabrchmoun, avec son collègue Waël Bou Faour.
Une seconde lecture, optimiste, laisse entrevoir une nouvelle possibilité de déblocage de la présidentielle. Citant des sources diplomatiques, certains médias font état d’une entente russo-américaine dans ce sens, appuyée par la France, qui doit aboutir à un aval saoudien et iranien, en faveur de l’un ou l’autre des deux candidats du 8 Mars actuellement en lice. En outre, dans leur plaidoyer habituel en faveur du dialogue, des responsables du mouvement Amal ont glissé hier l’espoir d’un déblocage.
Le ministre Ali Hassan Khalil a affirmé que « les choses commencent à bouger et que la dernière séance électorale a montré clairement qu’elles commencent à mûrir ». L’allocution prononcée par le ministre lors de la commémoration de l’attentat de Maaraké en 1985 a surtout porté un autre élément, à portée concrète : il a valorisé l’appui par le chef du courant du Futur à la candidature du député Sleiman Frangié. « Toutes les parties sont appelées à réévaluer positivement cette importante démarche, qui a pour mérite d’avoir transcendé les terrains de litige intérieurs », a-t-il ainsi déclaré.
Ces propos pourraient sembler soutenir les efforts de médiation que le président de la Chambre avait entamée auprès du Hezbollah pour un déblocage de la présidentielle. Mais cette interprétation est affaiblie par le fait que cette médiation soit, semble-t-il, vouée à demeurer de pure forme.
Une source indépendante du 14 Mars précise en effet à L’Orient-Le Jour que l’importance de la position « inédite » du ministre des Finances est de réaffirmer implicitement le soutien du président de la Chambre à la candidature de Sleiman Frangié. Sachant que les porte-voix du 8 Mars soutiennent que seul un appui à Michel Aoun par Saad Hariri débloquerait la présidentielle, le maintien de la candidature du chef des Marada servirait en quelque sorte pour le Futur de contrepoids face au Hezbollah, lorsqu’il s’agira de négocier un compromis acceptable. Et ce contrepoids bénéficie, du moins au niveau de la présidentielle, de l’appui du président de la Chambre, Nabih Berry, et de celui du chef du Rassemblement démocratique, le député Walid Joumblatt. C’est le souci de consolider ce triptyque qui expliquerait la souplesse dont Saad Hariri continue de faire preuve dans ses rapports avec le Hezbollah, explique la source.
D’autant plus que rien, jusqu’à l’heure, ne permet d’évaluer les retombées exactes de l’offensive diplomatique saoudienne au Liban.
Lors de sa visite officielle à Paris, le prince héritier d’Arabie, Mohammad ben Nayef, aurait assuré à ses interlocuteurs français que Riyad était attaché à ses relations avec le Liban et comptait maintenir son aide au pays au niveau économique et sur la question des réfugiés, comme l’a rapporté le quotidien panarabe, al-Hayat, dans son édition d’hier. Le prince héritier a également révélé au quotidien que les responsables français ont exprimé la nécessité de « laisser la porte ouverte » à un dégel de l’aide militaire. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a néanmoins précisé ce qui a été décidé concernant les contrats de l’Arabie avec les compagnies françaises (une vingtaine), chargées de produire les armes commandées initialement pour Beyrouth. « Les contrats seront bien appliqués, mais le destinataire sera l’armée saoudienne », a confirmé le ministre saoudien à des journalistes à Paris, selon l’AFP. « Nous sommes face à une situation où les décisions du Liban sont captées par le Hezbollah. (Les armes) iront à l’Arabie saoudite, pas au Hezbollah », a-t-il ajouté, se référant ainsi à l’objectif de l’Arabie de dénoncer l’emprise du parti chiite au Liban, et d’inciter indirectement les parties libanaises à l’isoler.
Alors que ces parties continuent de « pécher par un mutisme complet face au Hezbollah », pour reprendre les termes d’une source chiite indépendante à L’OLJ, le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, a prononcé hier un virulent discours contre l’Arabie. « Fichez-nous la paix », a-t-il lancé, en assumant par ailleurs les interventions de son parti en Syrie, en Irak et au Yémen. Pour le député Ahmad Fatfat, « ce discours d’intimidation a cela de grave qu’il détourne les vérités – c’est lui qui devrait ficher la paix aux pays arabes et pas l’inverse. Il vient ainsi consacrer sa guerre ouverte dans la région et sa décision de la mener jusqu’au bout ».
Plus critiques, des milieux chiites indépendants estiment que ce discours ne s’adresse pas aux pays du Golfe, mais à sa base chiite et aux Libanais plus généralement. Il viserait ainsi à « contenir les mécontentements des chiites, des chrétiens et des sunnites qui risquent de graves pertes à cause de la crise diplomatique irano-saoudienne ». Sauf que son discours, « axé sur le prêche morale », manque d’alternatives pratiques à l’attitude saoudienne. « Il ne propose aucune aide nouvelle, susceptible d’apaiser les Libanais », soulignent ces milieux.
Cette perplexité s’expliquerait, peut-être, à l’aune de l’annonce faite hier par le président iranien Hassan Rohani, concernant une visite prochaine d’une délégation iranienne en Arabie…

Sandra NOUJEIM | OLJ
07/03/2016