Europe

Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 06:13

Moratinos.jpgDans le journal La Croix du vendredi 27 avril 2012, MIGUEL ANGEL MORATINOS L’ancien ministre des affaires étrangères espagnol constate l’effondrement des structures de partenariat mises en œuvre entre l’Europe et le Sud de la Méditerranée. Par JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN

 

L’époque est assez vertigineuse pour Miguel Angel Moratinos. L’élégant diplomate à la chevelure blanche est considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs du bassin méditerranéen. Une réputation qu’il s’est forgée de 1996 à 2003, lorsqu’il était « envoyé spécial de l’Union européenne au Proche-Orient pour le processus de paix israélo-palestinien ». Ses navettes incessantes le firent entrer dans le secret de bien des hommes d’État de la région. Ses convictions en faveur du dialogue des cultures le confortaient dans les missions de médiation qui lui étaient confiées par les Européens.

 

Ce diplomate chevronné, nommé ministre des affaires étrangères par José Luis Zapatero lorsque les socialistes revinrent au pouvoir en 2004 à Madrid, n’a pourtant pas vu venir le printemps arabe. « Ce n’est pas que nous étions aveugle, a-t-il plaidé au début du mois lors d’une conférence organisée par l’Académie diplomatique internationale, à Paris. Nous connaissions la corruption des anciens régimes, le manque de liberté, les blocages politiques et sociaux. Mais nous ne pensions pas que le changement viendrait rapidement. C’est l’improbable qui s’est produit » .

 

Quelques semaines avant le début des émeutes en Tunisie, Miguel Angel Moratinos avait en outre été bousculé par son éviction brutale du gouvernement espagnol. Après des années d’hyperactivité, ce polyglotte passionné de relations internationales s’est retrouvé spectateur, l’année de ses soixante ans.

 

Pour ce Madrilène autrefois élu dans la province de Cordoue, l’heure est donc à l’écoute, à l’observation, à la réflexion. Toujours membre du parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), il intervient dans des séminaires et des centres de recherche, lance des idées, soutient des initiatives, prêt à rebondir. Inquiet de voir les Européens et les Maghrébins accaparés par leurs propres difficultés, il appelle à construire de nouvelles institutions pour réunir les deux rives de la Méditerranée. « Il faut repartir de zéro car sur la rive sud, un monde différent est apparu. Il ne faut pas croire qu’on pourra aborder le futur de la Méditerranée avec de vieilles méthodes ou de vieux instruments. »

 

Exit, notamment, le processus de Barcelone, ce partenariat euro-méditerranéen qu’il vit naître en 1995 alors qu’il était directeur pour l’Afrique et le Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères espagnol. Exit l’Union pour la Méditerranée, lancée en 2007 par Nicolas Sarkozy dans le dos de l’Espagne. Ces initiatives ont échoué au niveau des dirigeants politiques comme au niveau de la société civile, constatet-il. « Ces démarches souffraient d’une asymétrie grave, assène-t-il. Les structures étaient imposées par le Nord à des acteurs ne disposant pas de la légitimité démocratique qui leur aurait donné une capacité à négocier. Ce partenariat s’est révélé une coquille vide de réalités politiques ».

 

Un nouveau cadre ne sera pas facile à définir. Les Européens doivent faciliter les choses en assurant la liberté de circulation, en accompagnant les mouvements de démocratisation, en préparant la création d’une Banque de la Méditerranée. Mais d’abord, explique Miguel Angel Moratinos, « les acteurs du Sud doivent débattre entre eux du type de société qu’ils veulent bâtir. À eux aussi de dire jusqu’où ils sont intéressés par un partenariat avec le Nord ». Il suggère de réunir à Tunis une « convention euro-méditerranéenne » qui permettrait « à des parlementaires, hommes d’affaires, représentants de la société civile, gens de culture » , d’échanger lors d’ « un processus constituant » qui aboutirait à de nouvelles institutions communes. Pour l’ancien ministre, le temps des utopies est revenu

 

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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 06:00

Christoph-Theobald.jpgUn article que vous pouvez retrouver sur le site de Témoignage Chrétien. Par Jean-François Bouthors. Est-il encore possible de redonner à la politique sa profondeur ? Pour le théologien Christoph Theobald, la réponse est oui. À condition de retrouver le sens de la confiance en l’homme. Une entreprise qui relève aussi de l’engagement spirituel.

 

TC : La France est en campagne électorale. On entend parfois dire que les chrétiens ont des critères particuliers à faire valoir pour choisir telle ou telle personnalité, pour soutenir tel ou tel programme. Mais le rapport que les chrétiens ont à la politique peut-il se ramener simplement à des critères ou à des valeurs qu’il faudrait appliquer ?

 

Christoph Theobald (1) : Il est effectivement tentant de traduire la tradition chrétienne en termes de valeurs, avec, au sommet le respect, étendu à tout être humain : la reconnaissance de la dignité fondamentale de l’homme, y compris le plus faible… À partir de là se posent différentes questions. Notamment, d’un côté, celle du sort des personnes très âgées ou très gravement malades, et de l’autre celle de la vie embryonnaire.

 

Puis viendraient la solidarité, la justice et ainsi de suite… Le problème de cette démarche, qui a été souvent pratiquée, c’est qu’elle ne permet pas de vraiment considérer l’extrême complexité des décisions qu’il faut prendre au niveau politique – alors que déjà, au seul plan personnel, les problèmes sont parfois très loin d’être simples.

 

Les décisions à prendre nécessitent d’évaluer les situations à partir des différentes valeurs en jeu, et d’arbitrer à partir des résultats de ces évaluations qui ne sont pas nécessairement convergentes – elles peuvent même donner des indications tout à fait contradictoires. Ce qui peut être juste pour certains risques de ne pas l’être pour d’au­tres, ou encore de ne pas suffisamment respecter la liberté ou la dignité des personnes.

 

Les choix qu’il faut faire appellent des compromis entre différents plans de valeurs qui ne s’ajustent pas immédiatement. Il n’y a pratiquement jamais de solution pure et parfaite. Il faut donc éviter tout simplisme et toute instrumentalisation des valeurs.

 

On entend beaucoup dire que cette campagne électorale déçoit, qu’elle ne répond pas aux questions que les gens se posent.

 

C’est que nous sommes devant une question beaucoup plus profonde que celle de savoir quels programmes mettent en œuvre quelles valeurs. Nous sommes de­vant la crise même de la chose politique, sur la­quelle il faut établir un diagnostic. Ce qui est en cause, c’est notre manière de cons­truire le vivre ensemble dans un lien social.

 

Qu’est-ce qui caractérise cette crise ?

 

La société est devenue radicalement non transparente : il devient très difficile de percevoir les différents enjeux – économiques, culturels, sociaux, diplomatiques, éducatifs, etc. –, et plus encore la manière dont ils sont liés les uns aux autres, leurs interrelations. Le monde paraît si complexe qu’on s’en remet au pouvoir des experts, à des technocraties, à ceux qui sont supposés connaître et maîtriser les dossiers. Nous subissons, nous devenons passifs, nous sommes tentés de nous replier sur nos communautés d’appartenance identitaires respectives – ethniques, religieuses ou autres.

 

Finalement, notre capacité d’être des citoyens, des sujets politiques, s’affaiblit et tend à disparaître. Nous avons le sen­timent que même si nous allons voter, même si nous nous exprimons dans des rassemblements, dans des manifestations ou des pétitions, cela ne suffit pas à changer notre vie quotidienne. Il semble que nous soyons pris dans la fatalité d’un destin qui nous échappe. Il faut refuser ce fatalisme et se demander comment nous allons faire en sorte de nous « repolitiser » – dans le meilleur sens du mot – pour que les citoyens retrouvent prise sur l’existence commune.

 

Il ne suffit pas d’une élection pour cela, c’est un travail de longue haleine.

 

Bien sûr. Il me semble, dans la ligne de la réflexion dessinée par la philosophe Hannah Arendt, que nous devons renouer avec un acte de foi anthropologique, séculier, que je ne perçois pas aujourd’hui dans le monde politique. Il s’agit de croire qu’autrui peut prendre en main sa liberté et avoir voix au chapitre. Il faut que notre citoyenneté crée des liens, fasse confiance à la liberté d’autrui, et s’efforce d’ajuster les libertés entre elles.

 

Autrement dit, il faut sortir de la méfiance.

 

Oui, la méfiance va avec la passivité. Notre société est traversée par une sorte de schisme vertical : la classe politique qui est extrêmement éloignée, par son mode de vie, des questions et problèmes de la vie quotidienne des personnes ordinaires. Cela suscite une profonde perte de crédibilité. Pourtant, ce n’est pas irrémédiable. En France, la vie démocratique reste vivante au niveau des communes, et l’on voit qu’il est possible à travers des conseils municipaux de qualité, dont certains impliquent les jeunes, à travers des élus vraiment engagés sur le terrain, d’apprendre aux gens à se positionner et à retrouver le sens et la pratique du débat politique à la base, sur les biens les plus élémentaires de la vie quotidienne. Ce n’est pas d’abord la couleur politique ou le programme qui comptent, mais la crédibilité des acteurs. On a be­soin de citoyens qui y croient.

 

Enzo Bianchi, prieur de la communauté de Bose, dit aussi que ce dont nous avons besoin, avant même de parler de la foi en Dieu, est de re­trouver la foi en l’homme, en l’autre. Mais quelles ressources peut-on mobiliser pour cela ?

 

Souvent, notamment en matière écologique ou économique, il est tentant de brandir la menace sur le mode : « Si nous ne changeons pas radicalement notre manière de vivre, nous allons à la catastrophe. » C’est une manière de rejoindre la tradition prophétique. On trouve cela même chez le philosophe Hans Jonas, l’un des pères du principe de précaution. C’est aussi présent dans certains passages d’Évangile, dans la bouche même de Jésus de Nazareth.

 

De fait, ce genre de « catastrophisme éclairé » peut être uti­le pour faire bouger les choses. Mais dans une société fragilisée et complexe comme la nôtre, cela risque d’être contre-productif. Et surtout, cela ne permet pas la conversion en profondeur dont nous avons besoin. Pour retrouver la foi en l’homme, nous devons mobiliser des ressources plus positives. D’abord cette foi élémentaire en la bonté ultime de chaque être humain. Cette foi qui se manifeste par le fait que les femmes mettent toujours des enfants au monde – c’est peut-être le plus grand des miracles – et qu’avec chaque nais­sance, d’une certaine ma­nière, le monde renaît.

 

Ce n’est pas en criant que des étrangers vont venir manger notre pain que l’on convainc la population française de faire des enfants, mais en raison de ressources intérieures bien plus profondes qui affirment en nous que la vie, en dernière instance, est bonne et qu’il est bon d’agir ainsi. C’est une donnée que les Écritures ne cessent de mobiliser : un appel à la capacité humaine de prendre soin d’autrui et de soi-même. Voilà une dimension que les hommes et les femmes qui s’engagent en politique se doivent de cultiver. Allons-nous nous satisfaire d’une vision darwinienne du monde – où le plus fort gagne – ou pensons-nous que l’Europe, en raison de sa grande tradition, doit être le lieu où l’on donne à la chose politique un autre vi­sage ?

 

Ne faut-il pas simultanément considérer que la démocratie est un perpétuel jeu de corrections et de réajustement, de pouvoirs et de contre-pouvoirs ? Accepter qu’elle n’est jamais parfaite et que les procédures qui permettent ce travail de réajus­tement, pour ne pas dire de « repentir pratique », comptent autant que l’idéal poursuivi ?

 

C’est une façon, nécessaire, de cesser d’idolâtrer la politique. Mais cela comporte le risque de tout voir comme provisoire ou relatif. Pour limiter ce risque, il faut s’appuyer, comme cela a été le cas notamment aux États-Unis et en France, sur une sor­te de « décalogue » des droits fondamentaux et ina­liénables. De manière plus essentielle en­core, cela né­cessite que des personnes maintiennent la crédibilité de l’ensemble par leur ma­nière d’exister. En effet, ce type de personne devient le signe qu’une entente est toujours possible, moyennant des com­promis, sans que soient humiliés ceux qui ne sont pas d’accord. D’où l’importance que l’on reconnaisse l’existen­ce d’une opposition – à condi­tion naturellement qu’elle ne soit pas systématique et que le pouvoir ne soit pas autocratique, auquel cas l’on sortirait d’une société qui se définit dans un continuel ajustement par la négociation.

 

La foi chrétienne qui affirme que Dieu a foi en l’homme, même le plus fragile, même le plus pécheur, peut-elle nous aider à vivre autrement l’engagement politique ?

 

Sans doute, mais il faut avancer prudemment sur ce terrain. Le philosophe juif Martin Buber se de­mande si le nom de Dieu n’est pas le plus ensanglanté. Ce nom est chargé de tant de drames, de tant de fausses significations, qu’on ne peut pas l’utiliser si facilement. Mais il est possible de s’inspirer de ce que l’on trouve dans la Bible qui nous rappelle que même dans tous nos esclavages résonne un appel à découvrir un vivre ensemble digne des êtres humains que nous sommes. D’une certaine façon, la politique, c’est croire que c’est toujours possible, que nous pouvons toujours nous mettre en chemin dans ce but. Les Écritures témoignent que les différences et les contradictions peuvent être transcendées.

 

Paul, dans sa Lettre aux Éphésiens, annonce que le mur de la haine est abattu. C’est un texte utopique, d’une certaine manière, mais on voit bien que certains s’engagent dans ce sens, parfois au risque de leur vie, pour agir en artisan de paix, en témoin de la vérité, dans les situations de tensions et de violence. On peut penser aux journalistes qui étaient présents dans la ville assiégée de Homs, en Syrie, dont trois sont morts.

 

Cet exemple est extrême mais il est révélateur : dans nos so­ciétés européen­nes, on voit aussi des gens qui se lèvent pour réagir face à un problème économique, social ou autre, qui cherchent et inventent des solutions nouvelles, qui suscitent des mobilisations, qui manifestent le refus de renoncer à ce que tout être humain puisse vivre dignement en communauté avec autrui. Cela peut commencer dans une école, quand un instituteur ou une directrice font vivre en­semble des enfants de cultures et d’origines différentes, leur apprennent à travailler et à jouer en commun, à régler des conflits dans la cour sans recourir à la violence, leur font découvrir la capacité de pardonner… C’est ainsi que l’on devient dans le plus beau sens du terme, des êtres politiques.

 

C’est donner à la politique une dimension très profonde.

 

Bien sûr, cela va bien au-delà de l’application mécanique d’un code de valeurs. Aller au bout de cette expérience humaine qu’est la politique, c’est aller au bout de ce que nous croyons de Dieu et de sa relation à nous. En se rappelant – et il serait bon que les chrétiens le redécouvrent – que ce n’est pas parce que nous utilisons le mot Dieu qu’il est présent, ni parce que nous ne le prononçons pas qu’il est absent… Il faut avoir à l’esprit, que seule l’autolimitation – le mot est de Hannah Arendt – de notre puissance et de nos appétits permet la vie commune. Cela va de pair avec la foi que l’autre puisse émerger et être dési­ré. C’est au fond ce que nous croyons de Dieu ; c’est ce que nous observons à travers les gran­des figures bibliques et celle de Jésus de Nazareth.

 

On pourrait dire que l’autolimitation est une figure de la sainteté : il s’agit d’espérer et de désirer qu’autrui puisse exister devant nous, et de s’en réjouir. Cela suppose évidemment, comme Jésus le manifeste dans le don qu’il fait de lui-même, d’être radicalement libre de sa propre vie et de sa propre mort. Voilà ce qui est en jeu dans ce que l’on pourrait appeler l’intimité du politique. Cette autolimitation/sainteté prend un sens très fort si l’on réfléchit à la dimension écologique de la politique ou à la question de la dette, surtout dans la perspective de la mondiali­sation : nous sommes responsables de la pla­nète sur laquelle nous vivons. Cette responsabilité, exprimée dans la Genèse, lorsque Dieu confie la Création à l’homme, nous devons l’exercer, comme dirait saint Jean, « avec douceur ».

 

Puisque nous som­mes « fils », reconnaissons donc que nous sommes héritiers de cette Création pour laquelle nous n’avons rien fait lorsque nous la recevons. Nous devons en prendre soin, non seulement pour nous, non seulement pour les deux, trois ou quatre générations qui cohabitent sur le globe aujourd’hui, mais pour toutes les générations, celles du passé à travers lesquelles nous avons reçu ce monde, et celles à venir.

 

Cela n’est pas sans rapport avec la foi en la résurrection qui établit l’unité de tous les vivants, y compris ceux qui sont déjà morts et ceux qui ne sont pas nés. C’est ce que, dans le Credo, nous appelons « la communion des saints ». Ce nouveau rapport à la vie et à la mort, à travers l’unité des générations, est peut-être l’ultime ressource d’une manière pleinement humaine de vivre la politique. Une manière qui nous conduira à nous comporter autrement avec la création et avec autrui, pour que le vivre ensemble soit, si l’on peut dire, le fruit d’une conversation entre les hommes, sans laquelle nous ne pouvons avoir, comme le suggère saint Jean, de conversation avec Dieu.

 

(1) Christoph Theobald est professeur de théologie fondamentale et dogmatique au Centre Sèvres, à Paris. Ce jésuite dirige la revue

"Recherches de science religieuse" et a publié plusieurs livres, parmi lesquels "Vous avez dit vocation ?" (Bayard, 2010), "La Réception du Concile Vatican II", (Cerf 2009) et "Le Christianisme comme style", (2 tomes, Cerf, 2007). À lire aussi « Du goût de vivre en politique », article publié dans le numéro de janvier 2012 de la revue Études.

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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 05:59

Chrisitan LochonNous publions aujourd'hui une communication de Christian Lochon, membre du réseau Chrétiens de la Méditerranée, parue en 2009 dans la revue "Mondes et Cultures" (tome LXVII-2007) et initialement prononcée devant l'Académie des Sciences d'Outre Mer.

 

Un document exceptionnel généreusement mis à disposition par l'un des meilleurs spécialistes de l'Islam.

 

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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 05:41

arton3[1]Mgr Boivineau, a été nommé, par le Conseil permanent de l'Épiscopat, président de la Commission française Justice et Paix. Secrétaire général de cet organe, discret mais reconnu comme la « voix » de l'Église sur les sujets de fond de la vie internationale, Denis Viénot nous en dévoile le rôle et l'action.

 

Justice et Paix est né il y a tout juste 45 ans, en 1967. Le point de départ, c'est la dynamique du Concile Vatican II, dont l'encyclique de Paul VI Populorum progressio (1) du 26 mars 1967. Cest là que sont les racines de l'engagement organisé de lÉglise autour des thèmes de justice et de paix, avec la création du Conseil pontifical Justice et Paix à Rome, puis linvitation faite aux conférences épiscopales de lancer leurs propres Commissions Justice et Paix. Initiée en 1968, la Commission française Justice et Paix a été créée le 14 décembre 1970, sous forme d'association autonome.

 

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Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 17:11

300311 benoit xvi[1]Chers frères et sœurs de Rome et du monde entier !

 

« Surrexit Christus, spes mea » - « Le Christ, mon espérance, est ressuscité » (Séquence pascale).

 

Que parvienne à vous tous la voix joyeuse de l’Église, par les paroles que l’ancien hymne met sur les lèvres de Marie Madeleine, la première à rencontrer Jésus ressuscité le matin de Pâques. Elle courut chez les autres disciples et, le cœur tout battant, elle leur annonça : « J’ai vu le Seigneur ! » (Jn 20, 18). Nous aussi, qui avons traversé le désert du Carême et les jours douloureux de la Passion, faisons place aujourd’hui au cri de victoire : « Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! ».

 

Tout chrétien revit l’expérience de Marie de Magdala. C’est une rencontre qui change la vie : la rencontre avec un Homme unique, qui nous fait expérimenter toute la bonté et la vérité de Dieu, qui nous nous libère du mal, non pas d’une manière superficielle, momentanée, mais il nous en libère radicalement, nous guérit de tout et nous restitue notre dignité. Voilà pourquoi Madeleine appelle Jésus « mon espérance » : car c’est Lui qui l’a fait renaître, lui a donné un nouvel avenir, une existence bonne, libérée du mal. « Le Christ, mon espérance » signifie que tout mon désir de bien trouve en Lui une possibilité réelle : avec Lui, je peux espérer que ma vie sera bonne, et qu’elle sera pleine, éternelle, car c’est Dieu-même qui s’est fait proche jusqu’à entrer dans notre humanité.

 

Toutefois, comme les autres disciples, Marie de Magdala a dû voir Jésus rejeté par les chefs du peuple, arrêté, flagellé, condamné à mort et crucifié. Voir la Bonté en personne soumise à la méchanceté humaine, la Vérité raillée par le mensonge, la Miséricorde insultée par la vengeance, a dû être insupportable. Avec la mort de Jésus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui semblait perdue. Mais cette foi ne s’est jamais évanouie totalement : surtout dans le cœur de la Vierge Marie, la Mère de Jésus, la petite flamme est restée allumée d’une manière vive, même dans l’obscurité de la nuit. Dans ce monde, l’espérance ne peut pas ne pas tenir compte de la dureté du mal. Ce n’est pas seulement le mur de la mort qui lui fait obstacle, mais plus encore, ce sont les pointes acérées de la jalousie et de l’orgueil, du mensonge et de la violence. Jésus est passé par cet enlacement mortel, pour nous ouvrir le passage vers le Royaume de la vie. Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine.

 

Et voici qu’à l’aube du jour après le sabbat, on a trouvé le sépulcre vide. Jésus se montre ensuite à Madeleine, aux autres femmes, aux disciples. La foi renaît plus vive et plus forte que jamais, désormais invincible, car fondée sur une expérience décisive : « La mort et la vie s’affrontèrent / en un duel prodigieux. / Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ». Les signes de la résurrection attestent la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la miséricorde sur la vengeance : « Le sépulcre du Christ vivant, / la gloire du Christ ressuscité, / et les anges ses témoins, / le suaire et ses vêtements ».

 

Chers frères et sœurs ! Si Jésus est ressuscité, alors – et seulement alors – est arrivé quelque chose de vraiment nouveau, qui change la condition de l’homme et du monde. Alors Lui, Jésus, est quelqu’un en qui nous pouvons avoir absolument confiance, et non pas seulement dans son message, mais vraiment en Lui, parce que le Ressuscité n’appartient pas au passé, mais Il est présent aujourd’hui, vivant. Le Christ est espérance et réconfort particulièrement pour les communautés chrétiennes qui sont les plus éprouvées par des discriminations et des persécutions à cause de leur foi. Et par son Église, Il est présent comme force d’espérance, proche de toutes les situations humaines de souffrance et d’injustice.

 

Puisse le Christ ressuscité donner espérance au Moyen-Orient, afin que toutes les composantes ethniques, culturelles et religieuses de cette Région collaborent pour le bien commun et le respect des droits humains. En Syrie, particulièrement, que cesse l’effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale. Que les nombreux réfugiés, provenant de ce pays et ayant besoin d’aide humanitaire, trouvent l’accueil et la solidarité qui puissent soulager leurs pénibles souffrances. Que la victoire pascale encourage le peuple irakien à ne ménager aucun effort pour avancer sur le chemin de la stabilité et du développement. Qu’en Terre Sainte, Israéliens et Palestiniens reprennent avec courage le processus de paix.

 

Puisse le Seigneur, victorieux du mal et de la mort, soutenir les communautés chrétiennes du Continent africain, leur donner espérance pour affronter les difficultés, les rendre promotrices de paix et artisanes du développement des sociétés auxquelles elles appartiennent.

 

Puisse Jésus Ressuscité réconforter les populations de la Corne de l’Afrique en proie à la souffrance et favoriser leur réconciliation ; qu’il aide la Région des Grands Lacs, le Soudan et le Sud-Soudan, en donnant à leurs habitants la force du pardon. Au Mali, qui traverse un délicat moment politique, puisse le Christ Glorieux accorder la paix et la stabilité. Au Nigeria qui, ces derniers temps, a été le théâtre d’attaques terroristes sanglantes, que la joie pascale donne les énergies nécessaires pour recommencer à construire une société pacifique et respectueuse de la liberté religieuse de ses citoyens.

 

Bonne fête de Pâques à tous !

 

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