Paris veut des négociations sur la Syrie de demain – OLJ

Paris veut des négociations sur la Syrie de demain – OLJ

Élie MASBOUNGI

17/12/2016

Devant un groupe restreint de journalistes français et étrangers, un haut responsable du Quai d’Orsay a fait hier après-midi un point sur la situation en Syrie définissant le ligne de la politique française pour la nouvelle page qui vient d’être tournée à Alep.

Trois points ont été développés, à savoir les accords encore flous qui régissent les évacuations de civils et de rebelles armés de la partie est de la deuxième ville syrienne, accords « remis en cause par des milices pro-iraniennes », l’intervention de la France et de ses partenaires occidentaux pour cette évacuation et le maintien de la trêve actuelle par le moyen d’une résolution de l’Onu actuellement en cours d’élaboration à New York, et enfin la sécurisation des infrastructures de santé avec l’aide d’organismes relevant de l’Onu et la protection des Casques blancs afin qu’ils puissent mener à bien leur mission, toujours en présence d’organismes onusiens et en présence d’ONG reconnues et présentes sur place.

Le haut responsable a également affirmé que la France reconnaît la suprématie du régime et de ses alliés sur le terrain non seulement à Alep et sa zone, mais aussi dans le reste de ce que l’on qualifie de « Syrie utile », c’est-à-dire les grandes villes dans l’ouest du pays, sauf certaines poches encore aux mains des insurgés. Il a ensuite étendu son propos sur l’avenir de la Syrie sous l’angle d’une reprise des négociations sur la base des accords de Genève et de la récente résolution de l’Onu sur la crise syrienne.

Sur les trois points de son exposé, le diplomate a indiqué que la chute d’Alep-Est appelle un surplus d’informations sur l’état dans lequel se trouvent les 50 000 habitants qui restent sur place, « sous le contrôle des Russes, avec un jeu autonome de certaines milices alliées ». Ce problème humanitaire urgent a été examiné, hier, lors d’un entretien entre le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel qui ont des vues presque identiques tant sur la tragédie d’Alep que sur l’avenir politique de la Syrie.

Il a ensuite détaillé les vues de Paris sur l’intervention de l’Onu et la manière dont ses organisations pourraient gérer l’avenir immédiat de la région d’Alep afin de mettre fin aux souffrances des civils restés sur place et désireux de partir.

Pour ce qui est de l’avenir de la Syrie, la France considère qu’il est urgent d’entamer des négociations avec toutes les parties, y compris le régime, pour parvenir à un accord sur une période transitoire à laquelle participeraient le régime et les formations de l’opposition modérée.
Concernant le président Assad, la France estimerait que malgré sa solide position actuelle, il ne pourrait pas tenir longtemps si la guerre se poursuivait encore et que l’avenir de la Syrie ne pourrait se faire avec lui à la tête de l’État, du moins dans sa position actuelle.
Il a reconnu que tout cela ne pourrait se faire qu’en coordination et en accord avec la Russie et l’Iran, la Turquie ayant elle aussi son mot à dire dans les négociations sur le fond du problème syrien. Il a par ailleurs exprimé des doutes sur la crédibilité de l’interlocuteur russe et, surtout, sur sa capacité à tenir rigoureusement ses engagements sur les plans politique et militaire.

Le responsable du Quai d’Orsay a réaffirmé la volonté de la France et de ses alliés de poursuivre et d’intensifier la guerre contre le terrorisme partout où il se trouve, avec une priorité pour les fiefs de l’État islamique et de Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, branche syrienne d’el-Qaëda) en Syrie et en Irak.
Les propos du responsable français rejoignent ceux de François Delattre, l’ambassadeur français à l’Onu. Ce dernier a en effet affirmé hier que son pays espère un « consensus, Russie comprise », autour de son projet de résolution sur Alep, qu’il devait présenter hier au Conseil de sécurité.