Nous publions aujourd'hui
le témoignage d'un jeune Copte égyptien commentant la situation actuelle au Caire et en Égypte (source : Assyrian International News Service) ainsi qu'une dépêche de l'agnce
Zenit.org intitulée
"Egypte : Les chrétiens condamnent la répression" et diffusée le 24 novembre. Mais tout d'abord, nous vous invitons à télécharger l'impressionnant document transmis par Ramez et Becky
Atallah qui nous invitent à joindre nos prières à celles des Égyptiens croyants pour leur pays. Ce document montre près de 70.000 Egyptiens Chrétiens de toutes dénominations, orthodoxes,
catholiques, protestants, évangéliques, etc… rassemblés dans l’Eglise Saint Simon, creusée dans le plateau du Moquattam, du 11 novembre 18h00 au 12 novembre dernier 6h00 am, pour prier ensemble,
suite au massacre des coptes par l’armée (voir la traduction de ce document par Fred Lucas en fin de cet article ci-dessous).
Témoignage d'un jeune Copte égyptien :
Alors que depuis des jours et des jours, des dizaines et des dizaines de milliers d’Égyptiens, essentiellement des jeunes, occupent la place Tahrir du Caire pour
exiger la fin du régime de la junte militaire et un espoir de gouvernement représentatif et unitaire, alors que la répression féroce se poursuit contre ceux qui ne se laissent pas impressionner,
laissant blessés et morts (au moins une cinquantaine) sur le terrain, Assyrian International New Service rapportait hier des commentaires d’un Copte égyptien, Nagui Damian, 30 ans, sur la
situation confuse que traverse son pays. En voici quelques extraits traduits. D.H.
La situation est très instable et imprévisible. Les jeunes, chrétiens et musulmans, sont confiants qu’une Égypte démocratique et laïque peut être créée. Et c’est
pour cela que nous nous battons (…) Si les groupes radicaux islamiques l’emportent, alors une guerre civile éclatera probablement (…) Le massacre des coptes le 9 octobre, qui s’est soldé par 28
morts, a rassemblé chrétiens et musulmans. Depuis cela, les musulmans modérés ont exprimé leur solidarité aux chrétiens, et ont accusé les militaires de tenter de diviser la nation (…) Au cours
des six mois écoulés, différents parti pro démocratiques ont été créés, rassemblant coptes et musulmans. Les divisions persistent, mais tous, chrétiens ou musulmans, combattent côte à côte contre
les militaires et pour une nouvelle Égypte. Cela fait des jours qu’ils occupent la place Tahrir (…) À présent, ce sont les Frères musulmans et les salafistes qui mènent la danse. Cela fait des
décennies qu’ils attendaient de pouvoir prendre le pouvoir, et ils sont bien organisés. Contrairement à nous, les jeunes, ils sont aussi bien financés (…) Ces derniers mois, les Frères musulmans
n’ont cessé déclarer qu’ils emporteraient une majorité de sièges si une élection était organisée. Cela est fondé sur une élection au conseil de l’ordre des médecins qu’ils ont remportée et qu’ils
extrapolent pour annoncer une future victoire (…) Chez nous, nous sommes très divisés sur ce qu’il convient de faire : [certains] pensent que remettre à plus tard l’élection profiterait aux
militaires. D’autres sont convaincus que voter dans une situation aussi tendue que celle que nous connaissons, est impossible. Le risque de manipulation et de nouvelles violences est trop fort.
Les gens devraient pouvoir participer à l’élection sans éprouver de peur. Beaucoup de chrétiens fuient le pays. Ils craignent une victoire des partis islamiques. Des prêtres, catholiques et
orthodoxes, et les membres les plus engagés de la communauté font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher cet exode. En ce moment, la communauté doit demeurée unie. Notre devoir c’est de rester sur
place et de rendre possible des élections libres. Nous les chrétiens, nous voulons faire de notre mieux pour ces élections. Et nous devons le faire avec les musulmans modérés qui sont opposés à
la mainmise des Frères musulmans et prêts à soutenir les mouvements pro démocratiques ».
Daniel Hamiche
Egypte : Les chrétiens condamnent la répression
Des morts et des blessés place Tahrir
ROME, jeudi 24 novembre 2011 (ZENIT.org)
Des dizaines de milliers de manifestants continuent de se rassembler sur la place Tahrir, au Caire, pour protester contre le ralentissement des réformes entreprises
depuis la démission de l’ancien président Hosni Moubarak, il y a neuf mois.
Les forces militaires ont pris des mesures drastiques pour tenter de disperser les manifestants et , selon des sources médicales sur place, des heurts auraient fait
entre 25 et 40 morts et plus de 1.500 blessés.
Des manifestations et affrontements ont aussi été rapportés à Alexandrie, Port-Saïd et d’autres villes.
L’évêque copte catholique de Guizeh, ville proche du Caire, Mgr Antonios Aziz Mina, a pris la défense des manifestants et vivement condamné l’action militaire : «
Les autorités n’ont aucun droit de tirer contre des gens pacifiques », a dit l’évêque.
Interrogé par l’association internationale l'« Aide à l’Eglise en détresse » ( AED), il a expliqué qu'aussi bien les chrétiens que les musulmans sont descendus dans
la rue pour « dèfendre les droits de l’homme ».
Ces rassemblements ont lieu à la veille des premières élections législatives depuis la chute de Moubarak, qui doivent débuter le 28 novembre, et s'étaleront sur
près de quatre mois.
L’armée, qui tient les rênes du pays depuis la démission du raïs le 11 février, a promis de céder le pouvoir aux civils une fois élu un nouveau président. Toutefois
aucune date n’a encore été fixée pour cette échéance qui pourrait ne pas avoir lieu avant la fin 2012 voire 2013.
Les relations entre l’Eglise copte et les dirigeants militaires sont particulièrement tendues, surtout depuis les attaques contre des manifestants chrétiens au
Caire, le mois dernier. Celles-ci ont fait au moins 25 morts et des centaines de blessés.
Jeudi dernier, des centaines de chrétiens coptes ont effectué une marche pour réclamer justice pour ces victimes. Ils ont été attaqués par des personnes qui
lançaient des pierres et des bouteilles : 25 personnes environ ont été blessées.
A l’occasion de l’entretien avec l'AED, Mgr Aziz a fait savoir que le régime n’avait toujours pas répondu aux demandes des manifestants d’alléger les restrictions
au culte chrétien et à l’édification d’églises.
Un remarquable rassemblement de prière en Égypte
Wafik Wahba
(traduction du document en téléchargement en début d'article)
Des Chrétiens égyptiens dont on évalue le nombre à 70.000 se sont rassemblés le 11 novembre 2011 pour louer, célébrer et prier à l’église St Simon du Caire pendant que des millions de gens dans
le monde assistaient en direct à l’évènement sur les chaînes de télévision et par internet. Il s’agissait d’un évènement significatif à de multiples niveaux : c’était le rassemblement chrétien le
plus important dans l’histoire moderne de l’Égypte ; il a réuni pour la première fois toutes les confessions chrétiennes : les coptes orthodoxes, les catholiques et toutes les branches du
christianisme protestant et évangélique. La rencontre de prière qui a débuté à 18h s’est poursuivie sans interruption jusqu’à 6h le lendemain matin ! L’objectif central du rassemblement était la
repentance et le pardon. Les responsables de toutes les Églises sont venus ensemble, dans une unité sans précédent, conduire la célébration et la prière de milliers de gens pour l’Égypte : “Nous
sommes ici pour ouvrir nos cœurs devant le Seigneur et nous repentir pour tous nos péchés” a dit un prêtre en évoquant le prophète Joël au chapitre 2. Avant d’inviter les gens à une prière de
repentance, il a rappelé à tous les responsables d’Église : “Que les prêtres qui servent le Seigneur pleurent dans le temple, entre le vestibule d’entrée et l’autel, et qu’ils supplient Dieu
ainsi ‘Seigneur, aie pitié de nous ton peuple, ne livre pas les tiens à la honte, ne permet pas que les peuples étrangers se moquent de nous en disant : Que fait donc leur Dieu ?’” (Joël 2,17 –
traduction de la Bible en français courant). Un autre prêtre a prié pour la guérison de la terre et pour que Dieu intervienne pour sauver le pays d’une famine catastrophique au moment où le
niveau du Nil baisse à un rythme inquiétant. La force du temps consacré à la louange et à la célébration centrée sur la gloire de Dieu est proclamée une nouvelle fois sur la terre d’Égypte avec
plusieurs chants sur le thème de “bénédiction sur l’Égypte”. L’un des points forts de l’évènement fut une prière de consécration, au cours de laquelle le pays et sa population furent confiés au
Seigneur afin de vivre une vie sainte.
Cette journée historique de prière s’est déroulée dans une conjoncture très importante du fait de la situation actuelle de l’Égypte. Neuf mois auparavant, le 11 février 2011, l’ancien président
de l’Égypte, Hosni Moubarak a été destitué. La révolution spontanée du 25 janvier, qui a surpris le monde, semblait avoir réussi à mettre fin à des décennies d’oppression et de corruption.
Pourtant, au cours des neuf mois qui ont suivi, on n’a assisté à rien d’autre que chaos, brutalité et frustration. Plus de 12.000 personnes ont été détenues et torturées par les tribunaux
militaires principalement pour avoir élevé la voix contre les injustices et le manque de liberté. Des centaines de personnes ont perdu la vie du fait du manque de sécurité. Le tourisme et
l’ensemble de l’économie sont en chute libre depuis la révolution. Un sentiment de désespoir et de frustration s’empare des gens, en particulier ceux de la jeune génération, qui se sont élevés
contre l’escalade des injustices et qui ont payé de leur vie leurs exigences de liberté et de droits humains. Ce sentiment de désespoir a atteint un sommet sans précédent le 9 octobre 2011
lorsque l’armée a brutalement massacré 27 chrétiens et blessé plus de 300 autres dans la basse ville du Caire. Les manifestants pacifiques, chrétiens comme musulmans, exigeaient les droits
humains fondamentaux de respect des lieux de culte (des églises) qui avaient été précédemment détruits par le gouvernement. Ils ont exprimé leur frustration dans les rues en manifestant
pacifiquement après des attaques répétées contre des églises, des chrétiens, des maisons et des entreprises appartenant à des chrétiens. Les manifestants furent écrasés par des chars de l’armée
qui les écrabouillèrent littéralement. Ces actes barbares dont le monde entier a été témoin ont été condamnés par des gouvernements et des groupes internationaux sans que pourtant aucun mot
d’excuse ne fut prononcé par des officiels égyptiens.
Entre le 28 novembre 2011 et le 24 mars 2012, les Égyptiens vont aller voter pour élire le nouveau parlement. Le prochain parlement s’est vu confier la tâche d’élaborer une nouvelle constitution
et de constituer un nouveau gouvernement. Ironiquement, le processus électoral se déroule selon l’un des systèmes les plus compliqués jamais conçus sur la planète. Il y a actuellement 25 partis
en compétition pour les 498 sièges du parlement. Cela va de l’extrême droite à l’extême gauche, des fondamentalistes islamiques extrémistes, plusieurs partis des Frères Musulmans, jusqu’aux
libéraux et aux marxistes. Les gens vont avoir recours à la fois à un système de vote électoral et à des sondages, lorsqu’ils vont choisir leurs représentants ! Le paysage de l’Égypte est en
train d’évoluer vers le pire ; les scènes précédentes de chrétiens et de musulmans unis pendant la révolution, priant ensemble sur la place Tahrir et se dressant ensemble en faveur d’un avenir
commun pour leur pays ont été remplacées par un fanatisme islamique qui exclue de son programme politique les chrétiens et les musulmans modérés. Les évolutions actuelles inquiètent des chrétiens
comme des musulmans, leurs espoirs et leurs désirs d’une Égypte libre et démocratique respectueuse de la liberté de religion et de la citoyenneté de tous sont en train de s’évanouir tandis qu’un
système d’état islamique se profile à l’horizon.
Les 70.000 chrétiens qui se sont rassemblés à l’église St Simon (connue aussi comme l’église de la Grotte, au pied du Mont Mokatam qui surplombe la ville du Caire) ont une autre façon d’envisager
l’avenir. Ils sont tout à fait conscients du fait qu’ils priaient à l’emplacement exact où, il y a mille ans, Dieu a répondu aux prières des chrétiens égyptiens en intervenant miraculeusement
pour épargner leurs vies menacées par les agressions du calife de l’époque. Le mouvement de prière qui a pris naissance il y a plusieurs années dans des églises comme l’église de Kasr El-Dobara
(située place Tahrir, le lieu où a pris naissance la révolution du 25 janvier 2011) et beaucoup d’autres, s’étend maintenant à des églises de toute l’Égypte. L’étincelle allumée par le mouvement
de prière ne peut pas s’éteindre. Au cours du mois écoulé les chrétiens égyptiens ont pris conscience du fait qu’aucun gouvernement dans le monde, même ceux qui se prétendent les champions de la
démocratie, ni les Nations Unies et ses commissions, ne se soucient réellement de leur situation. Leur espoir et leur confiance n’est pas dans des pouvoirs et des systèmes terrestres mais dans la
puissance du Christ ressuscité à qui a été donné tout pouvoir et toute autorité au ciel et sur la terre. Quoi que l’avenir réserve aux chrétiens d’Égypte, ils savent qu’ils sont les héritiers de
l’une des histoires les plus riches de la foi chrétienne. Les chrétiens égyptiens qui ont donné au monde chrétien la première école de théologie structurée à Alexandrie, le plus profond sentiment
de spiritualité par le mouvement monastique et par-dessus tout l’un des plus grands nombres de martyrs chrétiens continueront à être une bénédiction pour les nations par leurs vies de prière
intense, d’humilité et de service. On pourrait encore invoquer le texte d’Isaïe 19, 25 ; les chrétiens égyptiens prient avec ferveur pour que, “Le Seigneur Tout-puissant les bénisse en disant :
bénie soit l’Égypte, mon peuple…”