Egypte

Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 06:30

wcc logo COESur le site du Conseil Oecuménique des Eglises, le 13 décembre 2011. Les Eglises d’Egypte prient et agissent pour les migrants qui fuient leur foyer par crainte des troubles politiques, de la violence et de l’incertitude de l’avenir. Il est particulièrement nécessaire de mettre en place des sociétés démocratiques stables si on veut que le “printemps arabe” porte des fruits. Sans quoi il pourrait se transformer en “hiver arabe” pour les minorités religieuses menacées de persécution.

 

David Victor R. Youssef a exprimé son inquiétude à ce sujet lors de la réunion du Réseau œcuménique mondial sur la migration (GEM) du Conseil œcuménique des Eglises (COE) qui s’est tenue à Beyrouth, Liban, du 5 au 7 décembre, organisée par le projet du COE “Communautés justes et sans exclusive” et accueillie par le Conseil des Eglises du Moyen-Orient.

 

David Youssef, qui travaille au service de l’Organisation évangélique copte pour les services sociaux, était interviewé par Naveen Qayyum, rédactrice attitrée du COE.

 

Quelle est la situation politique en Egypte après le “printemps arabe”? Et quels sont ses effets sur la migration?

 

Cette année, l’Egypte a vécu beaucoup de changements politiques, sociaux, culturels et religieux. Pourtant, ce n’est pas la fin des luttes dans ce pays.

 

La révolution égyptienne, qui a suivi la révolution tunisienne, a inspiré de nombreux soulèvements dans la région; c’est à cela que nous nous référons quand nous parlons du “printemps arabe”. Du Golfe à l’océan, les Arabes luttent finalement pour leur liberté contre les dictateurs.

 

Alors qu’on célèbre les changements politiques spectaculaires, ceux-ci s’accompagnent d’un état d’instabilité qui pousse les personnes pauvres à émigrer vers des pays sûrs afin d’y chercher une vie meilleure.

 

Bien qu’il y ait relativement moins de troubles en Egypte que dans d’autres pays, beaucoup de personnes partent pour échapper à la violence. Dans le même temps, de nombreux Egyptiens travaillant à l’étranger, confrontés au chômage, à une situation économique difficile et à des menaces pour leur sécurité, reviennent en Egypte.

 

Cependant, en réaction à la montée des groupes islamiques radicaux après l’effondrement de l’appareil sécuritaire, beaucoup d’Egyptiens, en particulier coptes, choisissent d’émigrer vers l’Occident.

 

Pouvez-vous expliquer les événements politiques récents en Egypte?

 

Le principal événement en Egypte est le renversement du régime dictatorial. Aujourd’hui, les Egyptiens espèrent fermement engager leur pays dans une véritable transition démocratique.

 

Toutefois, de nombreux facteurs contribuent à frustrer les Egyptiens, notamment le fait que le Conseil suprême des forces armées (SCAF) tarde à quitter le pouvoir pour faire place à un gouvernement civil. Beaucoup de protestataires exigent une avance plus rapide dans cette période transitoire.

 

La montée des groupes islamiques radicaux après des décennies d’oppression exercée par l’ancien régime est aussi source d’inquiétude. Aujourd’hui, ces groupes demandent à partager le contrôle de la nouvelle Egypte. Des groupes politiques tels que Al Ekhwan al Muslmūn, Al Salafi-oun et Al Ja-ma’a Al Eslamiyya détiennent maintenant (après le premier tour des élections) plus de 40 pour cent des sièges au parlement.

 

Malgré les appels à se défaire des symboles de l’ancien régime, le SCAF et le gouvernement n’ont pris aucune véritable mesure à cet égard. Ainsi, de nombreux membres du Parti démocratique national (PDN) dissous ont formé de nouveaux partis politiques et se présentent aux élections parlementaires en cours.

 

L’échec partiel des forces libérales qui n’ont pas réussi à acquérir une majorité à l’issue de la première étape des élections parlementaires est également préoccupant. Il en résulte une situation d’incertitude qui se manifeste dans l’absence de feuille de route claire pour la période transitoire.

 

Comment cette situation affecte-t-elle les chrétiens en Egypte?

 

En conséquence du manque de sécurité, les coptes sont confrontés à des violences et des tensions sectaires croissantes, comme en témoignent les incendies criminels d’églises à Atfih, Imbaba et Assouan.

 

Lors des malheureux incidents du 9 octobre, plus de 30 chrétiens ont été tués alors qu’ils protestaient contre l’incendie criminel de l’église d’Assouan.

 

La montée des groupes radicaux en Egypte a ouvert des possibilités d’établir un Etat islamique et d’imposer les lois islamiques (charia). La réaction compréhensible des chrétiens, déjà en proie à un sentiment d’insécurité, est de s’isoler de plus en plus à l’intérieur de leurs communautés religieuses.

 

Ces événements ont aussi déclenché chez les chrétiens une vague d’émigration dont la raison principale est l’incertitude politique dans le pays. Ils craignent que si le SCAF se maintient au pouvoir, l’Egypte ne demeure sous le même régime militaire que ces 60 dernières années.

 

Ils craignent également que si le programme radical des groupes politiques islamiques se réalise, par exemple par l’établissement d’un Etat islamique, il n’y ait pas de place pour les chrétiens dans cet Etat.

 

La détérioration de la situation économique force aussi des millions de citoyennes et citoyens sans emploi à chercher d’autres occasions de travail à l’extérieur de l’Egypte.

 

L’accroissement de la violence sectaire a forcé de nombreux coptes à émigrer vers d’autres pays tels que les Etats-Unis, le Canada et l’Australie. Beaucoup d’Egyptiens chrétiens se mettent en quête d’un asile religieux. Dans ces conditions, des voix s’élèvent dans la diaspora copte pour demander une protection internationale des minorités religieuses en Egypte.

 

Comment les Eglises répondent-elles à ces défis? Quelle est la réaction œcuménique?

 

Les Eglises nationales jouent un rôle décisif dans la vie sociale en Egypte. Ce sont elles qui ont sensibilisé les esprits au fait que leurs membres sont des citoyens à part entière dans leur pays.

 

De même, les Eglises s’efforcent de faire prendre conscience aux chrétiens de la nécessité de participer à la vie sociale, politique et culturelle. 

 

Certains responsables d’Eglise assistent à des manifestations politiques et sociales en vue de participer à l’organisation de la nouvelle Egypte après la révolution.

 

Le 11 novembre, une grande veillée de prière œcuménique pour l’Egypte a réuni 70 000 chrétiens de toutes dénominations au monastère de Saint Sam’an El Kharaz, de 18 heures à 6 heures du matin. Les participants ont passé toute la nuit à prier pour l’Egypte.

 

A d’autres niveaux, les Eglises sont engagées dans les services aux migrants, avec un soutien spirituel assorti de programmes spéciaux pour les réfugiés, un soutien financier pour faciliter la recherche d’emplois, des aides au logement et des secours, et des conseils pour les aider à exécuter les formalités juridiques en rapport avec les demandes d’asile.

 

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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 05:44

alazhar.jpgLa plus grande institution de l’islam sunnite veut retrouver son rayonnement, en appuyant la démocratisation de l’Égypte et le dialogue islamo-chrétien. un reportage d'Agnès Rotivel dans La Croix du 21 décembre 2011.

 

 

En juin dernier, le cheikh Ahmed Al Tayyeb, grand imam de l’université d’Al-Azhar au Caire, a créé la surprise en lisant à la télévision un document dans lequel il propose « l’établissement en Égypte d’un État national constitutionnel, démocratique et moderne », fondé sur la séparation des pouvoirs, garantissant l’égalité des droits entre citoyens et la protection des lieux de culte des trois religions monothéistes. La révolution, qui balaie l’Égypte, n’épargne pas la plus grande institution de l’islam sunnite dans le monde. Depuis son arrivée en mars 2010 à la tête de l’université, Ahmed Al Tayyeb, théologien et philosophe diplômé de la Sorbonne, constate que l’établissement, marginalisé par des années de dictature et d’obéissance au pouvoir, a perdu de son aura. Il entend « qu’elle retrouve son message universel dans le monde et son rôle de renouvellement et de modernisation de la pensée islamique en s’ouvrant à toutes les cultures », explique Mahmoud Azab, un de ses plus proches conseillers.

 

Professeur d’arabe classique et d’islamologie aux Langues orientales (Inalco) à Paris pendant de longues années, Mahmoud Azab a été choisi par l’imam pour prendre la direction du centre de dialogue de l’université. Son rôle, explique-t-il, est de « discuter des valeurs universelles reconnues par tous : liberté, justice, développement, amour, amitié, sciences, luttes contre la pauvreté, contre l’ignorance, favoriser le dialogue entre civilisations ».

Dès les premières semaines de manifestations sur la place Tahrir du Caire, cheikh Al Tayyeb a ouvert Al-Azhar à ce dialogue, en rencontrant des jeunes. Il leur déclare, se souvient Mahmoud Azab : « Vous avez le courage, Al-Azhar a l’expérience et la sagesse. Nous sommes avec vous et nous pouvons coopérer. » Le dialogue se poursuit avec toutes les forces politiques, y compris les Frères musulmans, venus « avec un discours modéré, tolérant », se souvient-il.

Ensuite, sont venus les salafistes. « Avec eux, le dialogue a eu lieu sur la base de nos principes : pluralité, diversité dans l’Islam et droit à la différence. » « Puis, sont venus les laïques, menés par le milliardaire copte Naguib Sawiras. Et enfin, les écrivains, les romanciers, les poètes, les professeurs, les libres penseurs, chrétiens et musulmans, hommes et femmes, jeunes et plus âgés. La discussion s’est engagée sur ce que doit être la nouvelle constitution, base de notre État. »

 

Beaucoup évoquent alors un « État civil », « dawla madaniyya » en arabe. « Une notion floue », reconnaît le directeur du centre de dialogue, pour qui une définition a été établie après de longues discussions autour de dix principes « comme la séparation des pouvoirs, les élections libres directes, un État fondé sur la loi, engagé sur les libertés fondamentales, le respect des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, le principe de la pluralité, la différence et le respect des religions célestes ».

 

L’accord sera formalisé dans la « déclaration d’Al-Azhar sur l’avenir de l’Égypte », publiée en juin et lue en partie à la télévision par le grand imam. Le texte veut servir de base de travail à la rédaction d’une nouvelle Constitution, prévue après les élections législatives en cours, afin de couper la route à ceux qui voudraient instaurer un État religieux. Le grand imam d’Al-Azhar a par ailleurs réuni les candidats à la présidence de la République et les chefs des partis politiques. « Musulmans, chrétiens, Frères musulmans, et même salafistes ont signé la déclaration d’Al-Azhar. La cérémonie a été filmée », rappelle Mahmoud Azab.

 

L’autre grand chantier de l’imam d’Al-Azhar est « la maison de la famille égyptienne ». Née en réaction à l’acte terroriste contre l’église Notre-Dame du Salut à Bagdad, le 31 octobre 2010, cette institution, entérinée par le pape copte Chenouda, est composée de chrétiens des quatre Églises – copte-orthodoxe, catholique, évangélique et anglicane –, de musulmans d’Al-Azhar et de personnalités musulmanes et chrétiennes, spécialistes des sciences humaines. Une trentaine de personnes forment le conseil de la « maison ». D’autres s’occupent des comités pour l’éducation, la famille ou encore les médias.

 

Le conseil fut sollicité en mai après l’incendie d’églises par des extrémistes musulmans à Imbaba, une grande banlieue du Caire, qui fit 12 morts. « On s’est réuni et on a pris une série de mesures pour que l’État applique la loi. Notre objectif est de comprendre d’où viennent ces problèmes et y apporter des solutions durables. Le discours extrémiste musulman et chrétien n’a pas de frontière », déplore Mahmoud Azab.

 

« On ne peut plus comme au temps du président Moubarak, fermer les yeux sur les conflits islamo-chrétiens. Nous devons les mettre sur la table», estime-t-il. « En faisant toutefois la part des problèmes socioculturels, et des conflits de religion. En Haute-Égypte, un acte sexuel hors mariage est interdit en islam. S’il se produit entre une chrétienne et un musulman, on parle de conflit religieux. Or, la religion n’a rien à voir avec cela. Une dispute entre deux voisins, un musulman, un chrétien, sur un morceau de terre, ne doit pas se transformer en problème religieux. C’est au conseil de la maison égyptienne de les analyser puis d’envoyer une déclaration aux médias, disant que les violences qui se sont produites en Haute-Égypte sont des problèmes que les tribunaux civils doivent trancher, que les coupables doivent être punis, sans pour autant parler de religion. »

Pour Mahmoud Azab, il ne fait pas de doute que « la révolution est une chance. Elle permettra de planter les valeurs du changement dans notre société ».

« Une dispute entre deux voisins, un musulman, un chrétien, sur un morceau de terre, ne doit pas se transformer en problème religieux. »

 

REPÈRES

UN LIEU D’EXCELLENCE, EN QUÊTE D’INDÉPENDANCE

• En plein cœur du Caire, aux abords du souk du Khân- ElKhalili, se tient l’université d’Al-Azhar, construite il y a 1 050 ans. Créée par une dynastie musulmane chiite, les Fatimides, qui régnèrent de 909 à 1171, sa mission était d’enseigner la doctrine ismaélienne. La dynastie suivante, celles des Ayyoubides, la convertit au sunnisme. Elle devint le phare des sciences de l’islam et des sciences humaines.

• Au XXe siècle, la révolution de 1952 entraîne sa modernisation

avec l’introduction des sciences modernes, médecine, ingénierie, agronomie et des facultés de langues et de civilisations étrangères européennes et orientales. Mais ce qu’elle gagne en modernité, l’université le perd en indépendance. Le président Nasser décide de nommer le grand imam, qui auparavant était élu par un collège de savants de l’université. Le docteur Ahmed al Tayyeb, nommé par Hosni Moubarak, estime qu’il est grand temps que l’université retrouve son indépendance, et que le grand imam soit, à nouveau, élu par ses pairs.

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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 05:52

aswany460-1-.jpgAlaa El Aswany, l ’auteur de L’Immeuble Yacoubian, be s t - s e l l e r dans le monde arabe, n’est pas seulement l’un des romanciers égyptiens les plus connus en Europe. C’est aussi un militant politique actif. Un article du journal La Croix en date du 26 novembre 2011. A télécharger ici.

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 06:18

Révolution en Egypte 2011Nous publions aujourd'hui le témoignage d'un jeune Copte égyptien commentant la situation actuelle au Caire et en Égypte (source : Assyrian International News Service) ainsi qu'une dépêche de l'agnce Zenit.org intitulée "Egypte : Les chrétiens condamnent la répression" et diffusée le 24 novembre. Mais tout d'abord, nous vous invitons à télécharger l'impressionnant document transmis par Ramez et Becky Atallah qui nous invitent à joindre nos prières à celles des Égyptiens croyants pour leur pays. Ce document montre près de 70.000 Egyptiens Chrétiens de toutes dénominations, orthodoxes, catholiques, protestants, évangéliques, etc… rassemblés dans l’Eglise Saint Simon, creusée dans le plateau du Moquattam, du 11 novembre 18h00 au 12 novembre dernier 6h00 am, pour prier ensemble, suite au massacre des coptes par l’armée (voir la traduction de ce document par Fred Lucas en fin de cet article ci-dessous).

 

 

 Témoignage d'un jeune Copte égyptien :

 

Alors que depuis des jours et des jours, des dizaines et des dizaines de milliers d’Égyptiens, essentiellement des jeunes, occupent la place Tahrir du Caire pour exiger la fin du régime de la junte militaire et un espoir de gouvernement représentatif et unitaire, alors que la répression féroce se poursuit contre ceux qui ne se laissent pas impressionner, laissant blessés et morts (au moins une cinquantaine) sur le terrain, Assyrian International New Service rapportait hier des commentaires d’un Copte égyptien, Nagui Damian, 30 ans, sur la situation confuse que traverse son pays. En voici quelques extraits traduits. D.H.

La situation est très instable et imprévisible. Les jeunes, chrétiens et musulmans, sont confiants qu’une Égypte démocratique et laïque peut être créée. Et c’est pour cela que nous nous battons (…) Si les groupes radicaux islamiques l’emportent, alors une guerre civile éclatera probablement (…) Le massacre des coptes le 9 octobre, qui s’est soldé par 28 morts, a rassemblé chrétiens et musulmans. Depuis cela, les musulmans modérés ont exprimé leur solidarité aux chrétiens, et ont accusé les militaires de tenter de diviser la nation (…) Au cours des six mois écoulés, différents parti pro démocratiques ont été créés, rassemblant coptes et musulmans. Les divisions persistent, mais tous, chrétiens ou musulmans, combattent côte à côte contre les militaires et pour une nouvelle Égypte. Cela fait des jours qu’ils occupent la place Tahrir (…) À présent, ce sont les Frères musulmans et les salafistes qui mènent la danse. Cela fait des décennies qu’ils attendaient de pouvoir prendre le pouvoir, et ils sont bien organisés. Contrairement à nous, les jeunes, ils sont aussi bien financés (…) Ces derniers mois, les Frères musulmans n’ont cessé déclarer qu’ils emporteraient une majorité de sièges si une élection était organisée. Cela est fondé sur une élection au conseil de l’ordre des médecins qu’ils ont remportée et qu’ils extrapolent pour annoncer une future victoire (…) Chez nous, nous sommes très divisés sur ce qu’il convient de faire : [certains] pensent que remettre à plus tard l’élection profiterait aux militaires. D’autres sont convaincus que voter dans une situation aussi tendue que celle que nous connaissons, est impossible. Le risque de manipulation et de nouvelles violences est trop fort. Les gens devraient pouvoir participer à l’élection sans éprouver de peur. Beaucoup de chrétiens fuient le pays. Ils craignent une victoire des partis islamiques. Des prêtres, catholiques et orthodoxes, et les membres les plus engagés de la communauté font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher cet exode. En ce moment, la communauté doit demeurée unie. Notre devoir c’est de rester sur place et de rendre possible des élections libres. Nous les chrétiens, nous voulons faire de notre mieux pour ces élections. Et nous devons le faire avec les musulmans modérés qui sont opposés à la mainmise des Frères musulmans et prêts à soutenir les mouvements pro démocratiques ».

Daniel Hamiche

   

Egypte : Les chrétiens condamnent la répression

Des morts et des blessés place Tahrir

ROME, jeudi 24 novembre 2011 (ZENIT.org)

 

Des dizaines de milliers de manifestants continuent de se rassembler sur la place Tahrir, au Caire, pour protester contre le ralentissement des réformes entreprises depuis la démission de l’ancien président Hosni Moubarak, il y a neuf mois.

 

Les forces militaires ont pris des mesures drastiques pour tenter de disperser les manifestants et , selon des sources médicales sur place, des heurts auraient fait entre 25 et 40 morts et plus de 1.500 blessés.

 

Des manifestations et affrontements ont aussi été rapportés à Alexandrie, Port-Saïd et d’autres villes.

 

L’évêque copte catholique de Guizeh, ville proche du Caire, Mgr Antonios Aziz Mina, a pris la défense des manifestants et vivement condamné l’action militaire : « Les autorités n’ont aucun droit de tirer contre des gens pacifiques », a dit l’évêque.

 

Interrogé par l’association internationale l'« Aide à l’Eglise en détresse » ( AED), il a expliqué qu'aussi bien les chrétiens que les musulmans sont descendus dans la rue pour « dèfendre les droits de l’homme ».

 

Ces rassemblements ont lieu à la veille des premières élections législatives depuis la chute de Moubarak, qui doivent débuter le 28 novembre, et s'étaleront sur près de quatre mois.

 

L’armée, qui tient les rênes du pays depuis la démission du raïs le 11 février, a promis de céder le pouvoir aux civils une fois élu un nouveau président. Toutefois aucune date n’a encore été fixée pour cette échéance qui pourrait ne pas avoir lieu avant la fin 2012 voire 2013.

 

Les relations entre l’Eglise copte et les dirigeants militaires sont particulièrement tendues, surtout depuis les attaques contre des manifestants chrétiens au Caire, le mois dernier. Celles-ci ont fait au moins 25 morts et des centaines de blessés.

 

Jeudi dernier, des centaines de chrétiens coptes ont effectué une marche pour réclamer justice pour ces victimes. Ils ont été attaqués par des personnes qui lançaient des pierres et des bouteilles : 25 personnes environ ont été blessées.

 

A l’occasion de l’entretien avec l'AED, Mgr Aziz a fait savoir que le régime n’avait toujours pas répondu aux demandes des manifestants d’alléger les restrictions au culte chrétien et à l’édification d’églises.

 

 

Un remarquable rassemblement de prière en Égypte

Wafik Wahba

(traduction du document en téléchargement en début d'article)

 

Des Chrétiens égyptiens dont on évalue le nombre à 70.000 se sont rassemblés le 11 novembre 2011 pour louer, célébrer et prier à l’église St Simon du Caire pendant que des millions de gens dans le monde assistaient en direct à l’évènement sur les chaînes de télévision et par internet. Il s’agissait d’un évènement significatif à de multiples niveaux : c’était le rassemblement chrétien le plus important dans l’histoire moderne de l’Égypte ; il a réuni pour la première fois toutes les confessions chrétiennes : les coptes orthodoxes, les catholiques et toutes les branches du christianisme protestant et évangélique. La rencontre de prière qui a débuté à 18h s’est poursuivie sans interruption jusqu’à 6h le lendemain matin ! L’objectif central du rassemblement était la repentance et le pardon. Les responsables de toutes les Églises sont venus ensemble, dans une unité sans précédent, conduire la célébration et la prière de milliers de gens pour l’Égypte : “Nous sommes ici pour ouvrir nos cœurs devant le Seigneur et nous repentir pour tous nos péchés” a dit un prêtre en évoquant le prophète Joël au chapitre 2. Avant d’inviter les gens à une prière de repentance, il a rappelé à tous les responsables d’Église : “Que les prêtres qui servent le Seigneur pleurent dans le temple, entre le vestibule d’entrée et l’autel, et qu’ils supplient Dieu ainsi ‘Seigneur, aie pitié de nous ton peuple, ne livre pas les tiens à la honte, ne permet pas que les peuples étrangers se moquent de nous en disant : Que fait donc leur Dieu ?’” (Joël 2,17 – traduction de la Bible en français courant). Un autre prêtre a prié pour la guérison de la terre et pour que Dieu intervienne pour sauver le pays d’une famine catastrophique au moment où le niveau du Nil baisse à un rythme inquiétant. La force du temps consacré à la louange et à la célébration centrée sur la gloire de Dieu est proclamée une nouvelle fois sur la terre d’Égypte avec plusieurs chants sur le thème de “bénédiction sur l’Égypte”. L’un des points forts de l’évènement fut une prière de consécration, au cours de laquelle le pays et sa population furent confiés au Seigneur afin de vivre une vie sainte.

 

Cette journée historique de prière s’est déroulée dans une conjoncture très importante du fait de la situation actuelle de l’Égypte. Neuf mois auparavant, le 11 février 2011, l’ancien président de l’Égypte, Hosni Moubarak a été destitué. La révolution spontanée du 25 janvier, qui a surpris le monde, semblait avoir réussi à mettre fin à des décennies d’oppression et de corruption. Pourtant, au cours des neuf mois qui ont suivi, on n’a assisté à rien d’autre que chaos, brutalité et frustration. Plus de 12.000 personnes ont été détenues et torturées par les tribunaux militaires principalement pour avoir élevé la voix contre les injustices et le manque de liberté. Des centaines de personnes ont perdu la vie du fait du manque de sécurité. Le tourisme et l’ensemble de l’économie sont en chute libre depuis la révolution. Un sentiment de désespoir et de frustration s’empare des gens, en particulier ceux de la jeune génération, qui se sont élevés contre l’escalade des injustices et qui ont payé de leur vie leurs exigences de liberté et de droits humains. Ce sentiment de désespoir a atteint un sommet sans précédent le 9 octobre 2011 lorsque l’armée a brutalement massacré 27 chrétiens et blessé plus de 300 autres dans la basse ville du Caire. Les manifestants pacifiques, chrétiens comme musulmans, exigeaient les droits humains fondamentaux de respect des lieux de culte (des églises) qui avaient été précédemment détruits par le gouvernement. Ils ont exprimé leur frustration dans les rues en manifestant pacifiquement après des attaques répétées contre des églises, des chrétiens, des maisons et des entreprises appartenant à des chrétiens. Les manifestants furent écrasés par des chars de l’armée qui les écrabouillèrent littéralement. Ces actes barbares dont le monde entier a été témoin ont été condamnés par des gouvernements et des groupes internationaux sans que pourtant aucun mot d’excuse ne fut prononcé par des officiels égyptiens.

Entre le 28 novembre 2011 et le 24 mars 2012, les Égyptiens vont aller voter pour élire le nouveau parlement. Le prochain parlement s’est vu confier la tâche d’élaborer une nouvelle constitution et de constituer un nouveau gouvernement. Ironiquement, le processus électoral se déroule selon l’un des systèmes les plus compliqués jamais conçus sur la planète. Il y a actuellement 25 partis en compétition pour les 498 sièges du parlement. Cela va de l’extrême droite à l’extême gauche, des fondamentalistes islamiques extrémistes, plusieurs partis des Frères Musulmans, jusqu’aux libéraux et aux marxistes. Les gens vont avoir recours à la fois à un système de vote électoral et à des sondages, lorsqu’ils vont choisir leurs représentants ! Le paysage de l’Égypte est en train d’évoluer vers le pire ; les scènes précédentes de chrétiens et de musulmans unis pendant la révolution, priant ensemble sur la place Tahrir et se dressant ensemble en faveur d’un avenir commun pour leur pays ont été remplacées par un fanatisme islamique qui exclue de son programme politique les chrétiens et les musulmans modérés. Les évolutions actuelles inquiètent des chrétiens comme des musulmans, leurs espoirs et leurs désirs d’une Égypte libre et démocratique respectueuse de la liberté de religion et de la citoyenneté de tous sont en train de s’évanouir tandis qu’un système d’état islamique se profile à l’horizon.

 

Les 70.000 chrétiens qui se sont rassemblés à l’église St Simon (connue aussi comme l’église de la Grotte, au pied du Mont Mokatam qui surplombe la ville du Caire) ont une autre façon d’envisager l’avenir. Ils sont tout à fait conscients du fait qu’ils priaient à l’emplacement exact où, il y a mille ans, Dieu a répondu aux prières des chrétiens égyptiens en intervenant miraculeusement pour épargner leurs vies menacées par les agressions du calife de l’époque. Le mouvement de prière qui a pris naissance il y a plusieurs années dans des églises comme l’église de Kasr El-Dobara (située place Tahrir, le lieu où a pris naissance la révolution du 25 janvier 2011) et beaucoup d’autres, s’étend maintenant à des églises de toute l’Égypte. L’étincelle allumée par le mouvement de prière ne peut pas s’éteindre. Au cours du mois écoulé les chrétiens égyptiens ont pris conscience du fait qu’aucun gouvernement dans le monde, même ceux qui se prétendent les champions de la démocratie, ni les Nations Unies et ses commissions, ne se soucient réellement de leur situation. Leur espoir et leur confiance n’est pas dans des pouvoirs et des systèmes terrestres mais dans la puissance du Christ ressuscité à qui a été donné tout pouvoir et toute autorité au ciel et sur la terre. Quoi que l’avenir réserve aux chrétiens d’Égypte, ils savent qu’ils sont les héritiers de l’une des histoires les plus riches de la foi chrétienne. Les chrétiens égyptiens qui ont donné au monde chrétien la première école de théologie structurée à Alexandrie, le plus profond sentiment de spiritualité par le mouvement monastique et par-dessus tout l’un des plus grands nombres de martyrs chrétiens continueront à être une bénédiction pour les nations par leurs vies de prière intense, d’humilité et de service. On pourrait encore invoquer le texte d’Isaïe 19, 25 ; les chrétiens égyptiens prient avec ferveur pour que, “Le Seigneur Tout-puissant les bénisse en disant : bénie soit l’Égypte, mon peuple…”

 

 

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 06:07

Jean Jacques PerennesL'Association "Les Amis de l'Institut Dominicain d'Etudes Orientales" invite ses adhérents et tous ceux qui s'intéressent à la transition en Egypte à la conférence donnée par le Père Jean-Jacques Pérennès, o.p., directeur de l'IDEO au Caire, en compagnie de Madame Claude Guibal, grand reporter à France-Culture, chargée du Proche-Orient.

 

Jeudi 8 décembre 2011, à 20h00,

salle Albert le Grand,

222 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème

 

Entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Réservation conseillée : mail à amisideo@gmail.com

en indiquant votre nom et le nombre de places souhaité.

 

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